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Pour sortir de la guerre, l'Iran pourrait proposer un "accord de rêve" aux États-Unis

Les négociations étaient pourtant ouvertes entre les deux pays. Alors que les États-Unis et l'Iran discutaient depuis plusieurs mois pour trouver un accord sur la question du nucléaire iranien, les deux parties s'étaient de nouveau rencontrées jeudi 26 mars à Genève. Selon Oman, pays médiateur, l'Iran avait même accepté de renoncer au stockage d'uranium enrichi alors que Donald Trump le réclamait justement. Puis Téhéran a été bombardé, tuant l'ayatollah Khamenei, à la tête du pays depuis 1989 et plusieurs dizaines de hauts-dignitaires iraniens. Depuis, la région s'est embrasée et les missiles pleuvent sur les pays de la région.

Paradoxalement, le président américain ne ferme pas la porte à des discussions. Selon CNBC, Donald Trump a affirmé que les dirigeants iraniens "veulent parler", ce qu'il aurait accepté. Une option que semble confirmer le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui aurait confié à son homologue omanais que l'Iran était ouvert à des efforts pour éviter toute nouvelle escalade de violence. D'autant que Donald Trump n'a aucun intérêt à faire durer la guerre en Iran à l'approche des élections de midterm, la population américaine voyant d'un mauvais œil cette nouvelle intervention au Moyen-Orient.

"L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre"

Après la mort d'Ali Khamenei et le temps que l'Assemblée des experts, l'organisme clérical chargé de choisir un nouveau chef d'État selon la Constitution iranienne, se décide, le nouvel homme fort du pays semble être Ali Larijani. Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, qui décide des politiques internationales et de défense, il avait été désigné par Khamenei pour prendre le relais s'il venait à mourir. En l'absence des principaux ministres iraniens, également tués dans des bombardements, l'ancien président de l'assemblée consultative islamique a désormais les mains libres pour négocier avec les Américains.

Pour le moment, l'Iran reste ferme sur ses positions et refuse de négocier. "L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre", a écrit Larijani sur X, lundi, ajoutant que son pays ne négocierait pas avec les États-Unis. Si le pays riposte aux bombardements, visant notamment Israël, les bases américaines et les alliés comme le Qatar ou les Émirats arabes unis, il sait qu'il va devoir trouver une porte de sortie à ce conflit.

"Un accord de rêve"

Selon Haaretz, Larijani devra d'abord convaincre Donald Trump qu'un changement de régime n'est pas réalisable en l'absence d'alternative concrète. Si le régime des mollahs connaît une opposition sérieuse dans le pays, à l'instar des manifestations étudiantes que le pays a connues avant les bombardements, elle n'est pas organisée et n'a aucune expérience du pouvoir.

Iran, unlike the United States, has prepared itself for a long war. pic.twitter.com/0nTGu9u2K4

— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) March 2, 2026

Ancien négociateur nucléaire, ce qui l'a amené à connaître les rouages de Washington, Ali Larijani pourrait proposer "un accord de rêve" à Donald Trump selon Haaretz, en ouvrant le marché iranien aux États-Unis, créant une concurrence avec la Chine et la Russie, en échange de la fin des bombardements et d'un allègement des sanctions visant le pays. L'argument économique pourrait être la corde sensible pour Donald Trump.

L'incertitude du changement de régime

Mais si Ali Larijani est aujourd'hui la nouvelle tête de l'Iran, rien ne garantit qu'il soit l'avenir du pays. Issu de l'une des familles cléricales les plus puissantes du pays, cela ne l'a pas empêché d'être interdit de se présenter à la présidence à deux reprises en raison de son soutien aux accords nucléaires de 2015. Sans le statut de clerc supérieur, il ne peut espérer prendre la relève de Khamenei. D'autant que les Gardiens de la révolution l'ont longtemps considéré comme un concurrent politique. Sans parler des potentiels bombardements dans lesquels il pourrait être tué dans les prochains jours, alors qu'Israël et les États-Unis ciblent les lieux de pouvoir du pays.

Pour les États-Unis, un accord avec l'Iran pourrait permettre d'éviter de laisser le pays dans un chaos incertain que pourrait provoquer un changement de régime. En obtenant des concessions sur le nucléaire et des accords stratégiques avec l'Iran, Donald Trump éviterait un enlisement des États-Unis dans un nouveau conflit au Moyen-Orient et permettrait un retour à la normale de la situation économique de la région, alors que le détroit d'Ormuz, point de passage clé du commerce international, est bloqué par l'Iran depuis le début des bombardements.

© via REUTERS

Le secrétaire du conseil de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, accueilli par le ministre du cabinet royal du sultanat d'Oman, Sultan bin Mohammed al Numani, à son arrivée à Mascate, Oman, le 10 février 2026.
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Stephen Smith : "La jeune Afrique va se ruer vers la vieille Europe, c'est dans l'ordre des choses"

"A l’université, j'avais l'impression d'être dans un supermarché intellectuel. Je suivais un séminaire, puis un autre. Mais il n'y avait aucune cohérence. Je suis allé voir ma mère et je lui ai dit que j’aimerais prendre une année sabbatique. Et je suis parti en auto-stop à travers l'Afrique, entre l'Algérie et le Niger, en faisant des allers-retours avec des camions à travers le désert. C’est là que j'ai commencé à apprendre le français, avec des Africains. Ces derniers sont polyglottes. Moi-même, je le suis : ma mère est allemande, je parle ma langue maternelle et j'ai appris le français l'espagnol. En rentrant de cette année, j'avais l'impression d'avoir trouvé ma voie, le dénominateur commun me permettant d'unifier mes séminaires et mes activités. L’Afrique est une sorte de laboratoire anthropologique. Les questions de modernité et de tradition sont totalement chamboulées là-bas."

Ainsi Stephen Smith raconte-t-il, dans le nouvel épisode des Temps sauvages, le podcast géopolitique de L’Express, la naissance de sa vocation d’africaniste. Professeur à l’université Duke, après avoir longtemps été journaliste à Libération puis au Monde, il a publié plusieurs ouvrages consacrés au continent, qui font autorité. On peut désormais le lire tous les mois dans L'Express.

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Pour qui veut comprendre les enjeux de la "rencontre migratoire" entre l’Afrique et l’Europe, il faut lire son enquête parue en 2018, La ruée vers l’Europe (Grasset). "La jeune Afrique va se ruer vers la vieille Europe, cela est inscrit dans l’ordre des choses comme l’était, vers la fin du XIXe siècle, la 'ruée vers l’Afrique' de l’Europe", écrit-il dans cet essai de "géographie humaine", très documenté.

Quelles seront l’ampleur et la durée de cette migration ? Dans un peu plus de trente ans, entre un cinquième et un quart de la population européenne pourraient être d’origine africaine, selon certaines projections. "L’histoire n’est jamais écrite, nuance Stephen Smith, les précédents peuvent être trompeurs. Du reste, l’Europe ne sera peut-être pas la destination des Africains au sens quasi exclusif où l’étaient les Etats-Unis pour les Mexicains". Mais il estime que "l’Afrique noire n’est pas encore partie". Pour beaucoup d’Africains, "leur continent s’est transformé en salle des départs".

Témoin, le Nigeria, qui deviendra le troisième pays le plus peuplé du monde d’ici 2050. Stephen Smith a commencé sa carrière de journaliste ici : "Le Nigeria me passionnait et j’avais le projet de m'y installer une année pour écrire un livre sur Lagos. Cette ville est la préfiguration de ce que sera l'Afrique dans une génération. C’est la plus jeune du monde. Il y a une énergie folle là-bas ! Une créativité formidable. Il s’y passe beaucoup de choses culturellement contrairement à certaines villes européennes devenues des musées. Le Nigeria est fondamental. Quand vous y passez aujourd'hui ce qui vous frappe, c'est à quel point les gens vont mal. Jusqu’en 2015, à peu près partout en Afrique, il y avait encore un peu d'espoir. Depuis, la situation s'est vraiment détériorée."

En Europe, l’immigration africaine pose des questions politiques, sociales et économiques. A l’instar de Paul Collier, professeur à l’université d’Oxford, auteur de Exodus, Stephen Smith déplore que le débat sur la migration ait été "politisé avant d’avoir été analysé". C’est précisément l’objet de son travail : documenter le sujet pour fournir des éléments d’appréciation rationnels. Aujourd’hui, la discussion est prise en tenaille par d’un côté les thuriféraires de "la porte close" et, de l’autre, des défenseurs du "droit de s’installer où l’on veut".

Stephen Smith s’attendait à ce que les enseignements de son enquête au long cours soulèvent passions et polémiques : il a été plutôt servi. Alors que La ruée vers l’Europe » repose sur des faits, on l’a accusé de véhiculer les fantasmes du "Grand remplacement". Comment perçoit-il, avec le recul, l’accueil fait à son livre ?

"Pour moi, cela a été une sorte de supplice de l'estrapade. Dans un grand nombre de journaux, mon livre a été accueilli avec ouverture d’esprit. Pourquoi laisser la migration à la droite ? Pourquoi, à l’instar de Didier Leschi, ancien le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne pas considérer que c’est aussi un sujet de gauche, puisqu’il a des effets sociaux ? Ce n’est pas dans les beaux quartiers que l’on vit l’immigration, c’est ailleurs. Il faut donc se préoccuper de la pression sur l'habitat et l'école notamment. Sans même parler de la solidarité internationale : le tiers-monde doit-il être siphonné de tous ses talents ? C’est l’état d’esprit dans lequel j’ai écrit mon livre. Et d’ailleurs, il a été reçu comme tel. Jusqu'à ce que François Héran [NDLR : sociologue et anthropologue), intervienne en disant 'quelqu'un qui n'est pas démographe ne peut pas parler de ces questions-là, c'est mon domaine, et deuxièmement, tout ça c'est faux, ouvrez les frontières, il y a d'autres pays européens qui prennent plus de migrants que la France et donc tout ça, c'est une façon de faire le lit du Rassemblement national.' A nouveau, le débat sur la migration est relégué au second rang. Chacun se surveille. On fait du dépistage politique au lieu du parler du sujet !"

Il en faut davantage pour décourager cet insatiable curieux. Il ne désespère pas de la capacité des Européens à se saisir de manière pragmatique de ce défi du siècle : "Je reste optimiste, dit-il. Il y a des progrès. Même s’il existe des tensions, il n’y a pas eu d’explosion raciste, ni en France ni dans d'autres pays européens. Pensez à l'Allemagne ! Des amis allemands ont accueilli des migrants et, aujourd'hui, disent que c'était probablement une erreur d'avoir ouvert la porte à un million de migrants à la fois. D’une part car cela a permis à l’extrême droite de se renforcer. D'autre part, pour les difficultés d'accueil que cela représente. Il y a beaucoup de travail pour intégrer : s'occuper des gens, effectuer des démarches administratives avec eux, leur trouver un logement. Ce n’est pas seulement le problème de l'Etat. En Allemagne, la société s'est mobilisée. Ayant vécu cette expérience, les Allemands parlent d'une façon réaliste de la migration. Pour eux, les migrants ne sont pas des punching-balls politiques. Dans le même temps, ils ne résument pas le débat en termes de fermeture ou d’ouverture."

Outre la polarisation du débat sur ces questions cruciales, on peut aussi regretter que l’Afrique demeure un angle mort européen alors que l’avenir du Vieux Continent se joue en grande partie chez son voisin du sud. Comment Stephen Smith explique-t-il ce décalage ?

"Ce qui est important démographiquement ne l’est pas forcément d’un point de vue géopolitique, explique-t-il. L'Afrique, au moment de son indépendance, représentait 3 % des échanges mondiaux. C’est toujours le cas. Alors que sa population a plus que doublé au cours de la même période !"

Le sujet a, en tout cas, passionné les auditeurs des Temps sauvages. Ceux qui se sont inscrits pour assister au direct et dialoguer avec l’invité, lui ont posé beaucoup de questions. "Est-il toujours pertinent de distinguer réfugiés politiques et migrants économiques ?", l'interroge-t-on. Sa réponse : "La plupart des gens qui viennent en Europe sont des migrants économiques. Mais une fois que l’on a dit ça, on ne peut pas rétorquer à une personne se revendiquant réfugiée politique : 'non, tu ne l'es pas !' Comme une sorte de procès d'intention. Selon moi, il devient urgent de redéfinir correctement la catégorie de réfugié politique pour garantir les droits d'asile à ceux qui le méritent. 'Mériter' étant un mot ambigu, puisque en réalité elles sont victimes. Il faut donc être solidaires. Mais on ne peut pas être solidaire lorsque l'acte d'intégration, le premier que vous posez pour entrer en Europe, est une triche. Une triche qu'on peut comprendre, humainement, mais une triche quand même, vous trichez sur la vraie intention, vous venez, je le ferai à votre place comme migrant économique, vous cherchez fortune pour vous et vos enfants ailleurs, rien de plus compréhensible, mais ce n'est pas la vérité. On ne peut bâtir un contrat social sur une fraude."

Est-il concevable de cogérer les migrations avec l'Afrique, lui demande un auditeur ? "Ce serait bien sûr souhaitable. Mais les intérêts entre les pays africains et européens divergent. Les économistes libéraux nous font croire que faire venir des jeunes gens pour les intégrer dans notre système va sauver notre Sécurité sociale. Je n'y crois pas du tout. Les êtres humains ne sont pas que des acteurs économiques. Ils vivent avec leurs voisins et leurs concitoyens."

D’autres questions lui ont été posées lors de ce numéro exceptionnel des Temps sauvages, sur les migrations intra-africaines, la politique européenne et les pays du Maghreb, notamment l’Algérie et le Maroc. Un pays où l’ont souvent conduit ses enquêtes sur le général Mohamed Oufkir et Mehdi Ben Barka, dont il a enfin élucidé la mort dans un document explosif, L’affaire Ben Barka (Grasset), écrit avec Ronen Bergman. "Je m’intéressais depuis longtemps à Ben Barka, confie-t-il. Olivier Nora, le patron des éditions Grasset, m’a présenté Ronen Bergman, qui était assis sur trésor de documents émanant du Mossad, dont il est un spécialiste !"

Un modèle d’enquête journalistique et historique, qui se savoure comme un roman de John Le Carré. En regardant Stephen Smith déplier sa silhouette longiligne après l'entretien, on se dit qu'il aurait pu inspirer un personnage à l'écrivain britannique.

© JEROME FAVRE/EPA/MaxPPP

Des migrants clandestins sont gardés par des gendarmes en attendant d'être pris en charge après l'interception de leur bateau par la marine sénégalaise à Ouakam, Dakar, Sénégal, le 16 septembre 2025.
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Visés par l’Iran, les pays du Golfe auront-ils assez d’intercepteurs ?

En représailles aux attaques d'Israël et des États-Unis, qui ont notamment tué l'ayatollah Khamenei et de nombreux dignitaires iraniens, l'Iran bombarde la région du Golfe depuis près de quatre jours. Des attaques contre Israël, les intérêts militaires américains au Qatar ou aux Émirats arabes unis, mais aussi leurs alliés. Lundi, les Émirats arabes unis affirmaient avoir été ciblés par 174 missiles balistiques, huit missiles de croisière et 689 drones en trois jours. Bien moins ciblé, le Bahreïn a tout de même été visé par 70 missiles balistiques, tandis que le Qatar a fait face à 65 missiles et 12 drones samedi.

Jusque-là, les pays du Golfe ont su se défendre grâce à leur défense aérienne. Quand les Émirats arabes unis affirment avoir intercepté tous les missiles et plus de 93 % des drones, les Qataris ont détruit 63 des 65 missiles lancés. Mais jusqu'à quand pourront-ils résister ? Alors que l'Iran possédait environ 2 000 missiles balistiques après le conflit de l'année dernière avec Israël selon Bloomberg, les défenses aériennes des pays du Golfe s'épuisent jour après jour. "L'intensité d'utilisation des intercepteurs que nous avons observée ces derniers jours ne peut pas être maintenue plus d'une semaine supplémentaire — probablement quelques jours tout au plus — après quoi ils ressentiront douloureusement la pénurie d'intercepteurs", a analysé Fabian Hoffman, expert en missiles à l'université d'Oslo, auprès du Wall Street Journal.

Stratégie militaire... et financière

Si le nombre d'intercepteurs disponibles reste confidentiel, d'autant plus en situation de guerre ouverte, il pourrait atteindre 1 000 aux Émirats arabes unis, 500 au Koweït et une centaine au Bahreïn. Un nombre qui peut diminuer drastiquement si les attaques iraniennes persistent dans les prochains jours, alors que certains projectiles nécessitent plusieurs intercepteurs pour être neutralisés. Mais les premiers signes de pénurie apparaissent déjà. "Les pays du Golfe expriment une vive inquiétude face à l'évolution de la crise et ont indiqué l'urgence de renforcer leurs capacités de défense, notamment la défense aérienne et anti-drone", a déclaré le ministre italien de la Défense Guido Crosetto, qui a déjà reçu des demandes de la part de pays du Golfe.

Mais l'enjeu ne se joue pas uniquement sur le nombre de missiles. Car si l'Iran a, pour le moment, conservé une grande partie de son arsenal de missiles balistiques, c'est notamment grâce à ses drones Shahed, qu'il privilégie pour frapper les pays du Golfe, une stratégie avant tout financière. Quand un missile coûte entre un et deux millions de dollars, un drone kamikaze iranien vaut entre 20 000 et 50 000 dollars selon le Middle East Eye. Une bagatelle face au coût de l'interception pour les Émirats arabes unis, par exemple. Selon la chercheuse du think tank Stimson Center, Kelly Grieco, les attaques du week-end ont coûté entre 1,45 et 2,28 milliards de dollars, soit cinq à dix fois le montant dépensé par l'Iran dans le même temps. Cela revient à "utiliser des Ferrari pour intercepter des vélos électriques", a imagé le correspondant de The Economist, Gregg Carlstrom, sur X. En plus d'être bon marché, ces drones Shahed sont faciles d'utilisation et ont la capacité de saturer les défenses antiaériennes ennemies. Une stratégie déjà utilisée par les Russes en Ukraine.

L'Ukraine, victime collatérale

Alors que les ressources matérielles et financières des pays du Golfe s'épuisent, les États-Unis et Israël ont entamé une course contre la montre en bombardant les lanceurs — plusieurs dizaines ayant déjà été détruits depuis samedi — avant d'être à court de défense antiaérienne. D'autant que les stocks américains ne sont pas non plus illimités. Si Donald Trump affirme que son pays a "un approvisionnement pratiquement illimité de ces armes", le chef d'état-major des armées Dan Caine, en privé, alertait justement sur les stocks de munitions américaines la semaine dernière. Un avertissement que le président américain n'a pas pris en compte.

L'Ukraine pourrait être une victime collatérale de cette nouvelle guerre. "Si les activités militaires au Moyen-Orient sont prolongées, cela influencera sans aucun doute l'approvisionnement", a d'ailleurs réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a lui-même besoin d'être alimenté en défense antiaérienne. Aujourd'hui, Washington a pratiquement arrêté de fournir une aide militaire aux Ukrainiens, qui se sont tournés vers l'Europe. Le président Volodymyr Zelensky s'est d'ailleurs entretenu avec le chancelier allemand Friedrich Merz, qui rencontre Donald Trump à Washington ce mardi. Interrogé sur ce sujet, le ministre italien de la Défense Guido Crosetto a reconnu qu'il s'agissait d'une "question délicate", alors que son pays fournit déjà des systèmes de défense aérienne SAMP/T à l'Ukraine.

© REUTERS

Le système de défense antiaérienne israélien intercepte des missiles lancés depuis l'Iran vers Israël, à Haïfa, le 1er mars 2026.
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L'Europe menacée par l'Iran : où sont situées ses bases militaires au Moyen-Orient ?

"Toute [implication des Européens] contre l’Iran serait considérée comme un geste de complicité avec les agresseurs", a prévenu Esmaeil Baghaei, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères iranien lors d'une conférence de presse organisée ce mardi 3 mars. Cet avertissement intervient au quatrième jour de l'attaque menée par Israël et les Etats-Unis, qui a déjà mené à l'élimination d'Ali Khamenei, Guide suprême de la république islamique d'Iran, ainsi qu'à celle de plusieurs hauts dignitaires du régime. Tandis que Téhéran riposte et vise des bases étrangères dans presque tous les pays de la région, une partie des Européens a accordé son soutien à l'opération, quand d'autres rechignent.

C'est notamment le cas de l'Espagne qui a refusé d'ouvrir deux de ses bases militaires aux Etats-Unis. Habituellement, ces bases situées à proximité de Cadix et de Séville permettent d'assurer le ravitaillement des troupes américaines lors de leur transit vers le Moyen-Orient. Pour justifier ce positionnement qui tranche avec celui de ses voisins, le gouvernement de Pedro Sanchez en a appelé au respect du droit international. L'ambassadeur iranien à Madrid a également été convoqué par le ministère des Affaires étrangères qui dénonce "le lancement d'attaques contre le territoire européen [...] et sur d'autres pays de la région."

Cette condamnation diplomatique intervient en pleine riposte iranienne. Au soir du 2 mars, Téhéran avait déjà envoyé plusieurs centaines de missiles, notamment vers Israël ainsi que vers des bases militaires américaines dans la région. La plupart de ces missiles ont été interceptés, mais aucun pays de la région ne semble épargné.

D'autres bases occidentales ont également été visées par le régime des mollahs, à l'image de la base britannique d'Akrotiri, à Chypre, provoquant l'évacuation préventive de nombreuses familles. Une autre attaque de drones a également visé une base militaire française située à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis, à quelques centaines de kilomètres du territoire iranien, sans faire de victimes.

Dès dimanche, Paris, Londres et Berlin s'étaient dits prêts à plusieurs "actions défensives nécessaires et proportionnées" pour détruire les capacités militaires iraniennes et protéger leurs intérêts dans la région.

Les Occidentaux disposent de nombreuses bases dans la région, que l'Iran essaie d'affaiblir.
Les Occidentaux disposent de nombreuses bases dans la région, que l'Iran essaie d'affaiblir.

La situation est en revanche plus compliquée dans le sud du Liban où l'on dénombre plusieurs dizaines de morts. Visé par des tirs de missiles appartenant au Hezbollah, le groupe chiite libanais allié à l'Iran, Israël a répliqué provoquant la mort de 31 personnes au Liban, ainsi que le déplacement de 30 000 personnes.

Donald Trump a dit anticiper un conflit qui pourrait durer de "quatre à cinq semaines" et préparé sa population a des pertes militaires. Six soldats américains ont déjà été tués depuis le début de l'opération baptisée "Furie épique" par Washington. La Maison-Blanche a par ailleurs conseillé à tous ses ressortissants au Moyen-Orient de rentrer aux Etats-Unis.

© EPA/MAXPPP

Un avion Rafale de l'armée française, sur la base aérienne Al Dhafra, aux Emirats arabes unis.
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Iran : l'Espagne refuse que ses bases aériennes aident les Etats-Unis dans leur offensive

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a pris une décision de fond dont il devra assumer les conséquences : l’Espagne n’ouvrira pas ses bases stratégiques aux forces américaines pour leurs opérations contre l’Iran, prenant ainsi le risque d’un bras de fer politique avec Washington et rompant avec plusieurs alliés européens. Lundi 2 mars, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares affirmait sur la télévision publique que "les bases espagnoles ne sont pas utilisées pour cette opération militaire", tandis que la ministre de la Défense Margarita Robles précisait qu’elles "ne fourniront un soutien que si cela était nécessaire d’un point de vue humanitaire".

Rechazamos la acción militar unilateral de EE.UU. e Israel, que supone una escalada y contribuye a un orden internacional más incierto y hostil.

Rechazamos igualmente las acciones del régimen iraní y de la Guardia Revolucionaria. No podemos permitirnos otra guerra prolongada y…

— Pedro Sánchez (@sanchezcastejon) February 28, 2026

Ce mardi 3 mars, le quotidien espagnol El Pais a confirmé que le gouvernement avait formellement ordonné de ne pas autoriser l’utilisation des bases américaines de Rota (Cadix) et Moron (Séville) pour ces opérations. Les États-Unis opèrent habituellement sur ces bases dans le cadre d'un accord d'utilisation conjointe, mais elles demeurent sous souveraineté espagnole.

"Ils se trompent"

Selon le quotidien, l’exécutif considère la guerre lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou comme "un non-sens aux conséquences imprévisibles pour la planète", mené sans aval des Nations unies ni même du Congrès américain. Madrid estime que cette intervention "va contre le droit international" et pourrait avoir des "conséquences désastreuses aussi pour l’Espagne et pour toute l’Europe".

La décision est assumée au plus haut niveau. "Où est-il écrit que nous devons être avec eux même s’ils se trompent ? Ils se trompent. Beaucoup de gens pensent comme nous dans toute l’Europe, et aussi aux États-Unis. Cette guerre n’a aucun sens et n’est pas pensée pour apporter la démocratie en Iran", déclare un membre de l’exécutif cité par le journal. Le gouvernement estime que le président américain agit "de manière désespérée" et pourrait "entraîner le monde avec lui". "Nous ne soutiendrons pas cette guerre et n’y contribuerons en rien", insiste un autre de ses membres auprès du quotidien.

Rupture avec les alliés européens

Cette position tranche avec celle affichée lundi par le chancelier allemand Friedrich Merz, qui, tout en reconnaissant des "doutes" sur la légalité internationale des frappes, a affirmé partager "beaucoup des objectifs" de l’attaque et jugé que "ce n’est pas le moment de donner des leçons" aux alliés.

Les réactions internationales ont été immédiates. Lundi, le sénateur républicain Lindsey Graham a dénoncé sur X un gouvernement espagnol devenu "le modèle d’un leadership européen pathétiquement faible, qui a perdu son cap, apparemment réticent à condamner le régime terroriste iranien et qui n’a que des critiques pour les États-Unis". Le même jour, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a ironisé : "D’abord le Hamas remercie Sanchez. Ensuite les houthis. Maintenant l’Iran. Est-ce cela être du bon côté de l’histoire ?" Malgré ces pressions diplomatiques et politiques, Madrid maintient sa ligne, assumant le risque d’un isolement temporaire au nom du respect du droit international.

© REUTERS

L'Espagne n’ouvrira pas ses bases stratégiques aux forces américaines pour les opérations contre l’Iran, prenant ainsi le risque d’un bras de fer politique avec Washington.
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Iran : l’axe du mal ne répond plus, par Eric Chol

C’était au départ une trouvaille des conseillers de George W. Bush, peu après les attentats du 11-Septembre. Dans son discours sur l’état de l’Union, en janvier 2002, le président des Etats-Unis qualifie d’"axe du mal" ces Etats accusés d’avoir aidé Ben Laden et les islamistes : l’Iran, l’Irak, et la Corée du Nord. L’expression, empruntée au lexique de la Seconde Guerre mondiale, va servir à la croisade du bien contre le mal lancée par les néoconservateurs américains juste avant l’invasion de l’Irak en 2003 ; puis elle passera aux oubliettes, avant de revenir sur le devant de la scène après l’attaque russe en Ukraine, en 2022.

Cette fois-ci, le camp du mal est clairement identifié : les régimes autocratiques, revanchards et antioccidentaux de Poutine, de Xi Jinping, d’Ali Khamenei et de Kim Jong-un. Soit les quatre cavaliers de l’apocalypse qui cumulent ensemble, jusqu’à la mort du Guide suprême iranien, 84 années de pouvoir.

Inutile de chercher derrière cette appellation une quelconque cohérence. "C’est la façon dont les Etats-Unis perçoivent ces pays, en insistant sur une justification morale, car dans la réalité, cet axe n’existe pas", résume Guillaume Lasconjarias, professeur associé à la Sorbonne Université.

Pas d’organisation, pas d’alliance militaire, pas de secrétariat permanent, pas même d’objectifs communs… Et pourtant, entre Pyongyang, Pékin, Téhéran et Moscou, le courant passe bien, entretenu par une détestation mutuelle des valeurs occidentales et démocratiques. Au point que le régime des ùollahs, de plus en plus isolé, va surjouer cette carte diplomatique. D’abord en mars 2023, lorsque la Chine bouscule l’échiquier du Moyen-Orient en célébrant le rapprochement de Téhéran et Ryad. Puis en janvier 2025, lorsque l’Iran signe un partenariat stratégique avec la Russie.

Mais le 28 février dernier, quand les missiles israéliens et américains transpercent le ciel de Téhéran, l’Iran ne reçoit aucune aide de ses alliés, en dehors des discours condamnant l’agression. La Russie, trop occupée en Ukraine, ne tient pas ses promesses de soutien. "Ces alliances ne sont pas très solides dans l’adversité : cet axe manquait de cohésion en dehors d’un imaginaire géopolitique et d’intérêts communs. Et aujourd’hui, même leurs intérêts divergent", relève Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri.

Le délitement du régime des mollahs ne fait en effet pas les affaires de ses alliés. La Chine s’inquiète de la fourniture du brut iranien, tandis qu’en Russie, à l’inverse, la flambée des cours est une aubaine. Pas de quoi rassurer totalement Moscou, qui a beaucoup à craindre d’une chute éventuelle de la République islamique. Le risque de chaos politique pourrait avoir des répercussions jusque dans les anciennes républiques de l'Union soviétique. Voici sans doute la première leçon géopolitique de l’attaque du 28 février : l’axe du mal, inventé par les Américains il y a un presque un quart de siècle, tourne désormais dans le vide.

© REUTERS

Un portrait du défunt Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué samedi 28 février lors de frappes israéliennes et américaines, est exposé parmi des fleurs devant l'ambassade d'Iran à Moscou, en Russie, le 2 mars 2026.
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Le grand flou de Donald Trump sur l’Iran : entre calendrier incertain et objectifs changeants

Le président américain Donald Trump a cherché lundi 2 mars à justifier la vaste campagne militaire lancée contre l'Iran, offrant ses commentaires les plus détaillés depuis le début des frappes samedi. De retour à la Maison-Blanche après un week-end passé dans sa résidence en Floride, il a déclaré que les attaques aériennes menées par les États-Unis et Israël pourraient durer quatre à cinq semaines, mais pourraient se prolonger au-delà.

"Nous sommes déjà considérablement en avance sur nos prévisions", a-t-il dit dans ses premiers commentaires publics depuis le début du conflit, alors que plus d'un millier de cibles en Iran ont déjà été frappées et que le Guide suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a été tué samedi, de même que d'autres hauts responsables à Téhéran. "Mais peu importe le temps que ça prendra, ça ira. [Nous ferons] tout ce qui est nécessaire", a-t-il ajouté. A ce jour, le président américain n'a toujours pas prononcé d'allocution télévisée à la nation, comme le veut la coutume pour une intervention militaire.

Une "menace intolérable" avancée pour justifier l’attaque

Une seule justification est rabâchée pour expliquer le choix de déclencher une guerre régionale au Moyen-Orient, qui déborde désormais jusqu’au cœur de Beyrouth, la capitale du Liban encore sous les bombes d’Israël ce mardi matin. Selon Donald Trump, l’offensive était nécessaire pour empêcher Téhéran de développer l'arme nucléaire et pour neutraliser le programme balistique iranien. "Un régime iranien armé de missiles à longue portée et d'armes nucléaires serait une menace intolérable pour le Proche-Orient, mais aussi pour le peuple américain", a déclaré lundi le locataire de la Maison-Blanche.

Plusieurs médias américains, s’appuyant sur des sources du renseignement, estiment cependant que cette menace a été exagérée par Donald Trump et ses généraux. "Une évaluation non classifiée de la Defense Intelligence Agency de 2025 indique que l’Iran pourrait développer un missile balistique intercontinental 'militairement viable' d’ici 2035 si Téhéran décidait de poursuivre cette capacité. Il n’existe aucune intelligence suggérant qu’il poursuit actuellement un programme de missile pour frapper les États-Unis", note ainsi la chaîne de télévision CNN.

A l’issue d’une troisième réunion de discussions diplomatiques avec Téhéran, Steve Witkoff, envoyé de Donald Trump, a déclaré jeudi dernier sur Fox News que l’Iran était "probablement à une semaine de posséder du matériel de fabrication de bombe de qualité industrielle". Six mois plus tôt pourtant, le président avait lui-même revendiqué avoir anéanti le programme nucléaire de l'Iran avec de puissants bombardements contre ses principaux sites. Le Pentagone quant à lui a reconnu après le début de l’offensive que l’Iran ne prévoyait pas d’attaquer, à moins qu'Israël ne frappe en premier.

Grand flou autour du changement de régime

Bien qu’aucun plan de guerre n’ait été détaillé par les Etats-Unis, certains objectifs ont été abordés par fragments dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux du président, ou évoqués à la volée lors d’interviews. Parmi eux, la volonté de libérer les Iraniens du joug du régime des mollahs qui leur fait vivre une répression sanglante. Lorsqu’il a annoncé samedi les frappes en Iran, Donald Trump a exhorté les Iraniens à "reprendre leur pays", laissant penser que le but était de faire chuter le régime de Téhéran. "C’est comme si nous allions casser toute la vaisselle et qu'ils devaient ensuite se débrouiller pour réparer les dégâts. Il semble que ce soit la stratégie" commente dans le Washington Post le sénateur démocrate Tim Kaine.

Selon le secrétaire à la Défense Pete Hegseth pourtant, il s’agit bien de "détruire la menace balistique et la marine iranienne", et non d’une "guerre de changement de régime", bien que le régime ait "quand même changé". Donald Trump a par ailleurs comparé la situation au Venezuela, où l’intervention américaine a permis de maintenir une partie de l’autorité locale tout en atteignant les objectifs stratégiques.

Quel que soit son but, cette offensive pourrait ne rien changer à la répression vécue par les Iraniens. Des sources du Washington Post indiquent qu’après étude de plusieurs scénarios pour le gouvernement post-Khamenei, la CIA a estimé que le Corps des Gardiens de la révolution islamique serait le mieux placé pour prendre le pouvoir, Les analystes occidentaux avertissent aussi que l’Iran pourrait connaître de longues périodes de conflits internes, impliquant chiites majoritaires et minorités kurdes et baloutches, compliquant toute tentative de stabilisation du pays, l’opposition iranienne, sans leader clair, ayant peu de chances d’assumer le contrôle.

Un calendrier incertain

Lors de ses dernières prises de parole, le président américain a fourni des indications variables sur la durée de l’opération : quatre semaines "ou moins" auprès du Daily Mail, quatre à cinq semaines auprès du New York Times, et éventuellement plus longtemps jusqu’à l’atteinte des objectifs. Dans une note adressée au Congrès et consultée par Politico, le républicain a précisé que l’ampleur et la durée des opérations restaient incertaines.

Pour Jon Alterman, spécialiste de la zone au Centre pour les études stratégiques et internationales, qui s’exprime auprès de Reuters, Donald Trump semble s'être volontairement gardé de définir le but ultime de la guerre. En juin, pour des frappes limitées sur les sites nucléaires iraniens, il avait prononcé une allocution solennelle avec ses responsables. Après la capture de Maduro en janvier, il avait tenu une conférence à Mar-a-Lago tandis que son administration multipliait les interventions télévisées. Cette fois, aucun haut responsable de l’administration Trump n’est apparu à la télévision, pour éviter des messages divergents et laisser le président être le principal porte-parole. Selon Reuters, des discussions restent en cours pour définir le discours officiel sur l’opération en Iran.

© REUTERS

Donald Trump embarque pour Air Force One, le 1er mars 2026 en Floride.
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Combien de temps l'Iran peut-il continuer à tirer sur Israël ?

Les sirènes retentissent à intervalles réguliers, les écoles restent fermées et l’économie tourne au ralenti. Depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne contre Téhéran il y a quatre jours, Israël vit au rythme des missiles de représailles envoyés par l’Iran. Cette pression peut-elle durer ? Comme le relève le journal israélien Haaretz, l’Iran a pour l'heure opté pour une stratégie de tirs mesurés afin de maintenir une menace constante sans épuiser trop vite son arsenal.

"La stratégie iranienne est claire", explique à Haaretz Pini Yungman, président du TSG Group, entreprise israélienne spécialisée dans les systèmes de commandement et de contrôle pour les forces de sécurité. "Ils se sont préparés à une attaque américano-israélienne, ce qui leur permet de nous maintenir sous un feu continu sans épuiser rapidement leur arsenal de missiles et de lanceurs, même s’ils sont attaqués par des avions de chasse américains".

"Quelques jours, mais pas des mois"

L’Iran possède le plus grand stock de missiles balistiques du Moyen-Orient, avec une portée allant pour certains jusqu’à 2 000 kilomètres, capables donc d’atteindre Israël. L’arsenal de Téhéran est évalué à plus de 2 000 missiles balistiques. Mais une partie a été détruite pendant le début de la guerre, tout comme environ 200 lanceurs, par les frappes aériennes israélo-américaines, selon Reuters. Les engins longue portée incluent le Sejil (2 000 km), l’Emad (1 700 km), le Ghadr (2 000 km), le Shahab-3 (1 300 km), le Khorramshahr (2 000 km) et le Hoveyzeh (1 350 km). Des dépôts souterrains et des "villes de missiles" sont répartis autour de Téhéran, dans les provinces de Kermanshah et Semnan, et le long du Golfe.

Pour autant, les capacités balistiques iraniennes ne devraient pas permettre un long siège d’Israël. Selon Haaretz, au 1er mars, second jour de la guerre, entre 150 et 175 missiles avaient déjà été tirés sur Israël, auxquels s’ajoutent des frappes contre des pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, portant le total à environ 250 missiles. "Cela signifie qu’ils ont encore de quoi tenir quelques jours, mais pas des mois ni même des semaines", estime Pini Yungman, ancien chef de la défense aérienne. Contrairement à la guerre de 12 jours, où une salve massive de 200 missiles avait été tirée en une nuit, Téhéran privilégie aujourd’hui un "feu au compte-goutte", une méthode déjà utilisée pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980. Un rythme cadencé qui permet de prolonger la pression psychologique sans épuiser trop rapidement ses stocks.

Systèmes de défense israéliens

Techniquement, les systèmes israéliens détectent les lancements dès leur phase initiale et calculent la trajectoire des missiles tirés depuis l’Iran, à environ 1 300 kilomètres de distance. À une vitesse estimée entre 5 et 7 kilomètres par seconde, ces engins parcourent près de 150 kilomètres en trente secondes et mettent plus de dix minutes à atteindre Israël. Cette anticipation permet l’évacuation vers les abris, mais elle impose aussi des alertes sur de vastes zones, la trajectoire exacte n’étant pas immédiatement déterminable. Même interceptés loin du territoire israélien, les missiles restent dangereux : leur destruction en vol provoque la dispersion de milliers d’éclats métalliques, dont certains, même de petite taille, peuvent être mortels à l’impact.

À court terme, l’Iran ne semble pas en mesure de soutenir un feu massif pendant des semaines. Mais selon le New York Times, les rapports de renseignement américain et israélien suggèrent que l’Iran prévoit de produire jusqu’à 8 000 missiles d’ici 2027. Malgré les revers causés par le conflit de 12 jours l’année dernière, Téhéran travaille, selon les autorités israéliennes, à reconstruire ses capacités de production, avec une fabrication récente estimée à des dizaines de missiles par mois et en accélération. Les lieux de production restent les cibles prioritaires des nouvelles frappes israéliennes et américaines.

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Des Israéliens se rassemblent sur le site d'une frappe iranienne, à Beit Shemesh le 1er mars 2026.
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"L'Iran en 1979 n'est plus celui de 1926" : l'instauration de la République islamique analysée par Raymond Aron

Quel avenir pour "le prophète désarmé", nouvel homme fort de l'Iran, après la fuite du dernier des Pahlavi, s'interroge Raymond Aron dans son éditorial. Désormais, prévient-il, "la construction de la République islamique pose d'autres problèmes que la destruction de la dynastie Pahlavi."

Dans L'Express du 17 février 1979

Le prophète désarmé

L'aboutissement de la lutte entre les deux pouvoirs, l'ayatollah Khomeini et Chapour Bakhtiar, ne faisait pas de doute. En quittant le pays, le chah avait, en fait, abdiqué. Le Premier ministre tenait son pouvoir d'un souverain que lui-même avait, pendant des années, combattu et dénoncé. Il se réclamait d'une légalité que les foules bafouaient à chaque instant. Si l'Armée n'avait pas pu ou pas voulu sauver la dynastie, pourquoi aurait-elle résisté jusqu'au bout à une vague populaire qui montait de jour en jour ? Dans le duel entre le vieux chef religieux et l'Empereur, ce qui me frappait, c'était que l'un, de son village français, remplissait le monde de ses anathèmes et que l'autre, isolé dans son palais, avouait pour ainsi dire les méfaits que ses adversaires lui reprochaient.

Le chah livra lui-même aux bêtes ceux qui l'avaient servi ; il promit de rendre au pays les libertés qu'il avait supprimées ; comme s'il espérait s'entendre avec ses adversaires ou apaiser le peuple en prenant à son compte les critiques et le programme des opposants. Stratégie dérisoire. Un régime despotique prévient la révolte par des réformes octroyées, avant que gronde la colère. Quand la colère jette les masses dans la rue, les concessions ne servent de rien ; plus exactement, affaiblissent le pouvoir contesté. Avant ou après les émeutes, un souverain absolu peut consolider son règne par des concessions. Pendant les émeutes, les concessions discréditent le chef, qui, la veille superbe, devient bientôt le roi nu — en dépit de sa garde prétorienne autour de lui et des vrombissements des avions au-dessus de sa tête.

L'ayatollah Khomeini et Chapour Bakhtiar souhaitaient l'un et l'autre un dénouement d'autre style. Certains épisodes demeurent incompréhensibles : pourquoi l'expédition des Djadivan, la garde impériale, contre la caserne de l'aviation, le vendredi ? A l'occasion de ce premier combat entre les troupes fidèles et les troupes ralliées à l'ayatollah, les commandos révolutionnaires sortirent de la clandestinité ; les fedayin (marxistes-léninistes), rattachés ou non au parti Toudeh, les moudjahidin, guérilleros musulmans, prennent dès lors la tête de l'insurrection, et agissent à leur guise. La population de Téhéran se joint à ceux qui, dans l'ombre, se préparaient au grand jour. Le dimanche après-midi, le commandant suprême des forces armées déclare sa neutralité. Le Premier ministre, après un entretien avec Mehdi Bazargan, donne sa démission.

A la fin du jour, ce qui reste de la dynastie Pahlavi a disparu. Le prophète désarmé l'a emporté sur les armes qui, il y a quelques jours encore, défilaient à travers les avenues de la capitale. A partir de quelle date le Souverain a-t-il perdu la partie, en dépit des moyens de force qu'il avait accumulés ? Les historiens en discuteront, sans donner une réponse certaine. L'intervention des guérilleros, au cours des dernières péripéties, rectifie la version trop édifiante de la victoire remportée par la parole sur les armes. Elle annonce aussi certains des conflits qui surgissent déjà entre les vainqueurs. Ceux-ci se sont tous ralliés au nom de l'ayatollah, ils n'ont pas tous obéi à ses ordres quand celui-ci tenta de mettre fin aux combats de rue. Pas davantage, ils n'ont rendu leurs armes. La construction de la République islamique pose d'autres problèmes que la destruction de la dynastie Pahlavi.

Sauver l'Iran d'une autre tyrannie

La grève générale, prolongée pendant des mois, la paralysie des entreprises, l'arrêt de la production pétrolière ont coûté à l'économie iranienne des pertes que l'on peut difficilement calculer. Pour éviter la ruine, voire la famine, le nouveau gouvernement doit avant tout obtenir de tous, fonctionnaires et ouvriers, la reprise du travail. Pendant que se dérouleront les consultations prévues par l'ayatollah, référendum sur la République islamique et élection d'une Assemblée constituante, la tâche essentielle revient au gouvernement : reconstruire le pays. En dépit du départ de techniciens, en dépit de l'extrémisme révolutionnaire. Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Newsweek, Noureddin Kianouri, le chef du parti Toudeh, qui réside dans la RDA, invoqua le témoignage du chah lui-même pour confirmer le fait que les ouvriers du pétrole suivent les directives de son parti, et de personne d'autre. Dans l'immédiat, le parti Toudeh, parti communiste de stricte observance, désormais légalisé, s'efforcera, selon sa tactique coutumière, de prendre des positions, de créer et de contrôler les syndicats, de se transformer en une puissance parallèle ou rivale.

Toutes les comparaisons entre la révolution iranienne et les révolutions européennes pèchent de quelque manière. Khomeini ne ressemble pas à Kerenski ; le parti Toudeh ne constitue pas l'équivalent des soviets. Dans une société déstabilisée par une modernisation sauvage, la religion nationale, le chiisme, a exprimé, organisé, exalté le rejet par le peuple de l'Occident qui violait l'âme nationale, nourrissait la corruption et créait plus de misère que de richesse. Le retour à l'Islam pur et dur ne tiendra pas lieu de riz et de thé. On ne ramènera pas à la campagne les millions d'hommes qui l'ont quittée. La suppression des cinémas, le châtiment pour la femme adultère, la mise au ban des minorités, juive, arménienne, zoroastrienne, baha : oui, probablement. Mais la République islamique a besoin de la nouvelle bourgeoisie, des laïcs, des techniciens, indispensables au fonctionnement de l'économie que le régime aboli laisse en charge et en héritage à l'Eglise. Le Premier ministre, de formation scientifique, et profondément religieux, symbolise la synthèse qui sauverait l'Iran de la décomposition et d'une autre tyrannie.

La phrase célèbre de Machiavel m'est revenue à l'esprit : les prophètes désarmés périssent. Pour l'instant, il faudrait compléter la formule : les souverains armés périssent, eux aussi. Mais le prophète, hier désarmé, n'avait pas la mission et la responsabilité de gouverner un pays de 35 millions d'hommes. La révolte de l'Eglise chiite contre le pouvoir appartient à la tradition iranienne. Reza Chah, qui établit la dynastie Pahlavi en 1926, mit fin, par des méthodes brutales, à l'agitation religieuse. L'Iran en 1979 n'est plus celui de 1926. Téhéran compte 6 millions d'habitants, au lieu de 200 000 ou 300 000 il y a un demi-siècle. L'ayatollah peut donner satisfaction aux aspirations religieuses des masses. Que donnera-t-il aux ouvriers, quelques millions déjà ? Que donnera-t-il à l'élite intellectuelle et professionnelle, qui redoute et déteste le fanatisme d'un autre âge ? Contre les fedayin, les révolutionnaires de l'Islam et du marxisme unis, pour protéger les ambassades la parole ne suffit plus. L'ayatollah, lui aussi, a besoin d'une police et d'une armée. Le prophète désarmé périt.

© Keystone Pictures USA / MaxPPP/Newscom/MaxPPP

Le 1er février 1979, l'ayatollah iranien Khomeini quitte la France après 16 ans d'exil.
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EN DIRECT. Guerre en Iran : Donald Trump affirme que la République islamique "allait attaquer en premier"

Au quatrième jour de l'opération israélienne et américaine contre l'Iran, les frappes et attaques de drones continuent ce mardi 3 mars dans tous les pays de la région ou presque. Les Etats-Unis ont conseillé lundi soir à leurs ressortissants de partir immédiatement de plus d'une dizaine de pays du Proche-Orient, citant des "risques sécuritaires".

S'exprimant pour la première fois devant les journalistes depuis le lancement de cette campagne militaire, Donald Trump a déclaré lundi à la Maison-Blanche que les Etats-Unis anticipaient un conflit de quatre à cinq semaines avec l'Iran. Un peu plus tôt, il avait assuré sur CNN que "la grosse vague" d'attaques contre l'Iran n'était "même pas encore arrivée".

Les infos à retenir

⇒ Donald Trump annonce couper tous les échanges commerciaux avec l'Espagne

⇒ Le bâtiment de l'Assemblée des experts iraniens rasé par une frappe aérienne

⇒ Emmanuel Macron s'adressera aux Français à 20 heures mardi

19h09

Plusieurs projectiles tirés du Liban vers Israël

L'armée israélienne dit avoir repéré plusieurs projectiles tirés du Liban en direction du nord et du centre d'Israël. La majorité de ces projectiles a été interceptée et l'un d'eux s'est écrasé dans un endroit non habité, ajoute-t-elle.

L'armée israélienne indique également avoir tué dans une frappe à Téhéran le commandant de la branche au Liban de l'unité d'élite de l'armée iranienne chargée des opérations extérieures, la force Al Qods.

18h20

"Nous n'avons pas affaire à Winston Churchill" : Donald Trump s'en prend à Keir Starmer

Après avoir critiqué la position de l'Espagne, le pays européen a refusé que l'armée américaine utilise ses bases pour des missions liées à ses bombardements en Iran, Donald Trump est revenu sur sa relation avec le Royaume-Uni. "D'ailleurs, je ne suis pas content du Royaume-Uni non plus. Nous n'avons pas affaire à Winston Churchill", a-t-il lancé. Au coeur du différend : la base militaire conjointe de Diego Garcia. Londres a dans un premier temps refusé que les Etats-Unis l’utilisent pour leurs opérations en Iran.

18h14

Donald Trump annonce couper tous les échanges commerciaux avec l'Espagne

Lors d'un point presse à la Maison-Blanche, en compagnie du chancelier allemand Friedrich Merz, Donald Trump a affirmé que "certaines nations européennes ont été utiles, d'autres non" pendant la guerre. Il a cité l'Allemagne comme ayant été utile et l'Espagne comme ayant été nuisible.

Le président américain a déclaré que les Etats-Unis allaient mettre fin à tous leurs échanges commerciaux avec l'Espagne, reprochant à Madrid de n'avoir pas autorisé l'armée américaine à utiliser des bases espagnoles pour des missions liées à ses bombardements en Iran. "Nous allons couper tout commerce avec l'Espagne, nous ne voulons plus rien avoir à faire avec elle", a-t-il déclaré.

18h00

Donald Trump assure que "tout a été détruit" en Iran

Le président américain assure que "tout a été détruit" en Iran, lors d’un point presse à la Maison-Blanche avec le chancelier allemand, Friedrich Merz. "Nous sommes d’accord pour dire que ce terrible régime de Téhéran doit être éliminé", a déclaré le dirigeant allemand.

"Nous savions que les Iraniens allaient attaquer en premier, ils ont été pris par surprise", a ajouté Donald Trump qui a confié avoir "peut-être forcé la main d'Israël" à attaquer la République islamique.

17h56

Des explosions entendues à Doha et Abou Dhabi

Plusieurs explosions ont été entendues dans la région, à Doha au Qatar ainsi qu'à Abou Dhabi aux Emirats arabes unis, rapportent des journalistes de Reuters sur place.

17h48

L'armée américaine affirme avoir frappé plus de 1 700 cibles en Iran

L'armée américaine a mené des frappes contre plus de 1 700 cibles en Iran, a déclaré mardi le commandement central américain. Dans une fiche d'information, le commandement central américain a déclaré que les frappes, qui ont débuté samedi, visaient des navires de la marine iranienne, des sous-marins et des sites de missiles antinavires, ainsi que des centres de commandement et de contrôle.

17h20

L'Iran "est à court de munitions", affirme Donald Trump

"Ils sont à court de munitions et ils manquent d'endroits d'où les tirer, car ils sont en train d'être décimés. Ils sont à court de lanceurs", a déclaré Donald Trump lors d'un entretien téléphonique à Politico.

16h54

Emmanuel Macron s'entretient avec plusieurs dirigeants du Moyen-Orient

Le président français Emmanuel Macron a tenu des réunions séparées avec les dirigeants de Chypre, du Liban, du Qatar, des Émirats arabes unis et de la région autonome du Kurdistan pour discuter de la situation au Moyen-Orient, a indiqué mardi l'Élysée, sans donner plus de détails.

16h38

L'aéroport de Tel Aviv-David Ben Gourion s'apprête à reprendre progressivement ses vols

L'aéroport de Tel Aviv-David Ben Gourion, principale porte d'entrée internationale du pays près de Tel Aviv, a déclaré que l'espace aérien israélien devrait rouvrir progressivement dans la nuit de mercredi à jeudi avec un seul vol passager par heure dans la première phase.

L'aéroport Ben Gourion a annoncé mardi dans un communiqué qu'il ouvrirait à terme à deux vols passagers par heure dans une seconde phase, sans toutefois préciser de calendrier.

16h30

Le bâtiment de l'Assemblée des experts iraniens "rasé" par une frappe aérienne

Des frappes israélo-américaines ont visé le bâtiment abritant l'institution chargée d'élire un nouveau Guide suprême pour succéder à l’ayatollah Ali Khamenei, selon les agences de presse iraniennes, également citées par The Jerusalem Post. L'Assemblée des experts iraniens, composée de 88 membres, se réunissait ce mardi dans la ville de Qoom au sud de Téhéran.

Les agences de presse iraniennes ont rapporté que le bâtiment avait été "rasé" lors des frappes.

15h17

Le Hezbollah affirme avoir abattu un drone israélien au Liban

Le Hezbollah libanais a affirmé mardi avoir abattu un drone israélien au-dessus de la ville de Nabatieh, dans le sud du Liban, sans préciser s'il s'agissait d'un drone de surveillance ou d'attaque. L'armée israélienne n'a pas réagi dans l'immédiat.

Lors de sa guerre de 2024 contre Israël, le Hezbollah a abattu plusieurs drones de surveillance israéliens au-dessus du Liban.

15h00

Emmanuel Macron s'adressera aux Français à 20 heures mardi

Le président de la République s'adressera aux Français mardi à 20 heures lors d'une allocution télévisée sur la situation au Moyen-Orient, a annoncé l'Elysée.

14h49

Plusieurs blessés après dans le centre d'Israël après des tirs de missiles iraniens

L'armée israélienne a signalé mardi des frappes de missiles iraniens dans la région de Tel Aviv. "Les équipes de recherche et de sauvetage, appuyées par de nombreuses équipes de secours, sont actuellement déployées sur les lieux de l'impact dans le centre d'Israël", a déclaré l'armée. "Les circonstances de l'impact font l'objet d'une enquête."

Les services ambulanciers israéliens ont indiqué qu'ils soignaient trois personnes légèrement blessées sur les lieux. La police israélienne a indiqué qu'il y avait plusieurs zones d'impact impliquant des fragments de munitions dans le district de Tel Aviv.

14h22

L'ambassade américaine met en garde contre une attaque imminente en Arabie saoudite

L'ambassade des États-Unis en Arabie saoudite a émis mardi une alerte de sécurité mettant en garde contre une possible attaque imminente de missiles ou de drones sur la ville orientale de Dhahran, où se trouvent un consulat américain et le siège du géant pétrolier saoudien Aramco 2222.SE.

13h48

Donald Trump dit à l'Iran qu'il est "trop tard" pour discuter

Le président américain a déclaré ce mardi que Téhéran voulait dialoguer, mais qu'il était trop tard, alors que les États-Unis poursuivent leur opération militaire contre l'Iran. "Leur défense aérienne, leur armée de l'air, leur marine et leurs dirigeants n'existent plus. Ils veulent discuter. J'ai dit : 'Trop tard !'", a déclaré Donald Trump dans une publication sur Truth Social.

Le locataire de la Maison-Blanche a aussi déclaré que l'armée américaine disposait de suffisamment de munitions pour combattre "indéfiniment". "Les États-Unis sont prêts à remporter une GRANDE victoire !!!", a-t-il écrit.

13h40

L'ambassadeur iranien en Allemagne convoqué par le ministère des Affaires étrangères

Le ministère allemand des Affaires étrangères a convoqué mardi l'ambassadeur iranien pour appeler les dirigeants du pays à cesser les attaques contre les États de la région, a-t-il déclaré dans un message sur X. "Nous avons appelé sans équivoque le régime iranien à cesser immédiatement ses attaques inconsidérées contre les pays de la région", dit ce message, qui condamne les attaques de missiles et de drones "arbitraires et disproportionnées" menées par l'Iran, y compris contre des cibles civiles.

13h26

Les Émirats arabes unis ont "quatre à six mois" de réserves stratégiques de produits de base

Les Émirats arabes unis disposent de réserves stratégiques suffisantes de produits de base pour couvrir leurs besoins pendant quatre à six mois, a déclaré mardi le ministre de l'Économie, après que le conflit régional a suscité des inquiétudes quant à d'éventuelles perturbations de l'approvisionnement. Le ministre a ajouté que les Émirats arabes unis pouvaient rapidement trouver des marchés alternatifs et réagir à diverses crises.

13h13

L'Iran appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à agir

L’Iran a appelé ce mardi le Conseil de sécurité des Nations unies à agir pour arrêter la guerre déclenchée samedi. "S’il le souhaite", le Conseil de sécurité "peut agir" et a "un devoir" en ce sens, a déclaré lors d'un point presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï. "Il n’y a pas d’obstacle à son action, excepté sa propre volonté", a-t-il jugé.

13h04

L'Iran s'interroge sur sa participation au Mondial 2026

L'Iran s'interroge sur sa participation à la Coupe de monde de football 2026, qui se tiendra cet été aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, après que Washington, aidé d'Israël, a déclenché samedi des attaques aériennes sur le pays. Mehdi Taj, président de la fédération de football iranienne, a déclaré que ces attaques n'étaient pas de bon augure pour le Mondial, qui se tient du 11 juin au 19 juillet, sans pour autant suggérer qu'un boycott de l'événement était à l'ordre du jour.

"Ce n'est pas possible de dire exactement ce qu'il en ira, mais il y aura certainement une réponse. (La situation) sera sûrement étudiée par les plus hauts responsables sportifs du pays et il y aura une décision sur ce qui se passera ensuite", a-t-il déclaré lundi sur la chaîne de télévision iranienne IRIB Channel 3.

L'Iran s'est qualifié l'an dernier pour sa quatrième Coupe de monde consécutive et, lors du tirage de décembre dernier, le pays a été placé dans le groupe G, aux côtés de la Belgique, de l'Egypte et de la Nouvelle-Zélande. Il est prévu que l'Iran joue ses trois matchs de poule aux Etats-Unis, deux à Los Angeles et un à Seattle. En près de 100 ans d'histoire, il n'est jamais arrivé qu'un pays qui s'est qualifié pour la phase finale d'une Coupe de monde décide au bout du compte de ne pas y participer.

12h53

Le Royaume-Uni va envoyer un navire de guerre pour défendre sa base à Chypre, selon le Times

Le Times rapporte ce mardi que les forces britanniques comptent envoyer un navire au large de Chypre afin de défendre la base de la Royal Air Force à Akrotiri, qui a été touchée lundi matin par un drone Shahed de fabrication iranienne. Ce dernier s'est écrasé sur une piste. Deux autres drones ont été interceptés quelques heures plus tard.

12h41

L’armée israélienne annonce la création d'une "zone tampon" au Liban

"Le commandement nord a avancé, pris le contrôle des hauteurs et crée à présent une zone tampon, comme nous l’avions promis, entre notre population et toute menace", a déclaré à la télévision le porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin, au lendemain des premières frappes de l'Etat hébreu sur le Liban.

12h25

L'aéroport du Qatar visé par des attaques iraniennes

Des attaques iraniennes ont visé l'aéroport international Hamad, à Doha, a annoncé un porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar lors d'une conférence de presse, précisant que toutes les attaques avaient été déjouées. Les cibles iraniennes ne se limitent pas aux sites militaires, mais incluent tout le territoire du Qatar, a-t-il souligné, indiquant aussi qu'il n'y avait aucune communication en cours avec l'Iran.

12h13

Les Bourses européennes s'enfoncent

Les Bourses européennes s’enfonçaient vers 11h40 ce mardi, au quatrième jour de la guerre au Moyen-Orient : Paris perdait 3,18 %, Francfort 4,11 % et Milan 4,73 %. La veille, les principales places européennes avaient déjà cédé environ 2 %.

Les investisseurs sont particulièrement préoccupés par la hausse des prix du pétrole résultant de ce conflit et son impact sur les perspectives en matière d'inflation et de croissance.

12h00

L'ONU demande une enquête sur l'attaque "horrible" perpétrée contre une école iranienne

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a exhorté les "forces" à l'origine de l'attaque contre une école de filles en Iran à enquêter et à partager leurs informations sur cet incident "horrible", sans les nommer. "Le Haut-Commissaire (Volker Turk) demande une enquête rapide, impartiale et approfondie sur les circonstances de l'attaque. Il incombe aux forces qui ont perpétré l'attaque d'enquêter", a déclaré Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, lors d'un point de presse à Genève, qualifiant l'incident d'"horrible".

Le secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré que les forces américaines "ne cibleraient pas délibérément une école", après que les médias d'État iraniens ont rapporté que plus de 160 personnes avaient été tuées le premier jour des attaques américaines et israéliennes contre l'Iran.

11h26

Au moins 30 000 personnes déplacées au Liban

Au moins 30 000 personnes déplacées ont cherché refuge dans des abris au Liban depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah lundi, a déclaré mardi l'agence des Nations Unies pour les réfugiés.

"Selon des estimations prudentes, près de 30 000 personnes auraient été accueillies dans des abris collectifs", a déclaré Babar Baloch, porte-parole du HCR. Beaucoup d'autres ont dormi dans leur voiture au bord des routes ou étaient encore coincés dans les embouteillages", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a émis ce mardi de nouveaux ordres d'évacuation à destination des habitants de plusieurs dizaines de villes situées dans le sud du Liban.

11h14

L'Arabie saoudite condamne l'attaque iranienne contre l'ambassade américaine à Riyad et se réserve le droit de riposter

L'Arabie saoudite a condamné mardi une attaque iranienne nocturne visant l'ambassade américaine à Riyad, et a souligné qu'elle se réservait le droit de riposter, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Le royaume a réaffirmé son plein droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre sa sécurité et ses intérêts vitaux, y compris la possibilité de répondre à toute agression, indique le communiqué.

11h01

Israël dit avoir frappé la présidence iranienne et le Conseil de sécurité à Téhéran

L'armée israélienne a annoncé mardi avoir mené hier des frappes aériennes contre la présidence iranienne et les bureaux du Conseil suprême de sécurité nationale à Téhéran. Lundi soir, "l’aviation israélienne a frappé et démantelé des installations situées dans le complexe de la direction du régime terroriste iranien au cœur de Téhéran", a-t-elle déclaré. "De nombreuses munitions ont été larguées sur les bureaux de la présidence et le bâtiment du Conseil suprême de sécurité nationale", a-t-elle ajouté.

10h51

La Russie demande des preuves que l'Iran développait un arsenal nucléaire

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov déplore ne pas avoir vu une seule preuve du développement par l'Iran d'un arsenal nucléaire, l'une des raisons avancées par les Etats-Unis ou Israël pour justifier leur campagne de frappes aériennes contre la République islamique.

Le Kremlin a par ailleurs déclaré ce mardi que Vladimir Poutine ferait de son mieux pour apaiser les tensions au Moyen-Orient.

10h48

Téhéran met en garde les pays européens

Le porte-parole du ministre des Affaires étrangères iranien met en garde les pays européens contre "toute implication dans la guerre", laissant ainsi planer la menace de représailles ciblées. "Toute [implication] contre l’Iran serait considérée comme un geste de complicité avec les agresseurs", a prévenu Esmaeil Baghaei lors d'une conférence de presse.

10h34

L'AIEA confirme des dégâts récents sur le site nucléaire iranien de Natanz

L'AIEA, l'agence de surveillance nucléaire de l'ONU, a déclaré mardi que des dégâts récents avaient été constatés dans le périmètre du site d'enrichissement nucléaire souterrain iranien de Natanz, dans la province d'Ispahan (centre de l'Iran). Lundi, le représentant de l'Iran auprès de l'AIEA avait déclaré que le site, déjà visé en juin 2025, avait été de nouveau bombardé dimanche par Israël et les Etats-Unis.

Selon l'AIEA, qui a pu le vérifier grâce à des images par satellite, des bâtiments situés à l'entrée du site ont été touchés mais aucun impact n'a été détecté dans l'usine souterraine elle-même. L'agence onusienne dit ne pas s'attendre à des conséquences en termes de radioactivité.

10h15

Des avions français ont "conduit des opérations de sécurisation du ciel"

Des Rafale français basés à Abou Dabi ont été "mobilisés pour assurer la sécurité" de "l'emprise" de la France, a déclaré Jean-Noël Barrot ce mardi sur BFMTV. "Ils ont conduit leurs opérations de sécurisation du ciel au-dessus de nos bases et donc des Émirats", a-t-il déclaré, sans préciser si des drones iraniens avaient été détruits par ces avions.

10h06

Près de 800 morts en Iran

Le bilan humain des bombardements israéliens et américains en Iran s'établit désormais à 787 morts, selon les chiffres du Croissant-Rouge iranien cités par les médias officiels de Téhéran.

10h03

Le raid contre l’ayatollah Khamenei analysé par un ancien de la DGSE

Ex-directeur technique de la DGSE, Bernard Barbier décrypte pour L’Express ce que l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei révèle de la transformation du renseignement américain, devenu non plus seulement un outil d'observation mais un système de frappe intégré en temps réel.

>> Notre entretien

09h42

Le ministre français de l'Économie affirme que l'approvisionnement en gaz et en essence n'est pas menacé en France

Tout en reconnaissant des "incertitudes économiques et financières", le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a déclaré mardi que l'approvisionnement en gaz naturel et en essence n'était pas menacé en France à court terme. "N’inventons pas un problème qui n’existe pas, il n’y a aucune raison de se précipiter vers les stations-service", a-t-il déclaré aux journalistes lors d'un point presse aux côtés du gouverneur de la Banque de France.

Celui-ci a assuré que le secteur financier français était peu exposé à la crise du Moyen-Orient. "L'économie française aborde ces tensions avec certains éléments favorables : une inflation basse, une croissance relativement résiliente et un secteur financier solide avec une exposition limitée sur le Moyen-Orient", a souligné François Villeroy de Galhau.

09h29

Un réservoir de carburant percuté par un drone au port de Duqm, à Oman

Un réservoir de carburant du port commercial de Duqm, à Oman, a été touché mardi lorsque l'installation a été attaquée par plusieurs drones, a indiqué l'agence de presse officielle du pays, citant une source sécuritaire, au quatrième jour des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, qui a riposté en ciblant des pays voisins.

Cette attaque survient au lendemain de l'arrêt par le Qatar de sa production de gaz naturel liquéfié (environ un cinquième de l'approvisionnement mondial ), tandis que l'Arabie saoudite a suspendu la production dans sa plus grande raffinerie nationale.

09h23

Les Bourses européennes chutent à nouveau

Les principales Bourses européennes sont dans le rouge en début de séance mardi. À Paris, le CAC 40 perd 1,47 %. A Francfort, le Dax recule de 1,88 % et à Londres, le FTSE 100 cède 1,24 %.

09h10

La France s'apprête à rapatrier ses ressortissants les plus vulnérables

La France se prépare à affréter des vols pour rapatrier ses ressortissants "les plus vulnérables" présents dans les pays du Moyen-Orient touchés par la guerre contre l’Iran, a annoncé Jean-Noël Barrot ce mardi. "Nous nous préparons à des affrètements de vols pour que les personnes les plus vulnérables, les personnes qui méritent d’être accompagnées, puissent, le cas échéant, en bénéficier", a déclaré sur BFMTV le ministre des Affaires étrangères français, sans préciser le nombre de personnes qui pourraient être concernées par ces vols.

400 000 ressortissants français, résidents ou de passage, sont présents dans la douzaine de pays concernés par le conflit. Jean-Noël Barrot les a appelés à la plus grande prudence et à emprunter si nécessaire les voies de sortie aériennes ou terrestres en fonction des situations locales. Plus de 25 000 Français sont inscrits auprès des autorités comme "de passage".

"La France se tient prête à défendre ses partenaires conformément au principe de légitime défense collective qui est un principe du droit international", a par ailleurs réaffirmé le ministre. "C'est au président de la République de prendre la décision", a-t-il souligné. "Lorsque les décisions auront été prises, elles seront communiquées."

09h01

Israël se prépare à une campagne de plusieurs semaines contre l'Iran

L'armée israélienne s'est préparée à une campagne contre l'Iran qui pourrait durer plusieurs semaines, mais il est peu probable qu'elle implique le déploiement de forces terrestres, a déclaré mardi un porte-parole militaire aux journalistes. "Nous avons établi un calendrier général sur plusieurs semaines", a déclaré le lieutenant-colonel Nadav Shoshani lors d'un point de presse en ligne, ajoutant que la durée de la campagne militaire pourrait évoluer en fonction de la situation. Il a qualifié les progrès réalisés jusqu'à présent de positifs.

08h54

La Chine exhorte à la reprise des pourparlers sur le nucléaire iranien

La Chine respecte le "droit légitime de l'Iran à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire", a déclaré ce mardi un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, tout en exhortant à mettre fin aux actions militaires américaines et à privilégier la reprise des pourparlers et des négociations.

"Les frappes américaines contre l'Iran, qui ont lieu pendant les négociations en cours, violent le droit international et les principes fondamentaux des relations internationales", a déclaré le porte-parole du ministère, Mao Ning, lors d'un point de presse régulier. "La question nucléaire iranienne devrait à terme retrouver le chemin d'un règlement politique et diplomatique", a-t-il ajouté.

08h35

La France envoie des systèmes anti-drones à Chypre après une attaque contre une base britannique

La France prévoit d'envoyer des systèmes antimissiles et antidrones à Chypre après qu'une base souveraine britannique sur l'île a été attaquée par des drones, a déclaré l'agence de presse semi-officielle chypriote (CNA).

L'aide française à l'île, telle que rapportée, fait suite à l'offre d'assistance de la Grèce quelques heures après que la base aérienne britannique d'Akrotiri, une base souveraine, a été visée par deux incidents distincts de drones lundi. Dans un premier temps, un drone Shahed de fabrication iranienne s'est écrasé sur la piste de la base, causant des dégâts limités. Quelques heures plus tard, deux autres drones ont été interceptés.

08h32

Changer le régime iranien par les airs ? Cette doctrine controversée qui a séduit Donald Trump

Pour comprendre l'opération "Epic Fury", il faut se pencher sur la doctrine Douhet et son mythe du changement de régime par les airs. Mais cela peut-il réussir sans troupes au sol ? Donald Trump refuse d'exclure cette hypothèse...

>> Notre décryptage à lire ici

08h30

La France affirme qu'elle travaillera avec la Chine à la désescalade de la guerre contre l'Iran

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est entretenu hier avec son homologue chinois, Wang Yi, pour discuter de la guerre en Iran et les deux hommes ont convenu de travailler à la désescalade, a indiqué le bureau de Jean-Noël Barrot dans un communiqué.

Les deux ministres se sont engagés à rechercher une solution politique qui garantisse la sécurité collective et prenne en compte les aspirations du peuple iranien, indique le communiqué.

08h28

Donald Trump déclare qu'il est "triste de constater" que les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni ne sont plus ce qu'elles étaient

Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il était "triste de constater" que la relation avec la Grande-Bretagne n'était "plus ce qu'elle était" après que le Premier ministre Keir Starmer a initialement hésité à apporter son soutien aux frappes contre l'Iran. "C’est très triste de constater que la relation n’est plus ce qu’elle était", a-t-il déclaré mardi au journal The Sun.

Il a déclaré que les États-Unis n'avaient pas besoin de la Grande-Bretagne pour faire la guerre au Moyen-Orient, mais a ajouté : "Cela n'aura aucune importance, mais (Starmer) aurait dû aider… il aurait dû." "Je veux dire, la France a été formidable. Ils ont tous été formidables. Le Royaume-Uni a été très différent des autres."

08h21

L'armée israélienne affirme que ses soldats sont déployés en "plusieurs points" dans le sud du Liban

L’armée israélienne affirme que ses soldats sont déployés en "plusieurs points" dans le sud du Liban. "Parallèlement à l’opération 'Roaring Lion', les soldats de l’armée israélienne mènent des opérations dans le sud du Liban et sont positionnés à plusieurs endroits près de la zone frontalière dans le cadre d’un renforcement de la défense avancée", dit-elle dans un communiqué annonçant l’envoi de troupes au sol.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré dans un communiqué avoir autorisé l'armée à progresser et à prendre le contrôle de positions supplémentaires au Liban après que le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël dimanche soir, en réaction aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran. Les forces israéliennes occupent cinq positions dans le sud du Liban depuis novembre 2024.

07h53

Air France prolonge la suspension de ses vols

Dans un avis diffusé lundi soir, Air France a annoncé la prolongation jusqu'au 5 mars inclus de l'annulation de ses vols à direction ou en provenance de Tel Aviv, Beyrouth, Dubaï et Riyad en raison du conflit en cours. La compagnie a indiqué que la sécurité de ses clients et de son équipage était sa priorité absolue et qu'elle évaluerait la situation avant de reprendre les vols.

07h35

L’ambassade des États-Unis au Koweït "fermée jusqu’à nouvel ordre"

"En raison des tensions régionales actuelles", l'ambassade des Etats-Unis au Koweït a annoncé ce mardi matin sa fermeture jusqu'à nouvel ordre, dans un message sur X.

Security Alert:  U.S. Embassy Kuwait Closure

Due to ongoing regional tensions, the U.S. Embassy in Kuwait will be closed until further notice.  We have canceled all regular and emergency consular appointments.  We will communicate when the embassy returns to normal operations.… pic.twitter.com/x3hJQXp51Q

— U.S. Embassy Kuwait (@USEmbassyQ8) March 3, 2026

L'ambassade américaine en Arabie saoudite a pour sa part confirmé dans un communiqué avoir été visée par une attaque. Elle restera fermée ce mardi.

07h28

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran a incité les Etats-Unis à frapper, dit Marco Rubio

Un projet d'action d'Israël contre l'Iran qui aurait déclenché des représailles iraniennes contre les troupes américaines a incité les Etats-Unis à lancer au cours du week-end des bombardements contre Téhéran, a déclaré hier soir à Washington le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. "Nous savions qu'il y aurait une action israélienne", a-t-il déclaré aux journalistes avant d'effectuer un compte rendu à huis clos de l'opération en Iran à des élus du Congrès. "Nous savions que cela précipiterait une attaque contre les troupes américaines, et nous savions que si nous ne nous en prenions pas à eux de manière préventive avant qu'ils ne lancent ces attaques, nous aurions subi des pertes plus lourdes", a-t-il ajouté.

07h09

Le successeur d'Ali Khamenei rapidement nommé ?

Un membre de l'Assemblée des experts iraniens, chargée de choisir un nouveau Guide suprême, a déclaré que le choix du successeur de l'ayatollah Ali Khamenei "ne prendra pas longtemps", a rapporté ce mardi l'agence de presse iranienne Isna.

06h51

Les États-Unis ordonnent à leur personnel non essentiel de quitter Bahreïn, l'Irak et la Jordanie

Le département d'État américain a annoncé mardi avoir ordonné le départ du personnel gouvernemental américain non essentiel et des membres de leur famille du Bahreïn, de l'Irak et de la Jordanie. Cette décision intervient alors que les États-Unis surveillent les risques sécuritaires liés à leur conflit avec l'Iran.

06h32

Israël frappe Téhéran et Beyrouth

L'armée israélienne dit mener présentement des attaques simultanées contre Téhéran et contre Beyrouth.

06h16

Les Etats-Unis disent avoir détruit des postes de commandement des Gardiens de la révolution

"Les forces américaines ont détruit les installations de commandement et de contrôle du corps des Gardiens de la révolution islamique, les capacités de défense aérienne iraniennes, les sites de lancement de missiles et de drones, ainsi que les aérodromes militaires au cours d’opérations soutenues", a écrit tôt ce mardi sur X le commandement militaire central américain (CentCom). "Nous continuerons à prendre des mesures décisives contre les menaces imminentes posées par le régime iranien", ajoute l'armée américaine dans son post.

U.S. forces have destroyed Islamic Revolutionary Guard Corps command and control facilities, Iranian air defense capabilities, missile and drone launch sites, and military airfields during sustained operations. We will continue to take decisive action against imminent threats… pic.twitter.com/0aHEyVHf5e

— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 3, 2026

06h13

Israël poursuit ses frappes au Liban

L'armée israélienne a dit cette nuit effectuer des frappes au Liban contre des centres du commandement du Hezbollah et des entrepôts d'armes du mouvement aligné sur l'Iran.

Le Hezbollah de son côté dit avoir lancé des drones en direction du nord d'Israël, dont l'armée a annoncé avoir intercepté deux drones en provenance du Liban.

06h05

L'ambassade des Etats-Unis à Riyad visée par deux drones

L'ambassade américaine dans la capitale saoudienne a été visée cette nuit par deux drones. L'attaque a provoqué un incendie "limité" et des dégâts matériels mineurs, a précisé le ministère saoudien de la Défense. Aucune victime n'a été signalée, des personnes au fait de la question confirmant que le bâtiment diplomatique était alors vide. Il a été conseillé tôt ce mardi aux ressortissants américains résidant en Arabie saoudite de rester à l'abri.

Interrogé par la chaîne News Nation sur la riposte prévue à cette frappe, Donald Trump a déclaré : "Vous le découvrirez bientôt".

المتحدث الرسمي لوزارة الدفاع: تعرّضت السفارة الأمريكية في الرياض لهجوم بمسيّرتين بحسب التقديرات الأولية، ونتج عن ذلك حريق محدود وأضرار مادية بسيطة في المبنى. pic.twitter.com/YuCukrePkH

— وزارة الدفاع (@modgovksa) March 3, 2026

06h01

La guerre ne sera pas "sans fin", assure Benyamin Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré dans une interview à la chaîne de télévision américaine Fox News que l'action menée en Iran par Israël et les Etats-Unis serait "rapide et décisive". "Vous n’allez pas avoir une guerre sans fin", a-t-il assuré, ajoutant que la campagne militaire israélo-américaine "créé les conditions" pour que le peuple iranien fasse chuter le gouvernement de Téhéran.

© REUTERS

Le président américain Donald Trump s'exprime lors de sa rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, le 3 mars 2026.
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Guerre en Iran : Reza Pahlavi - Ali Ahmad Khomeini, la bataille des héritiers

L'histoire comme un éternel recommencement. 47 ans après la Révolution islamique, la mort de l'ayatollah Khamenei ouvre une nouvelle page de l'histoire de l'Iran : une page remplie d'inconnu et de chaos potentiel. Alors, dans cette période de doutes, des noms familiers refont surface : celui d'Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du premier Guide suprême ; celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, en exil depuis 1979. Deux camps de la Révolution, deux incarnations d'un avenir possible de l'Iran.

Du côté du régime iranien, la mort de l'ayatollah Khamenei laisse un vide béant. A 86 ans, le Guide suprême régnait à la fois sur le gouvernement, les religieux, l'armée régulière et les Gardiens de la révolution. D'après la Constitution, une assemblée des experts, composée de 88 hauts dignitaires religieux, doit se réunir bientôt pour nommer le prochain chef d'Etat. "Mais la République islamique n'a connu qu'une seule succession dans son histoire, et jamais en temps de guerre, souligne Alex Vatanka, auteur de The Battle of the Ayatollahs in Iran (2021). La dernière transition, en 1989, était le résultat d'arrangements occultes. Les 88 religieux valident seulement le nom d'un candidat, qui sera probablement choisi par les Gardiens de la révolution cette fois."

Le nom qui émerge des coulisses du pouvoir iranien est bien connu : Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. "Il est le favori dans la course à la succession, assure le chercheur Nozar Vaziri dans une analyse pour New Lines Institute. Dans les traditions du clergé chiite, le pouvoir se transmet du père à son fils le plus âgé ou le plus capable. [...] Ali Ahmad Khomeini, qui est à la fois un islamiste et un homme politique astucieux et efficace, apparaît comme le meilleur candidat au poste de Guide suprême au sein de son clan." Autre atout : sa femme, petite-fille du grand ayatollah Ali al-Sistani d'Irak, donnerait au nouveau Guide une assise régionale, utile en temps de guerre.

Quel choix pour Donald Trump ?

Ces dernières semaines, le petit-fils de l'ayatollah Khomenei s'est distingué par plusieurs apparitions publiques. D'abord dans une interview au média Al Mayadeen, dans laquelle il loue les "innombrables qualités" d'Ali Khamenei ; puis au lendemain de sa mort, il a prononcé un éloge funèbre très remarqué en Iran. "A l'inverse, le propre fils de Khamenei, Motjaba [NDLR : lui aussi pressenti pour succéder à son père] n'a pas pris la parole, ce qui laisse supposer que le petit-fils du fondateur de la République islamique a de grandes chances d'être nommé Guide suprême", estime Nozar Vaziri.

Dans le camp d'en face, un nom ressort d'une opposition fracturée : celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran et incarnation de la monarchie en exil. Ses soutiens l'appellent "prince" même s'il ne revendique pas officiellement l'héritage du trône. "Il veut incarner une autre voie pour le peuple d'Iran, une transition vers la démocratie, nous expliquait récemment un membre de son entourage. Ces dernières années, il a décidé de ne plus mener la lutte depuis les coulisses et de construire une grande coalition du changement en Iran."

Reza Pahlavi multiplie les apparitions depuis son arrivée sur la scène publique en 2022, dans la foulée du mouvement "Femme, vie, liberté". Il court les médias européens (TF1 et Le Point en France le mois dernier) mais surtout américains, où il est un invité régulier de Fox News. Son discours vise à convaincre un téléspectateur en particulier : Donald Trump. Jusqu'ici, le président américain a refusé de le recevoir, déclarant tout de même en janvier : "Il semble très sympathique, mais je ne sais pas comment il se comporterait dans son propre pays. […] Je ne sais pas si son pays accepterait ou non son leadership. Si c’était le cas, je m’en réjouirais." Une autre inconnue, une autre bataille des récits à mener.

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Qui sera le successeur du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine ?
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Pourquoi il est important de parler de fascisme, par Catherine Fieschi

Autour de la mort tragique de Quentin Deranque, une bataille lexicale s’est ouverte révélant des réflexes politiques à la fois apeurés et brouillons. Chacun a semblé chercher moins à comprendre qu’à stabiliser un récit immédiatement acceptable. Soyons indulgents : face à un événement violent et politiquement chargé, le langage a vacillé.

Quentin Deranque, qui assurait le service d’ordre du groupe d’extrême droite Némésis, est ainsi d’abord présenté comme un "militant identitaire", formule atténuée qui transforme une appartenance idéologique en simple engagement. En face, ses agresseurs désignés comme des "antifas", relèvent donc de l’"extrême gauche", une radicalité cette fois clairement assumée dans le vocabulaire employé. Les qualifications sont ensuite devenues plus précises, les prudences plus équilibrées. Mais quelque chose est resté inchangé : une nette réticence à nommer certains phénomènes pour ce qu’ils pourraient être.

Les actes doivent évidemment être jugés pour ce qu’ils sont : une violence abominable ayant entraîné la mort d’un jeune homme de 23 ans. Rien ne saurait en atténuer la gravité ni la responsabilité.

Mais les débats publics et médiatiques autour de cette affaire reposent trop souvent sur une idée devenue familière - le fascisme n’existerait plus. Le raisonnement est redoutablement efficace. Et circulaire. Si le fascisme appartient définitivement au passé, alors l’antifascisme devient une posture anachronique et absurde. Voire la véritable source de violence politique. En disqualifiant l’antifascisme, le fascisme cesse d’être une catégorie d’analyse du présent. L’extrême droite devient alors une opinion parmi d’autres — parfois excessive, mais désormais ordinaire. Elle n’avait pourtant pas besoin d’une normalisation supplémentaire.

Réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie

Il est vrai que la question du fascisme continue d’animer les sphères universitaires. Elle fait débat, et ses contours restent disputés. Historiquement, le fascisme est un régime — l’Italie de 1922 à 1946 en constitue la matrice évidente. Mais l’histoire ne se laisse pas enfermer dans un seul modèle : d’autres expériences autoritaires, du Chili de Pinochet à diverses dictatures du XXᵉ siècle, en brouillent les frontières. Surtout, réduire le fascisme à un régime revient à oublier qu’il est aussi une idéologie. Or les idéologies ne meurent pas avec les institutions qui les ont incarnées. Elles se transforment, changent parfois de cibles, s’adaptent aux contextes culturels et politiques.

Les travaux du philosophe politique britannique Michael Freeden le montrent bien : une idéologie repose sur un noyau dur d’idées relativement stables, entouré d’éléments plus contextuels qui évoluent avec le temps. Ce cœur conceptuel peut survivre aux défaites historiques. Dans le cas du fascisme, il n’est pas difficile d’en identifier les constantes : la fascination des plus forts pour la domination, la croyance en des hiérarchies naturelles et immuables, l’acceptation — voire la valorisation — de l’oppression ou de l’exploitation des plus vulnérables que l’on méprise. Et enfin, la violence comme source de renouveau et de purification collective.

Ces imaginaires n’ont pas disparu. Ils sourdent, bien vivants, dans des espaces politiques et culturels devenus familiers : dans le mouvement Maga aux États-Unis, dans les courants masculinistes, ou encore sous le racisme feutré de l’anti-wokisme. Et évidemment chez les groupes d’extrême droite à la recherche de la violence de rue contre leurs opposants – et qui rappellent les groupes des années 20 et 30, l’Action française, les Jeunesses patriotes, ou Solidarité française. Tous partagent, à des degrés divers, la nostalgie d’un passé mythifié et la promesse d’un ordre naturel perdu qu’il faudrait restaurer - afin que ses bénéficiaires profitent de ce dont ils ont été déchus, et qui leur serait dû. Tous sont animés par une conviction simple et brutale : la force fait le droit, et les faibles subissent ce qu'ils ne peuvent éviter. Et à chacun "son" souffre-douleur. Car c’est là le talent du fascisme – hiérarchiser pour mieux contrôler.

Alors, à quoi cela sert-il de parler de fascisme ? Non pas à distribuer des anathèmes moraux, mais à nommer des logiques politiques réelles - qui pourraient trop facilement passer du stade d’idées partagées à celui de force politique institutionnalisée tout en douceur et en dédiabolisation.

Catherine Fieschi est chercheuse au centre Robert Schuman de l’Institut universitaire européen (IUE) de Florence

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Affiche représentant Quentin Deranque, militant identitaire tué à Lyon.
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De l'Iran au Venezuela : bienvenue dans l'ère de la CIA "made in Trump"

Pour éliminer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, les informations de la CIA ont encore une fois été décisives. Selon les informations du New York Times, l'agence de renseignement américaine traquait l'ayatollah depuis des mois et savait qu'une réunion entre les dirigeants iraniens allait avoir lieu samedi 28 février à Téhéran. L'infiltration de la CIA ne s'est pas arrêtée là puisque l'agence américaine aurait également pu transmettre une photo de l'ayatollah au président américain pour confirmer son décès.

Malgré ce nouveau succès, une menace plane sur l’agence de renseignements la plus puissante au monde. Son nom ? Donald Trump. Dès son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2025, le président américain organise une purge d’envergure au sein de ses services de renseignements. L'objectif : détruire les carrières des personnes qui ont enquêté sur ses liaisons avec la Russie lors de la campagne de 2016. "La purge va même encore plus loin, précise Tim Weiner, journaliste américain, auteur de La Mission (Robert Laffont), vainqueur du prix Pulitzer en 1988. Si vous voulez un poste élevé au sein de la CIA, vous devez essentiellement prêter allégeance, non pas à la Constitution, mais à Donald Trump lui-même." Un an après le début de cette purge, difficile de savoir précisément combien de personnes sont parties. Certaines sources évoquent un chiffre avoisinant les 1 200 personnes.

D’autres changements surviennent rapidement. Notamment sur le recrutement des agents. Depuis les années 1980, la CIA avait pour habitude de recruter des agents de différentes ethnies pour faciliter les infiltrations à l’étranger. Mais l’administration Trump a aboli le DEI, le programme en faveur de la diversité, l’équité et l'inclusion. "Envoyer des espions exclusivement blancs, en Chine, au Pakistan ou en Somalie, est une mauvaise idée, explique Tim Weiner. Les espions veulent se fondre dans la masse. Ils veulent connaître la langue, l'histoire et la culture des pays qu'ils espionnent. Autrefois, la diversité était l'un des superpouvoirs de la CIA." Enfin, un troisième bouleversement s’est joué au fil des mois au sein de l’agence, dont l’aboutissement s'est illustré... le 3 janvier 2026.

L'opération Maduro

L’enlèvement de Nicolas Maduro raconte quelque chose de ce qu’est devenue la CIA sous Donald Trump. Une agence qu’il a voulu remodeler pour l’adapter à ses priorités. A travers la "Doctrine Monroe", rebaptisée "Donroe" par le président Trump, Washington s'autorise à s’immiscer dans les affaires de ses voisins latino-américains. Et sur le plan tactique, l’opération "Absolute Revolve" est un véritable succès. En plus de ces sources humaines infiltrées à Caracas, la CIA aurait communiqué plusieurs renseignements essentiels à la capture du président vénézuélien. En interne, l’opération symbolise bien la fracture qui s’est progressivement ouverte à la CIA : avec d’un côté, les analystes qui travaillent dans les bureaux, et de l’autre, les officiers de terrain, considérés comme des héros par la nouvelle administration.

La CIA serait donc entrée dans une nouvelle phase de politisation à outrance. Pourtant ce n’est pas si nouveau… Fondée en 1947 dans le cadre du National Security Act, l’agence est dès le début utilisée contre l’Union soviétique pendant la guerre froide. Depuis sa création, "la CIA est un instrument de la politique étrangère américaine, raconte Tim Weiner. Elle fait ce que le président lui dit de faire. Elle lui appartient." Aujourd’hui, la question est donc de savoir où placer le curseur entre la compétence et la loyauté. Entre purge au sein du renseignement, dérive autoritaire et politisation des institutions, Donald Trump prend le risque de fragiliser considérablement la plus célèbre des agences de renseignement.

> Retrouvez toutes nos explications dans notre nouveau format vidéo, en tête de cet article, et sur tous nos réseaux sociaux.

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Donald Trump à son arrivée au Texas, le 27 février 2026.
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Attaque iranienne contre une base militaire à Chypre : la guerre aux portes de l'Europe ?

La guerre au Moyen-Orient, entre la coalition israélo-américaine et l'Iran, pourrait-elle s'étendre aux portes de l'Europe ? Lundi, une base britannique située à Chypre a été ciblée par plusieurs drones iraniens Shahed, causant toutefois des dégâts limités et aucune victime, selon des responsables chypriotes et britanniques.

Une première frappe a touché une piste de la base aérienne britannique d'Akrotiri peu après minuit. Les responsables chypriotes pensent que l'attaque aurait été menée par le Hezbollah libanais, groupe militaire soutenu par l'Iran, au moyen d'un drone Shahed.

La cible n'était pas l'île méditerranéenne en soi, mais la base militaire britannique. Depuis ce week-end, l'Iran et ses alliés ripostent en effet à l'offensive israélo-américaine par des attaques contre des bases militaires, y compris alliées. Lundi en journée, deux autres drones ont été détectés se dirigeant vers Akrotiri, avant d'être interceptés, a déclaré un porte-parole chypriote.

Vers une possible escalade ?

La base d'Akrotiri est dans le viseur de l'Iran et de ses alliés, après que le Premier ministre Keir Starmer a accepté la demande des Etats-Unis, dimanche, d'utiliser cette position pour "des frappes défensives". La Grande-Bretagne compte environ 7 000 militaires et leurs familles à Chypre. Ses bases, d'une superficie de 255 kilomètres carrés (un peu moins de 3 % de la superficie de Chypre), abritent également un poste d'écoute britannique stratégique.

Le président chypriote Níkos Christodoulídis a néanmoins dit vouloir "être clair" sur le fait que son pays "ne participe d'aucune manière et n'a aucune intention de prendre part à une quelconque opération militaire".

La base d'Akrotiri est l'une des deux bases que la Grande-Bretagne a conservées dans son ancienne colonie depuis son indépendance en 1960. Elle a notamment été utilisée pour des opérations militaires en Irak, en Syrie et au Yémen. Chypre assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne (UE). Bien qu'elle ne soit pas membre de l'Otan comme le Royaume-Uni, en vertu de la clause de défense mutuelle de l'UE, les Etats membres devraient lui porter secours en cas d'attaque.

Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias, a déclaré lundi que la Grèce défendrait Chypre "par tous les moyens possibles" et qu'elle envoyait deux frégates à Chypre, dont une équipée d'un système anti-drone, ainsi que quatre avions de chasse F-16.

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La base aérienne britannique d'Akrotiri (Chypre), frappée par un drone iranien sans pilote pendant la nuit le 2 mars 2026.
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Pouvoir décapité, siège des Gardiens de la révolution attaqué : quelles pertes côté iranien ?

Assiste-t-on à la fin du régime des mollahs ? Dimanche 1er mars, les médias iraniens ont confirmé la mort du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, dans des frappes israélo-américaines contre sa résidence, la veille. Son nom s'ajoute ainsi à la liste des dignitaires politiques et militaires éliminés au cours de l'offensive menée par les Etats-Unis et Israël, déclenchée samedi 28 février. L'Iran a également essuyé des frappes contre le quartier général des Gardiens de la révolution, et une partie de sa flotte navale a été coulée. Et ce, en moins de trois jours, plongeant la République islamique dans sa pire crise depuis l'avènement du régime en 1979.

De nombreuses figures militaires et politiques assassinées

Lundi, les médias iraniens ont confirmé la mort de Mansoureh Khojasteh, l'épouse d'Ali Khamenei, blessée dans l'attaque contre le palais présidentiel. Selon l'agence Tasnim, sept missiles se sont abattus aux abords de la résidence du Guide suprême samedi, tuant également la fille d'Ali Khamenei, son gendre et sa petite-fille.

Donald Trump s'est empressé de se réjouir de la mort d'Ali Khamenei sur son réseau Truth Social, évoquant "l'une des personnes les plus diaboliques de l'Histoire". En tant que Guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah occupait le plus haut poste en termes de responsabilités politiques et religieuses en Iran, le président assurant quant à lui la direction du gouvernement. A 86 ans, Ali Khamenei dirigeait le pays d'une main de fer depuis 1989, ayant notamment orchestré les répressions sanglantes contre les manifestants anti-régime de ces dernières années.

Au cours de l'opération baptisée "fureur épique" par le Pentagone, les Etats-Unis et Israël ont également annoncé la mort de plusieurs hauts responsables iraniens. A commencer par deux figures importantes des corps militaires : le chef d'état-major des forces armées Abdolrahim Mousavi, ainsi que le général Mohammad Pakpour, le commandant du corps des Gardiens de la révolution islamique. Ce dernier avait été nommé à sa tête après la mort de son prédécesseur, Hossein Salami, lors des frappes aériennes de juin 2025 en Iran.

Les médias iraniens ont également annoncé la mort d'Aziz Nasirzadeh, ministre de la Défense du pays, et d'Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil de défense iranien. Il dirigeait le Conseil de défense iranien, créé en août 2025 après la guerre de juin, afin d'élaborer la stratégie militaire en temps de guerre. "Auparavant, il avait dirigé le Conseil national de sécurité, et été commandant dans la marine iranienne", précise le Wall Street Journal.

Le chef du bureau militaire, Mohammad Shirazi, a lui aussi été tué ainsi que Gholamreza Rezaian, chef des renseignements nationaux de la police. Salah Asadi, important officier de renseignement au sein de l'état-major des forces iraniennes, est aussi décédé. Deux autres hauts dignitaires du régime liés au SPND, une division du ministère de la Défense chargée de développer les sciences et technologies, ont également été éliminés : Hossein Jabal Amelian, son président, et son prédécesseur Reza Mozaffari-Nia, qui ont joué un rôle important dans le programme nucléaire iranien.

Mardi, Tsahal a encore annoncé dans un communiqué avoir éliminé plusieurs hauts responsables du ministère iranien du Renseignement, dont Yahya Hamidi, vice-ministre du renseignement pour les affaires israéliennes, et Jalal Pour Hossein, chef de la division d’espionnage du ministère.

Le QG des Gardiens de la révolution détruit

Au-delà de la perte de ces figures importantes, le commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a également affirmé avoir détruit le quartier général des Gardiens de la révolution dans des frappes, dimanche. Selon une infographie réalisée par Le Monde, les frappes israéliennes et américaines ont également ciblé plusieurs bâtiments politiques et administratifs : le ministère du renseignement, le tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran, le Palais de justice de Téhéran et la Cour suprême, ainsi que "plusieurs sites d'importantes institutions gouvernementales".

L'Iran a également dit avoir vu son site nucléaire de Natanz bombardé dimanche par Israël et les Etats-Unis. Donald Trump, pour sa part, a annoncé ce dimanche sur ses réseaux sociaux que neuf navires appartenant à la marine iranienne ont été "coulés et détruits".

"Processus de transition"

Des pertes importantes, infligées en un temps éclair. Néanmoins, le régime politique iranien est construit pour résister à ces menaces extérieures et survivre à la mort de son leader.

Dimanche, le principal responsable de la sécurité du pays, Ali Larijani, a assuré qu'un processus de transition était en cours, après la mort d'Ali Khamenei. "Un conseil de direction provisoire sera bientôt formé. Le président, le chef du pouvoir judiciaire et un juriste du Conseil des gardiens assumeront la responsabilité jusqu'à l'élection du prochain dirigeant", a assuré le chef du plus haut organe de sécurité iranien, le Conseil suprême de sécurité nationale.

Ce vétéran de la politique iranienne, ou encore le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, sont aujourd'hui perçus comme des figures de transition potentielles. De son côté, Donald Trump a ajouté être disposé à parler aux nouveaux dirigeants iraniens . "Ils veulent parler et j'ai accepté", a-t-il déclaré dans un entretien à The Atlantic.

Néanmoins, le président des Etats-Unis a annoncé que l'offensive en cours durerait au moins quatre semaines. Lundi, le secrétaire américain de la défense, Pete Hegseth a indiqué que les Etats-Unis n'excluent "aucune option dans une guerre en Iran", ajoutant "nous combattons pour gagner".

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Qui sera le successeur du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine ?
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En Israël, l'union sacrée sous les sirènes : "Il faut en finir une fois pour toutes avec la menace iranienne"

Shaul Marciano se trouvait dans une synagogue de Jérusalem samedi matin, lorsque retentit la première sirène de cette nouvelle guerre contre l'Iran. L'officiant venait de lire la section hebdomadaire de la Torah, un célèbre extrait du Deutéronome comportant l'injonction : "Tu effaceras le souvenir d'Amalek." "Chez nous, il n'y a pas de hasard : Dieu dirige l'histoire, assure le quinquagénaire. Dans la Bible, Amalek est l'ennemi héréditaire d'Israël, celui qui cherche à nous exterminer à chaque génération. Au XXe siècle, c'était Hitler. Pour notre époque, c'est l'Iran des mollahs. Et nous effacerons son souvenir."

La semaine se révèle décidément riche en symboles. Ce mardi 3 mars, les Juifs célèbrent la fête de Pourim qui commémore l'annulation d'un massacre antisémite organisé par Haman, un dirigeant de la Perse antique, l'ancêtre de l'Iran. "Khamenei, c'est Haman", s'exclame Shaul Marciano. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a lui-même fait allusion à cet épisode dans son discours diffusé lors du déclenchement des hostilités. "Il y a 2 500 ans, dans l’ancienne Perse, un ennemi s’est dressé contre nous avec le même objectif : anéantir notre peuple. Mais Mardochée le Juif et la reine Esther, par leur courage et leur ingéniosité, ont sauvé notre peuple. En ces jours de Pourim, le sort a été tiré et le méchant Haman a péri. Aujourd’hui encore, à Pourim, le sort a été tiré et la fin du régime maléfique est proche", a prédit le dirigeant israélien.

"Je n'ai jamais vu un tel cataclysme"

La mystique de cette guerre ne masque pas la dure réalité des attaques iraniennes. Dimanche, un missile a percuté un abri public situé sous une synagogue de Bet Shemesh, une ville populaire du centre d'Israël. Neuf personnes ont été tuées et une trentaine blessées. Sur place, les effets de l'explosion sont spectaculaires : le bâtiment touché a été pulvérisé et, tout autour, les voitures renversées et des dizaines de toitures arrachées. "Je n'ai jamais vu un tel cataclysme, souffle Yaaron, un habitant du quartier. Ces personnes se croyaient en sécurité dans cet abri mais la puissance du missile ne leur a laissé aucune chance."

Pour une raison encore inexpliquée, le Dôme de fer, célèbre bouclier antimissile israélien, n'a pas fonctionné. Selon un des concepteurs du système, interrogé par la radio de l'armée, le taux d'interception s'élève à 93 %. En creux, la frappe de Bet Shemesh laisse imaginer l'état du pays si la plupart des missiles et drones offensifs iraniens n'étaient pas détruits en plein ciel par le Dôme de fer...

L'union sacrée face à la menace iranienne

Malgré le drame de Bet Shemesh et déjà plusieurs heures passées dans les abris, y compris en pleine nuit, les Israéliens continuent de soutenir massivement la guerre en Iran. La spectaculaire élimination du guide suprême Ali Khameini et d'une quarantaine de responsables iraniens nourrit l'optimisme de la population. "Depuis vingt ans, depuis qu'Ahmadinejad [NDLR : président iranien entre 2005 et 2013] a promis de nous exterminer avec sa bombe atomique, nous vivons avec cette menace iranienne au-dessus de nos têtes. Il faut en finir une fois pour toutes, surtout que nous avons la chance d'avoir le soutien du président américain", considère Ehud Tsaroum, un officier de police natif de Jérusalem.

Comme à l'accoutumée, la population israélienne participe directement à l'effort de guerre à travers les soldats d'active et les réservistes. Cent mille d'entre eux ont déjà été mobilisés même si, pour l'instant, aucune opération terrestre d'envergure ne se dessine. Juif pratiquant et réserviste, Shmuel G. a pris sa voiture après un appel de l'armée. "Je suis allé rejoindre mon unité vers Kyriat Shmona, dans le nord du pays, où on nous a parlé d'infiltration possible de milices pro-iraniennes basées en Syrie." Pas d'infiltration à cette heure, mais des drones et des tirs de roquettes du Hezbollah vers le doigt de la Galilée, dans le nord d'Israël, provoquant une riposte dévastatrice de l'armée israélienne.

Rompant cette union sacrée, seule l'extrême gauche israélienne critique le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Mythique éditorialiste du quotidien Haaretz et pourfendeur du nationalisme israélien, Gidéon Lévy estime qu'Israël aurait dû laisser sa chance à la négociation. "L'ouverture du conflit actuel a été présentée comme une 'frappe préventive', or une attaque préventive est lancée contre un adversaire sur le point de vous attaquer. L'Iran n'était pas sur le point de le faire. Certes, son régime est terrifiant et il représente une menace pour la sécurité d'Israël et de la région depuis des années, mais il n'a jamais présenté un danger existentiel pour Israël", estime le journaliste.

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Des Israéliens se mettent à couvert alors qu'une sirène d'alerte retentit, le 2 mars, près de Bet Shemesh.
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Pourquoi l’Europe doit s’impliquer en Iran

Les Européens n’ont pas su s’élever à la hauteur de l’enjeu iranien. Mis devant le fait accompli par Washington et Jérusalem, ils vont devoir gérer les conséquences d’une guerre à leur porte qui impacte leur sécurité mais sur laquelle ils n’ont guère de prise. Cueillis à froid par l’intervention américano-israélienne, qui était pourtant prévisible, les dirigeants ont réagi dans la confusion. L’Espagne l’a condamnée, certains l’ont approuvée, la majorité s’est gardée de prendre position.

Bien sûr, Donald Trump a pris, une fois de plus, des libertés avec le droit international et avec la charte de l'ONU - il n’est pas le premier président américain à le faire. Bien sûr, l’implication des Etats-Unis a aussi à voir avec le calendrier électoral - les législatives de mi-mandat, prévues le 3 novembre, se présentent mal pour Trump, et une action d’éclat au Proche-Orient pourrait aider son camp à remonter la pente. Bien sûr, les précédents historiques tendent à prouver que les avions de combat ne sont pas un vecteur adapté pour promouvoir la démocratie.

Il n’empêche : l’opération en Iran se présente comme une occasion historique de contrer et peut-être d’éliminer un régime malfaisant, qui fait régner la terreur depuis un demi-siècle au Proche-Orient et au-delà. Un régime qui a pris pour cible l’Occident, qui s’est fixé pour objectif de rayer Israël de la carte du monde, qui a eu recours à plusieurs reprises au terrorisme contre les intérêts européens, français en particulier. Cette théocratie chiite a promu l’islamisme le plus réactionnaire, opprimé son peuple, éliminé ses opposants, persécuté les femmes. Elle a soutenu activement, depuis quatre ans, la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, devenant ainsi un acteur majeur de l’insécurité européenne.

Pour toutes ces raisons, les dirigeants européens ont raté l'occasion de manifester leur soutien aux Etats-Unis et à Israël, au lieu de se borner à appeler à la désescalade. Ils auraient dû se réjouir plus ouvertement de l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei, le bourreau de son peuple. Cela ne les aurait pas empêchés de dénoncer simultanément le "deux poids, deux mesures" de Donald Trump, lorsque le président américain cible l’Iran mais tolère les exactions de Vladimir Poutine en Ukraine.

D’autant qu’au-delà de l’impératif moral, le conflit menace des intérêts européens essentiels. Il y a le risque de résurgence du terrorisme islamiste. Il y a les flux migratoires, qui ne manqueraient pas d’être relancés si le chaos venait à s’installer en Iran. Il y a le prix de l’énergie, comme l’a montré la flambée des cours consécutive à la décision du Qatar, le 2 mars, de cesser la production de gaz naturel liquéfié après les attaques iraniennes. Il y a aussi la lutte contre la prolifération nucléaire. Il y a encore la liberté du commerce maritime, entravée par les tentatives de l’Iran de bloquer le détroit d’Ormuz et les menaces de ses supplétifs houthistes du Yémen contre les cargos naviguant en mer Rouge. Il y a enfin la sécurité de nos partenaires du Proche-Orient, du Liban aux monarchies du Golfe en passant par la Jordanie et Israël.

Qu’ils le veuillent ou non, les Européens ne peuvent pas se soustraire à ce conflit. Les dirigeants allemand, français et britannique l’ont reconnu lorsqu’ils se sont dits prêts, dans un communiqué commun, à mener "des actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire à sa source la capacité de l’Iran à tirer des missiles et à lancer des drones". Mais jouer la mouche du coche ne suffira pas. La guerre d’Iran, après celle d’Ukraine, est un nouveau choc pour l’Europe. Son insuffisance géopolitique, sa vulnérabilité migratoire, sa dépendance énergétique, sa déficience militaire, sont à nouveau exposées au grand jour. Le mieux qu’elle puisse faire désormais est d’aider l’Amérique à gérer au mieux la transition, afin que l’Iran ne devienne pas un énorme trou noir sur son flanc sud-est. Mais pour cela, elle ne peut pas se contenter de rester spectatrice.

© ZUMA Press Wire via Reuters Conn

28 février 2026, Téhéran, Iran : De la fumée s'élève dans le ciel après une explosion à Téhéran, en Iran, le 28 février 2026. (Crédit image : © Tasnim News Agency via ZUMA Press Wire)
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Changer le régime iranien par les airs ? Cette doctrine controversée qui a séduit Donald Trump

Le 28 février, Donald Trump et l'Etat d'Israël ont lancé une offensive aérienne inédite contre leur ennemi commun : l'Iran. Pour l'heure, aucune force terrestre officielle n'est engagée sur le terrain, et les bombardements massifs sur des centaines de cibles se poursuivent. Résultat, nombre de dirigeants de la République islamique, à commencer par le Guide suprême Ali Khamenei, ont été tués dans ces frappes permises notamment par les renseignements de la CIA. L'objectif affiché par Donald Trump quelques heures seulement après le déclenchement de l'opération "Epic Fury" est clair : renverser le régime iranien en place depuis 1979. Derrière cette stratégie militaire se cache une doctrine longtemps discréditée mais remise au goût du jour par les cercles néoréactionnaires de Washington : le mythe du "regime change" par les airs développé au début du XXe siècle par Giulio Douhet.

"Conquérir la maîtrise de l’air signifie la victoire ; être battu dans les airs signifie la défaite", écrivait ce théoricien italien en 1921 dans son fameux Il dominio dell’aria, un écrit toujours étudié dans les écoles militaires. Pour résumer sa pensée : aucune arme - ni la défense anti-aérienne, ni l'aviation de chasse - ne serait capable de bloquer une offensive aérienne majeure. Ces offensives aériennes permettraient de remporter la victoire en bombardant les arrières de l'ennemi et ses centres vitaux économiques (industries, entrepôts, voies ferrées) et militaires (dépôts, quartiers généraux) mais également en bombardant les populations civiles pour briser leur moral. Les Etats adverses seraient ainsi contraints de se soumettre ou, dans le cas de la guerre en Iran, verraient la population se rebeller pour stopper les bombardements et aboutir à un changement de régime.

La mise en pratique de cette théorie est au cœur du second mandat de Donald Trump. Depuis janvier 2025, ce dernier a en effet bombardé l'Irak, le Yémen, la Syrie, le Nigeria, la Somalie et le Venezuela, où il est allé jusqu'à enlever le président Nicolas Maduro. Et tout cela pour un coût quasi nul pour les États-Unis. Pourtant, malgré ces succès de façade, la guerre moderne ne ressemble plus à celle que connaissait Giulio Douhet, et plusieurs épisodes du passé récent montrent les limites de cette théorie sur le long terme.

Les bombardements ne suffisent pas

Pendant la guerre du Vietnam, les Etats-Unis lancent l'opération "Rolling Thunder" entre 1965 et 1968. Ils bombardent massivement le Nord-Vietnam pour forcer ses dirigeants à accepter leurs conditions. Mais il n'en est rien. Les forces de Hanoï s'adaptent à cette nouvelle donne, dispersent leurs infrastructures, renforcent leurs défenses et mobilisent la population contre "l'ennemi américain". Résultat : ces frappes n'ont pas changé le cours de la guerre et les Etats-Unis seront contraints de se retirer du pays en 1973.

Plus récemment, lors de la guerre du Golfe de 1991, les bombardements soutenus des Etats-Unis n'ont pas permis de contraindre l'Irak à se retirer du Koweït. Les Américains ont dû déployer des forces terrestres dans un second temps, et c'est bien cela qui s'est avéré décisif dans l'issue de ce conflit. De la même manière, en Ukraine, les frappes russes contre les infrastructures et les cibles militaires depuis plus de quatre ans n'ont pas permis à Vladimir Poutine d'obtenir la victoire escomptée car, sur le terrain, ses soldats ne parviennent pas à percer les défenses de Kiev.

Même la campagne de l'Otan au Kosovo, souvent citée comme un triomphe de la puissance aérienne, n'est devenue décisive que lorsque les forces serbes au sol ont été de plus en plus menacées et que la perspective d'une invasion de l'Alliance atlantique est apparue plausible. La leçon est claire, comme le note le Pr Robert A. Pape, de l'Université de Chicago, dans son étude systématique des campagnes aériennes : sans compromettre le contrôle territorial grâce à des agents au sol, les bombardements seuls contraignent rarement à la capitulation.

En Iran, le régime tombera-t-il avec ces frappes ? La supériorité aérienne inégalée des États-Unis est une arme de destruction massive, mais cela n'implique pas nécessairement une soumission politique. Donald Trump en est certainement conscient. Le président américain a déclaré ce lundi 2 mars au New York Post qu’il n’excluait pas d’envoyer des troupes terrestres américaines en Iran "si nécessaire". La veille, il appelait les Gardiens de la révolution iraniens et la "police militaire" à "déposer les armes et recevoir une immunité totale ou faire face à une mort certaine", dans un message vidéo diffusé sur son réseau Truth Social. Le locataire de la Maison-Blanche, dans une brève allocution au ton très solennel, a aussi renouvelé son appel à un renversement des autorités : "J’appelle tous les patriotes iraniens en quête de liberté à saisir cette occasion, soyez courageux, soyez audacieux, soyez héroïques et reprenez le pouvoir. L’Amérique est avec vous." Dans le sous-texte, on comprend donc que la stratégie de Washington fonctionnerait si et seulement si le peuple prenait ses responsabilités. Sans cela, point de victoire totale pour les Etats-Unis bien que l'Iran sortirait inévitablement affaibli de cette confrontation inédite.

Vers un changement de régime rapide ?

Malgré le choc provoqué par l'assassinat de Khamenei, les experts mettent en garde contre toute prédiction d'un effondrement rapide. Selon eux, l'ordre politique iranien a été délibérément construit pour éviter toute dépendance envers un seul dirigeant, en répartissant l'autorité entre les institutions cléricales, l'appareil sécuritaire et les réseaux de pouvoir. "En interne, le système iranien est plus important qu'un seul homme. Tuer Ali Khamenei pourrait durcir le régime plutôt que de l'affaiblir", a déclaré Danny Citrinowicz de l'Atlantic Council à Reuters. "L’Iran a été bâti pour survivre à la perte d’un dirigeant", ajoute Ali Hashem, chercheur associé à Royal Holloway, Université de Londres. "Le danger ne réside pas dans un vide. Il réside dans la possibilité que la guerre et les pressions poussent le système au-delà de sa limite de résilience." Au cœur de cette résilience se trouve le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), corps d'élite longtemps considéré comme le véritable centre de gravité de l'Iran. L'équilibre des pouvoirs repose désormais sur la capacité des Gardiens à sortir affaiblis par les pertes sur le champ de bataille et les dissensions internes, ou au contraire, renforcés et unis autour d'une approche de la gouvernance plus dure et axée sur la sécurité.

L'Iran est désormais confronté à trois défis interdépendants : sa capacité à résister aux attaques ; la capacité de son élite en difficulté à s'entendre sur un successeur ou à adopter une nouvelle formule de gouvernement ; et la capacité d'une population ébranlée à transformer la crise en une rupture politique plus profonde. Personne ne sait encore de quoi cette crise va accoucher.

© via REUTERS

L'Iran est la cible de frappes israélo-américaines depuis le 28 février.
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Le Hezbollah dans le viseur d’Israël, le Liban rattrapé par la guerre

Le Liban se trouve pris en étau dans la guerre déclenchée par Donald Trump et Israël au Moyen-Orient. Ce lundi 2 mars au matin, Tel-Aviv a confirmé la menace qui plane sur le pays. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, était désormais une "cible à éliminer", après que le groupe armé, allié de Téhéran, a tiré sur Israël en représailles à l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. "Quiconque suit la voie de Khamenei se retrouvera bientôt avec lui dans les profondeurs de l’enfer", a prévenu le ministre israélien sur X.

Après deux jours de bombardements américains et israéliens en Iran, le conflit s’est donc étendu jusqu’au Liban, où Tsahal a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi avoir commencé à frapper le Hezbollah. Après avoir ordonné l’évacuation de dizaines de villes libanaises, l’armée israélienne a d’abord ciblé des localités du sud du Liban, qui accueillaient des représentants du mouvement armé chiite. Avant de frapper jusqu’à Beyrouth, la capitale, dont le sud est un fief notoire du Hezbollah. Des explosions ont été signalées dans la capitale et en périphérie sud. "Les frappes se poursuivent et leur intensité va augmenter", a affirmé dans la matinée le général Rafi Milo, chef du commandement nord de l’armée israélienne. Les bombardements ont déjà fait au moins 31 morts et 149 blessés, selon l’agence de presse officielle libanaise ANI.

Le Hezbollah doit "rendre ses armes illégales"

Le président Joseph Aoun a très vite fait savoir qu’il condamnait les frappes du Hezbollah contre Israël, qui nuisent, selon lui, aux efforts de Beyrouth pour éviter d’être entraîné dans un conflit régional. Dans un communiqué, il déplore "l’insistance à utiliser une fois de plus le Liban comme plateforme pour des guerres qui ne le concernent pas". De son côté, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a souligné que les tirs de roquettes du Hezbollah "donnent à Israël des prétextes pour poursuivre ses attaques contre ce pays" et "mettent en danger la sécurité du Liban". Pour tenter de distancer sa nation des actions du mouvement terroriste, le chef du gouvernement a déclaré lundi que le Liban interdisait officiellement les activités militaires du Hezbollah, qui doit "rendre ses armes illégales" et devenir un parti politique.

L’avenir du Liban dans cette guerre reste incertain. Le porte-parole de l'armée israélienne a de son côté fait savoir qu'Israël avait renforcé sa présence militaire de son côté de la frontière avec le Liban, mais qu'il n'y avait pas de plans immédiats pour une invasion terrestre de son voisin. Plus tôt, le général de brigade Effie Defrin, un autre porte-parole militaire israélien, avait déclaré aux journalistes qui l'interrogeaient sur la possibilité d'envoyer des troupes au sol que toutes les options restaient sur la table.

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L’armée israélienne a d’abord ciblé des localités du sud du Liban lundi, avant de frapper jusqu’à Beyrouth, la capitale, dont le sud est un fief notoire du Hezbollah.
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Abbas Milani (Stanford) : "En Iran, personne ne pourra succéder à Khamenei"

Il y a eu des scènes de joie comme rarement en Iran. Après plusieurs heures d'incertitudes, la confirmation de la mort du Guide suprême, l'ayatollah Khamenei au pouvoir depuis 36 ans en ce 1er mars, a été fêtée dans de nombreuses villes du pays. Bien que le régime des mollahs ait rapidement mis en place un triumvirat composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï et de l’ayatollah Alireza Arafi pour assurer la transition, cet événement marque néanmoins un tournant historique en Iran.

Pour L'Express, Abbas Milani, directeur du programme d'études iraniennes à l'université de Stanford, dresse le bilan du règne sanguinaire et sans partage du plus haut dirigeant chiite, "l'une des périodes les plus dramatiques, les plus autoritaires et les plus destructrices de l’histoire contemporaine de l’Iran". Selon lui, le régime des mollahs est bien en train de disparaître. Avec de nombreux bouleversements à la clé. Entretien.

L’Express : Khamenei a été éliminé lors de l'opération lancée contre Téhéran. Comment a réagi la population ?

Abbas Milani : Des milliers de personnes sont descendues dans les rues à travers le pays pour faire la fête. Sur les réseaux sociaux iraniens, beaucoup ont déjà remercié le président américain pour cette action, même s’ils ignorent ses objectifs stratégiques. Mais plus tard dans la nuit, le régime a envoyé ses hommes à moto pour disperser les gens et réintroduire ses propres partisans dans les rues, afin de simuler un "deuil" et montrer que la population pleurait Khamenei. Chacun sait en Iran que ces rassemblements sont artificiels. Le régime a encore cherché désespérément à masquer la joie populaire à la mort du patriarche sanguinaire.

En quoi sa mort revêt-elle une portée historique ?

Cela marque la fin de l’une des périodes les plus dramatiques, les plus autoritaires et les plus destructrices de l’histoire contemporaine de l’Iran. Ses 37 années au pouvoir ont renforcé un régime clérical d’une manière qui aurait été difficile à imaginer auparavant. Son intransigeance et sa conviction absolue de détenir seul la vérité — non seulement pour l’Iran, mais pour l’islam — ont fait de lui le principal obstacle à tout changement réel dans le pays. Il a été à l’origine des grandes orientations stratégiques qui, selon moi, se sont révélées profondément néfastes pour l’Iran : le programme nucléaire, la mise en place de forces alliées dans la région, l’inscription de la destruction d’Israël parmi les objectifs stratégiques à long terme, ou encore le refus de dialoguer directement avec les États-Unis tout en maintenant des échanges indirects.

Il a également maintenu une ligne dure sur des questions sociétales, notamment en s’opposant fermement au droit des femmes à occuper librement l’espace public, malgré l’avis d’autres religieux qui estimaient que ces restrictions n’étaient pas essentielles à la tradition chiite ni à l’islam.

En quoi a-t-il été le grand artisan d’une concentration du pouvoir entre ses mains par rapport à Khomeini ?

Il a profondément transformé la fonction de Guide suprême. Sous Khomeini, le bureau du Guide comptait quelques dizaines d’employés. Par la suite, cette structure a pris une ampleur considérable, avec des milliers de personnes. Le pouvoir s’est fortement centralisé : en plus de contrôler des fonds déjà très importants, le bureau du Guide suprême a développé un vaste réseau d’entreprises actives dans des secteurs variés comme la santé, le pétrole et le gaz. L’ensemble est devenu à la fois une puissance économique et politique majeure, fonctionnant selon des logiques de favoritisme et de clientélisme. Ces ressources ont également permis de financer des activités extérieures à l’Iran sans qu’elles apparaissent officiellement dans le budget de l’État.

Le style de gouvernement différait aussi sensiblement. Khomeini adoptait une posture plus distante : il se considérait au-dessus des détails quotidiens de la gestion politique. Il fixait les grandes orientations, puis laissait ses collaborateurs les mettre en œuvre. Pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak de 1980 à 1988, par exemple, il a confié une large part des responsabilités à d’autres dirigeants, notamment à Rafsandjani (NDLR : ce proche collaborateur de Khomeini a joué un rôle majeur dans la coordination de l’effort de guerre). Khamenei, en revanche, a concentré l’essentiel des pouvoirs entre ses mains et s’est impliqué dans des domaines très précis, parfois même techniques, qui relevaient habituellement d’autres instances. Cette tendance à intervenir directement dans de nombreux aspects de la vie politique et économique traduisait une vision beaucoup plus centralisée et personnalisée du pouvoir, allant bien au-delà du style adopté par Khomeini.

Peut-on dire que Khamenei a transformé un régime théocratique en une théocratie militarisée ?

On peut formuler les choses ainsi : au moment de sa nomination, la Constitution a été modifiée pour correspondre à son profil, car selon le texte initial, il ne remplissait pas les conditions requises pour exercer la fonction. Cette révision constitutionnelle, menée notamment sous l’impulsion de Rafsandjani, a consisté à adapter les critères d’éligibilité afin de permettre sa désignation. Au cours de ce processus, la nature même du régime a évolué : on est passé du principe de velayat-e faqih (le gouvernement du juriste-théologien) à celui de velayat-e motlaqeh-ye faqih, c’est-à-dire l’autorité absolue du juriste-théologien. La fonction a ainsi été renforcée et dotée de pouvoirs élargis.

N’ayant pas l’autorité religieuse reconnue de son prédécesseur, il s’est appuyé davantage sur l’appareil militaire pour consolider son pouvoir. Il a notamment renforcé le rôle des Gardiens de la révolution dans les domaines économique et politique, alors que Khomeini avait insisté pour que cette force reste strictement militaire et en dehors des affaires économiques et partisanes. En consolidant leur influence, il a contribué à transformer cette institution en acteur central du système politique et économique. Ce recours accru à la puissance militaire traduisait la nécessité de compenser une légitimité religieuse plus fragile par un soutien institutionnel et sécuritaire plus fort.

Il a donc bouleversé tout le monde chiite ?

La plupart des chiites à l’époque ne considéraient pas la théorie du velayat-e faqih comme légitime. La majorité des grands ayatollahs de Najaf en Irak (NDLR : grand centre du chiisme), qui occupaient des positions hiérarchiques supérieures à Khomeini — comme Hakeem ou Khoyi (NDLR : deux ayatollahs chiites très influents) — la rejetaient complètement, estimant que cette idée n’avait aucun fondement dans le chiisme. Même aujourd’hui, des figures religieuses influentes comme Ali al-Sistani (NDLR : l’un des plus influents ayatollahs chiites contemporains) ne soutiennent pas cette notion selon laquelle un juriste se déclarant meilleur juge et représentant de Dieu sur terre devrait gouverner. Dans d’autres pays à majorité chiite, comme l’Azerbaïdjan ou à Bahreïn, cette idée est considérée comme ridicule. Ainsi, présenter le velayat-e faqih comme la vision chiite dominante du monde est faux : il s’agit en réalité d’une opinion minoritaire, même au sein du chiisme.

La campagne militaire actuelle sur l'Iran s'avère très intense. L'historien américain Robert Pape estime que "les bombardements n’entraînent jamais de changement de régime positif". Êtes-vous d’accord avec lui ?

Oui. En Iran la situation est très particulière. Les Iraniens luttent pour la démocratie depuis presque un siècle et contre ce régime depuis environ 44 ans. Une étude récente menée par un groupe de chercheurs de notre programme s’est penchée sur Téhéran entre 2009 et 2024. Durant cette période de 16 ans, environ 3 200 manifestations crédibles contre le régime ont eu lieu dans la ville, soit une manifestation tous les trois jours en moyenne. Cela montre que la population iranienne lutte de manière constante contre le régime, souvent dirigée de manière avisée par des femmes engagées pour la démocratie.

On ne peut donc pas comparer l’Iran à des situations comme l’Irak ou l’Afghanistan, où des systèmes démocratiques ont été imposés de l’extérieur. L’idée qu’une intervention militaire, comme celle prônée par Donald Trump, pourrait instaurer immédiatement la démocratie en Iran ne correspond ni aux données empiriques ni à la réalité sur le terrain.

Est-on en train d’assister au crépuscule des mollahs ?

Absolument. Il ne s’agit pas seulement du crépuscule d’une époque — le crépuscule laisse penser qu’un nouveau jour pourrait se lever. Ce que nous observons en Iran, c’est plutôt la disparition définitive du chiisme politique. Je ne parle pas de la disparition de l’islam en tant que croyance personnelle. L’islam, comme le catholicisme après sa séparation du pouvoir politique, pourrait continuer à accompagner la vie spirituelle des individus. Mais même cela est compromis, car Khamenei a profondément endommagé le chiisme et son héritage historique, ce qui exigera un pardon de la part de la population.

Il a transformé la relation fondamentale entre la société iranienne et les religieux. Autrefois, les clercs et leurs écoles ou mosquées dépendaient du soutien des citoyens et des commerçants du bazar, ce qui les rendait sensibles aux demandes populaires et partenaires des mouvements pour la démocratie, l’égalité économique ou l’anticolonialisme. Aujourd’hui, grâce aux revenus du pétrole et du gaz, presque tous ces clercs sont devenus des agents rémunérés du régime. Ils ont construit des écoles luxueuses qui ressemblent plus à des casinos qu’à des séminaires, accumulé des fortunes pour leurs enfants, et corrompu l’institution.

Historiquement, si un régime iranien tuait quelques personnes, les clercs figuraient parmi les premiers à dénoncer ces violences. Aujourd’hui, après des milliers de morts — certains chiffres évoquent plus de 30 000 — aucun grand religieux ne s’est élevé contre ces exactions. Cette relation historique a été détruite. Le chiisme politique n’est pas seulement au crépuscule : il a rejoint le passé, dans ce que l’on pourrait appeler les vestiges, la poubelle de l’histoire. Selon moi, c’est le seul service historique rendu par Khamenei : il a contribué à séculariser l’Iran, rapprochant le pays de la laïcité à un niveau que peu de pays musulmans ont jamais atteint.

Est-ce qu’il y a un risque de voir apparaître ce que certains appellent un "IRGCistan", issu de l'acronyme des Gardiens de la révolution, c'est-à-dire un État sous le contrôle des militaires ?

Le danger existe certainement à court terme. Le fait qu’ils aient nommé l’un des commandants les plus sanguinaires des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi, connu pour sa répression brutale des manifestations, montre qu’ils estiment devoir afficher davantage de force.

Cependant, cette stratégie est vouée à l’échec à long terme. L’Iran n’est pas le Pakistan : la société civile iranienne est active, et les besoins économiques du pays sont considérables. Même si des frappes ciblées, menées par Israël ou les États-Unis, suscitent des débats sur leur légalité — par exemple concernant l’assassinat de Qassem Soleimani — la situation de l’IRGC est profondément affaiblie, en particulier au niveau de ses cadres supérieurs. Le nouveau commandant ne possède qu’une expérience militaire marquée par la violence et la répression.

Même s’ils prenaient le contrôle complet aujourd’hui, ils ne pourraient résoudre les problèmes économiques de l’Iran, qui sont structurels et profonds. Il faudrait un véritable changement de régime, incluant une redéfinition des rapports entre le pouvoir et le peuple, entre le pouvoir et l’économie, ainsi que le rôle de l’IRGC. De plus, l’implication de la diaspora iranienne serait essentielle pour toute solution durable.

Mais Donald Trump pourrait-il faire un accord avec un membre des Gardiens de la révolution ?

C’est possible. Donald Trump affirme que des membres du régime lui parlent directement. Il s’agit probablement de responsables des Gardiens de la révolution, seuls ou en coalition avec certains religieux, qui cherchent à savoir s’ils peuvent négocier tout en conservant une part de pouvoir. Cette hypothèse est donc plausible, même si son issue reste incertaine.

Dans le système iranien, qui va prendre le siège vacant laissé par Khamenei ?

Je ne pense pas que quiconque pourra lui succéder. La société iranienne ne le permettra pas, et les divisions internes au sein du régime rendent toute succession impossible pour le moment. Le régime est trop fragmenté pour qu’un successeur émerge. Khamenei a consolidé ce pouvoir, devenu quasi absolu, au cours de ses 37 années au pouvoir. À ses débuts, beaucoup pensaient que Rafsandjani était plus influent, et que d’autres figures pouvaient le concurrencer. Progressivement, Khamenei a exercé un contrôle comparable à celui de Staline après la mort de Lénine en 1922 : initialement considéré comme faible et manipulable, il est devenu le plus puissant en éliminant progressivement tous ses rivaux.

Dans le cas de Rafsandjani, Khamenei a agi de la même manière : il le considérait comme un allié naïf, qu’il pouvait contrôler, et lui a confié tous les postes importants. Mais en utilisant le pouvoir institutionnel de son bureau, il a fini par neutraliser et éliminer tous ceux qui pouvaient constituer une menace, y compris Rafsandjani.

Quel est l’agenda de Donald Trump dans la région alors qu’il avait été élu sur un programme isolationniste ?

C’est très difficile à savoir. Je pense que s’il existe une priorité claire, c’est celle d’éviter de s’engager dans une guerre longue et interminable. Au-delà de cela, je ne perçois pas de vision stratégique cohérente. Beaucoup en Israël, y compris Netanyahou, affirment qu’aucun président américain n’a été aussi proche d’Israël que lui. Mais il ne s’agit pas d’objectifs stratégiques : tous les présidents américains ont soutenu Israël, certains peut-être légèrement plus que d’autres. Certains évoquent son positionnement face à la Chine. Il semble que sa priorité principale soit de défier Pékin, notamment en asséchant ses ressources pétrolières.

La population peut-elle "prendre son destin en main" comme le réclame Donald Trump ?

Durant toutes mes années d’observation de la politique iranienne, je n’ai jamais vu autant de personnes — à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran —, qu’il s’agisse d’intellectuels, d’activistes ou de dirigeants politiques, affirmer qu’ils ne peuvent pas renverser le régime seuls et qu’ils ont besoin d’un soutien international.

Les opinions divergent sur l’ampleur de cette aide. Certains demandent une intervention directe pour renverser le régime, d’autres se limitent à viser les commandants supérieurs. Certains, comme moi, estiment que la communauté internationale, y compris les États-Unis et l’Europe, devrait plutôt équilibrer les forces et permettre aux Iraniens de lutter plus efficacement. Par exemple, le régime reçoit de la Chine une technologie de reconnaissance faciale utilisée pour surveiller et intimider la population. L’Occident pourrait aider les Iraniens à contourner ce système, à accéder librement à Internet et à s’organiser. Même des figures historiques de l’opposition, souvent opposées à toute intervention étrangère, reconnaissent désormais que ce régime est trop brutal et qu’un soutien extérieur est nécessaire pour rétablir un terrain plus équitable pour le peuple iranien.

Un nouveau Moyen-Orient peut-il naître si le régime des mollahs tombe ?

Le Moyen-Orient a déjà changé, et la disparition de Khamenei ainsi que les transformations en Iran vont accélérer ce processus. Le nouveau Moyen-Orient ressemble davantage à celui envisagé par les accords d’Abraham qu’au Moyen-Orient de Khameini, marqué par l’opposition farouche à la solution à deux États avec Israël et la Palestine. Khameinei était l’un des adversaires les plus acharnés de cette solution.

Aujourd’hui, cet obstacle n’existe plus. Les pays musulmans cherchent désormais à établir la paix avec Israël, tout en garantissant une solution juste pour les Palestiniens, c’est-à-dire une solution à deux États. Avec Khamenei absent, la principale résistance à cette perspective a disparu. Le Moyen-Orient a donc déjà évolué. Les pays arabes, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, doivent désormais convaincre Israël de reconnaître aux Palestiniens la création d’un État. Les accords sont déjà en grande partie établis et l’absence de Khamenei devrait faciliter la finalisation des détails restants.

Netanyahou est-il le grand vainqueur de cette séquence ?

À court terme, il a atteint les objectifs qu’il s’était fixés. Je pense qu’il a agi de manière calculée, car il a attendu le moment opportun, sachant que cette guerre finirait par arriver. Depuis 44 ans, le régime iranien a mis le pays sur une trajectoire de confrontation avec Israël, en affirmant que la destruction de l’État israélien était l’un de ses objectifs stratégiques. Tous les Premiers ministres israéliens ont reconnu cette menace, et Netanyahou a choisi d’attendre.

Lorsqu’il a constaté que l’Iran était à son point le plus faible — ses alliés affaiblis, Assad exilé, le Hamas quasiment neutralisé, et le Hezbollah considérablement affaibli — Israël a décidé de frapper. Netanyahou tente désormais de tirer parti de cette période de vulnérabilité pour renforcer la position d’Israël, tant sur le plan stratégique que politique, et pour consolider sa propre position dans un contexte politique interne complexe.

© via REUTERS

Hassan Khomeini, petit-fils de l'ayatollah Rouhollah Khomeini, se tenait aux côtés du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors du 36e anniversaire de la mort du guide de la révolution islamique iranienne de 1979.
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"La guerre en Iran va chambouler la carte énergétique mondiale" : l'avertissement d’Ana Maria Jaller Makarewicz

Les frappes contre l'Iran et les craintes d'un blocage prolongé du détroit d'Ormuz menacent l'Europe d'un choc énergétique majeur, quasiment quatre ans après le début de la guerre en Ukraine qui avait eu pour conséquence une envolée des prix du gaz. Car il n'y a pas que le pétrole qui transite par cet étroit passage maritime où deux pétroliers ont déjà été touchés. L'approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar pourrait aussi être perturbé alors même que le Vieux Continent s'est engagé à stopper définitivement ses achats de GNL à la Russie d'ici la fin de l'année. Avec à la clé une flambée des cours du gaz comme en 2022, avertit Ana Maria Jaller Makarewicz, chercheuse à l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis à Londres.

L'Express : Dans quelle mesure un conflit majeur en Iran, avec comme conséquence un blocage prolongé du détroit d'Ormuz, pourrait affecter l'approvisionnement énergétique de l'Europe ?

Ana Maria Jaller Makarewicz : L'impact potentiel est considérable car ce détroit est la principale artère du commerce pétrolier et gazier mondial. Et tout dépendra évidemment de la durée du conflit. Pour l'Europe, ce sont les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar qui sont en jeu. Certes, depuis 2022 et avec la multiplication des événements en mer Rouge, l'Europe a déjà réduit ses achats : l'an passé, le continent n'a importé que 12 BCM de GNL du Qatar – un BCM équivaut à un milliard de mètres cubes – contre 25 en 2022. Un chiffre comparable à ce que l'Europe achète aujourd'hui à l'Algérie, l'essentiel de nos approvisionnements venant de Russie et surtout des Etats-Unis. Nous avons donc déjà réduit notre dépendance au GNL qatari, mais elle n'est pas nulle.

Or deux événements vont se conjuguer. Premièrement, nos stocks actuels de gaz sont faibles en cette fin d'hiver, de l'ordre de 30 % de nos besoins, et il va falloir les reconstituer. Deuxièmement : conformément aux engagements pris, l'Union européenne stoppera d'ici la fin de l'année tous ses achats de GNL en provenance de Russie. Car si les achats de gaz russe par gazoduc ont été coupés depuis la guerre en Ukraine, les livraisons de gaz liquéfié se sont poursuivies et elles ont même progressé. Rappelons que Moscou est le deuxième fournisseur de GNL du Royaume-Uni. Dans ce marché contraint, la "disparition", même momentanée, du Qatar peut faire flamber les prix qui pourraient retrouver, en cas de scénario noir, les niveaux observés au début de la guerre en Ukraine. Dans tous les cas, il faut s'attendre à beaucoup de volatilité sur les cours.

En ce qui concerne le pétrole, la sécurité énergétique européenne serait-elle aussi menacée si l'or noir en provenance d'Arabie saoudite venait à manquer ?

La situation est un peu moins tendue et les fournisseurs potentiels plus nombreux. Les Etats-Unis sont devenus le premier fournisseur de pétrole de l'UE, suivis par la Norvège, le Kazakhstan, la Libye. L'or noir d'Arabie saoudite n'a représenté que 6,8 % des importations européennes au troisième trimestre 2025. Notre sécurité énergétique n'est pas en jeu… Ce qui ne veut pas dire que les prix ne vont pas grimper, surtout si le conflit s'enlise. Ce sont deux choses différentes.

A court terme, qui est le gagnant sur le plan énergétique de cette guerre ?

Evidemment les Etats-Unis. Compte tenu des investissements massifs faits ces dernières années pour accroître les capacités de production de gaz et de pétrole de schiste mais aussi les capacités de liquéfaction du gaz, leur puissance exportatrice est extrêmement forte. En ce qui concerne le GNL par exemple, si les approvisionnements qataris nous manquent, les Etats-Unis seront en mesure de répondre au surcroît de demande européenne. Et de façon durable. Comme le rapportait, à la mi-octobre, l’Agence américaine d’information sur l’énergie, les opérateurs du pays prévoient de doubler leur capacité de liquéfaction et d’exportation d’ici à 2029.

La morale de l'histoire : notre dépendance au gaz naturel américain et à son pétrole risque de s'accroître.

La Chine se trouve-t-elle menacée par cette guerre de l'énergie ?

Oui car l'approvisionnement en énergie est le talon d'Achille de son modèle économique. Elle le sait et c'est pour cela que le géant asiatique investit massivement dans les énergies renouvelables. Malgré tout, sa dépendance aux importations de pétrole et de gaz est considérable. La Chine à elle seule absorbait 80 % de la production iranienne de pétrole – et quasiment l'essentiel de la production vénézuélienne, qui était certes assez faible – à des tarifs inférieurs de 8 à 10 dollars par baril aux cours officiels. Le Qatar fournissait également 23 % du GNL chinois. Un blocage durable du détroit d'Ormuz fragilise la Chine, qui pourrait être tentée de s'approvisionner encore davantage auprès de la Russie, malgré les sanctions économiques qui pèse sur les géants énergétiques russes Rosneft et Lukoil. Cette guerre pourrait bien chambouler la carte énergétique mondiale.

© REUTERS

De la fumée s'élève après des attaques présumées de missiles iraniens, à la suite de frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, à Manama, Bahreïn, le 28 février 2026.
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Iran : comment les frappes de Donald Trump fragilisent sa campagne pour les midterms

Seul un Américain sur quatre approuve les frappes des États-Unis contre l'Iran, tandis qu’environ la moitié — dont un républicain sur quatre — estime que le président Donald Trump est trop enclin à utiliser la force militaire, a révélé dimanche 1er mars un sondage Reuters/Ipsos au lendemain du déclenchement d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient. À quelques mois des midterms américains qui se dérouleront en novembre, le locataire de la Maison-Blanche risque gros avec les multiples attaques balistiques lancées sur l’Iran, qui ont décimé ses principaux dirigeants, dont le guide suprême Ali Khamenei, ont fait au moins 550 morts dans le pays et ont déclenché une guerre régionalisée dans le golfe du Moyen-Orient.

Car ces frappes ont propulsé une crise internationale au cœur de la campagne des élections de mi-mandat, exposant les fragilités politiques du président américain. Si les républicains ont majoritairement salué une opération "vitale", les démocrates ont averti qu’elle pourrait "dégénérer en une campagne militaire périlleuse et prolongée". Mais les divisions sont également internes : elles fissurent aussi la coalition du président. Selon le Washington Post, malgré les apparences d’unité, la décision militaire a "ébranlé des pans de la coalition qui lui a permis à deux reprises de conquérir la Maison-Blanche".

Une base isolationniste déboussolée

Donald Trump, élu en promettant d’en finir avec les "va-t-en-guerre" et en dénonçant la guerre en Irak comme une "énorme et stupide erreur", avait assuré : "Je mettrai fin au chaos au Moyen-Orient" et "J’empêcherai la Troisième Guerre mondiale".

Pour une partie de sa base isolationniste, la décision de frapper à nouveau l'Iran marque donc une rupture. Des soutiens pourtant jusqu’ici largement acquis se montrent déboussolés sur les réseaux. Blake Neff, le producteur de "The Charlie Kirk Show" du nom de l’influenceur trumpiste assassiné puis porté en martyr de la cause Maga en septembre 2025, a expliqué ce week-end sur X que des amis conservateurs lui envoyaient des messages consternés au sujet de l’Iran : "C’est extrêmement déprimant", "Je ne voterai plus jamais à une élection nationale"… Pour sa part, le producteur a averti : "Si cette guerre est une victoire rapide, facile et décisive, la plupart d’entre eux s’en remettront. Mais si c'est n'est pas le cas, il y aura beaucoup de colère". Autrement dit, le pari militaire de Donald Trump pourrait se retourner politiquement contre lui si le conflit s’enlise.

Les chiffres qui pleuvent ces derniers jours illustrent cette vulnérabilité. Selon le Washington Post, les sondages montrent que la cote d’approbation de Donald Trump est tombée à 39 %, "son niveau le plus bas depuis l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole des États-Unis". Un autre sondage Washington Post-ABC News-Ipsos indique que 46 % seulement des électeurs de Donald Trump soutiennent l’usage de l’armée pour forcer des changements dans d’autres pays, contre 22 % qui s’y opposent et 30 % sans opinion — un soutien loin d’être unanime. Le New York Times rappelle de son côté qu’une enquête de l’Université du Maryland montrait récemment que seulement 21 % des Américains soutenaient une attaque contre l’Iran.

Une remise en cause de l'"America First" ?

Les deux journaux américains le soulignent, la décision présidentielle ravive aussi un débat existentiel au sein du Parti républicain. Entre "America First" et "la paix par la force", la ligne idéologique se brouille, et beaucoup se demandent laquelle des deux visions reprendra le dessus lorsque l’aire de Donald Trump sera finie. Des figures libertariennes dénoncent une trahison : "Je m’oppose à cette guerre. Ce n’est pas 'l’Amérique d’abord'", affirme le représentant républicain du Kentucky Thomas Massie auprès du NYT. D’autres, comme le jeune responsable républicain Cooper Jacks interrogé par le Washington Post, redoutent "d’entrer dans un conflit militaire de long terme qui va entraîner la mort d’Américains qui ne veulent pas vraiment combattre". À quelques mois des midterms, Donald Trump joue ainsi une partie à haut risque : transformer une démonstration de force en victoire politique rapide — ou voir la guerre miner la coalition hétéroclite qui l’a porté au pouvoir.

Peu de républicains de premier plan ont rompu ouvertement avec Donald Trump ces derniers jours. Mais dans les circonscriptions disputées, la prudence domine : "Les membres du parti engagés dans des courses électorales serrées se sont montrés prudents et, dans certains cas, discrets, reflétant un sentiment d'incertitude quant à savoir si le conflit va s'aggraver, et comment les électeurs vont réagir", souligne le NYT. Conscients du risque électoral qui pourrait leur faire perdre le contrôle du Congrès, certains républicains rappellent publiquement que toute opération militaire prolongée doit obtenir l’aval complet du Parlement.

© REUTERS

Donald Trump avait été élu en promettant d’en finir avec les "va-t-en-guerre" et en dénonçant la guerre en Irak comme une "énorme et stupide erreur".
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Les coulisses de l’attaque contre l’Iran : les infos de la CIA, les appels de MBS…

Les Etats-Unis ne percevaient aucune menace imminente de l’Iran contre eux lorsqu’ils ont, samedi 28 février, lancé une attaque d’ampleur contre le régime des mollahs, rapportent plusieurs médias américains au troisième jour de la guerre. Mais ces dernières semaines, une "fenêtre d’opportunité" se serait dessinée devant les yeux de Donald Trump, à mesure que deux de ses alliés du Moyen-Orient, Israël et l’Arabie saoudite, lui signalaient qu’il était temps de frapper. L’opération "Fureur épique", déclenchée après un important déploiement militaire américain — le plus massif dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003 — a visé les centres de commandement et les dirigeants iraniens. Dès la première heure, elle a entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis près de quarante ans, ainsi que de plusieurs hauts responsables. Ces dernières 48 heures, les frappes et représailles se sont multipliées entre Washington et Téhéran, faisant tomber des bombes sur plusieurs pays de la région, dont le Liban, l’Arabie saoudite, le Qatar ou encore les Emirats arabes unis.

Ces incitations extérieures sont intervenues à un moment où la séquence diplomatique entre les Etats-Unis et l'Iran s'essouflait depuis plusieurs semaines, laissant présager la fin des discussions. À l’issue de leur troisième rencontre à Genève le jeudi 26 février, les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont finalement tranché en estimant que Téhéran cherchait à préserver sa capacité d’enrichissement "afin de pouvoir, avec le temps, l’utiliser pour une bombe nucléaire". Le lendemain, en meeting à Corpus Christi (Texas) avant des primaires prévues mardi, Donald Trump a laissé entrevoir une décision imminente : "Nous avons une très grande décision à prendre, vous le savez. Pas facile, pas facile", déblatérait-il devant la foule. Samedi 28 février, alors que les bombardements débutaient, il évoquait des "menaces imminentes du régime iranien" et des "missiles à longue portée qui pourraient bientôt atteindre le territoire américain", avant d’affirmer : "Aucun président n’a été prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir".

Les encouragements du prince saoudien

Selon le Washington Post, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a notamment joué un rôle déterminant dans cette séquence. Au cours du mois précédant l’attaque, il a multiplié les appels privés avec Donald Trump pour plaider en faveur d’une intervention américaine, tout en affichant publiquement son soutien à une solution diplomatique.

En parallèle des discussions engagées par l’émissaire spécial Steve Witkoff et Jared Kushner avec des responsables iraniens, Riyad a ainsi publié un communiqué à la suite d’un appel entre "MBS" et le président iranien Masoud Pezeshkian. Dans ce texte, l’Arabie saoudite affirmait que le prince héritier "n’autoriserait pas l’utilisation de l’espace aérien ou du territoire saoudien pour une attaque contre l’Iran". En privé toutefois, selon le Washington Post, le dirigeant saoudien a averti des responsables américains que Téhéran ressortirait "renforcé et plus dangereux" si Washington ne frappait pas alors qu’il disposait de la plus forte présence militaire régionale depuis plus d’une décennie dans la région. Un message également relayé par son frère, le ministre de la Défense Khalid ben Salmane lors de réunions à Washington en janvier.

Les informations cruciales de la CIA

La pression israélienne a également pesé dans la balance, tandis que Benyamin Netanyahou a poursuivi sa campagne publique menée de longue date en faveur de frappes contre ce qu’il considère comme une menace existentielle pour son pays. Lors d’un briefing classifié le mardi précédant l’attaque, rapporte le Washington Post, le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué aux hauts responsables du Congrès américain que le calendrier et les objectifs de la mission étaient façonnés par le fait qu’Israël attaquerait "avec ou sans les États-Unis". Le débat interne ne portait donc plus sur le principe d’une frappe, mais sur son timing : intervenir de concert avec Israël, ou attendre une éventuelle riposte iranienne contre des cibles militaires américaines dans la région avant d’engager les forces américaines.

Selon les informations du New York Times, des renseignements obtenus par la CIA ont accéléré la prise de décision, en offrant aux Etats-Unis et à Israël l'occasion de remporter une victoire cruciale et rapide. D'après le quotidien américain, l'agence, qui suivait Ali Khamenei depuis des mois, a eu vent d'un rassemblement de hauts dirigeants iraniens prévu dans un complexe au cœur de Téhéran, le samedi matin, permettant aux deux pays d’ajuster le timing de l’opération pour profiter de cette "fenêtre d’opportunité". Les informations de la CIA ont ainsi permis à Israël d’exécuter vers 9h40 une frappe ciblée avec peu d’avions, munis de missiles longue portée précis, tuant notamment Ali Khamenei, Mohammad Pakpour (commandant en chef des Gardiens de la Révolution), Ali Shamkhani (chef du Conseil de sécurité) et plusieurs autres figures clés.

© UPI/MAXPPP

De la fumée s'élève au-dessus de Téhéran après des frappes israéliennes et américaines, le 28 février 2026.
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Mahmoud Moradkhani, neveu de l'ayatollah Khamenei : "Les Iraniens garderont un très mauvais souvenir de lui"

Au téléphone, aucune tristesse dans la voix du Dr Mahmoud Moradkhani. Ce médecin ORL près de Lille, réfugié iranien, a pourtant perdu un membre de sa famille ce week-end lors des frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Le plus célèbre, d'ailleurs : son oncle, l'ayatollah Ali Khamenei, qui portait le titre de Guide suprême de la République islamique depuis 1989.

Mahmoud Moradkhani a fui l'Iran en 1985, refusant de prêter allégeance au régime pour exercer son métier de médecin. Sa mère et sa sœur, elles, sont restées à Téhéran, ce qui ne les a pas empêché de résister : la mère du docteur Moradkhani avait même écrit une lettre ouverte pour dénoncer le "califat despotique" de son frère lors de la révolte "Femme, vie, liberté" fin 2022. Auprès de L'Express, Mahmoud Moradkhani se souvient de son oncle et espère que sa mort va mettre l'Iran sur la voie de la liberté, après plus de 40 ans d'oppression islamique.

L'Express : Les médias iraniens ont confirmé la mort de votre oncle, l'ayatollah Khamenei, dans les frappes américaines et israéliennes sur Téhéran. Quel sentiment domine chez vous aujourd'hui ?

Mahmoud Moradkhani : Je suis content, comme la plupart des Iraniens. Je n'avais plus de sentiments personnels envers lui, je ne le considérais plus comme oncle depuis longtemps. Nous n'avions plus de relations, il était une personnalité publique et, dans ce cas là, les sentiments pesonnels et affectifs disparaissent.

En 2023, vous nous disiez tout de même que, quand vous étiez enfant, il était votre oncle préféré. A titre personnel, quel souvenir garderez-vous de lui ?

Tous ces souvenirs datent d'avant 1979 [NDLR : et la Révolution islamique], il y a plus de 47 ans ! La révolution l'a changé, il n'était plus la même personne : il s'est rapproché très vite du pouvoir de Khomeyni [le premier Guide de la révolution] et de l'ancien président Rafsandjani. A l'époque mon père aussi était proche de Khomeyni mais il est devenu un opposant, et alors Khamenei s'est montré parmi les plus violents, les plus insultants, envers mon père. L'évolution a été très brusque et rapide dans les six mois qui ont suivi la révolution.

Et comment l'Iran se souviendra de Khamenei ?

Le régime est en train de tomber. Je pense que les Iraniens garderont un très, très mauvais souvenir de lui. C'est un cauchemar, provoqué par le pouvoir de la religion et en particulier par le pouvoir de Khomeyni et Khamenei. La majorité des Iraniens ont une vision complètement différente de la religion. A l'intérieur du clergé chiite, Khomeyni était unique, les autres ne partageaient pas sa vision. Même maintenant, les leaders chiites de Najaf se sont mis en dehors de la politique.

Est-ce que l'Iran se portera mieux sans Ali Khamenei ?

Oui, Ali Khamenei était un obstacle : même à l'intérieur du régime, de nombreuses voix différentes cohabitent. Actuellement, avec l'émotion et la guerre, ces rivalités restent sous la surface et ils vont résister, cacher leurs différends. Mais si le régime survit à cette intervention militaire, nous verrons surgir toutes leurs discordances et leurs rivalités : ils ne pourront pas persister très longtemps. La disparition d'Ali Khamenei marque le début de la chute du régime, même sans cette intervention militaire.

Mahmoud Moradkhani, neveu d'Ali Khamenei et opposant au régime iranien réfugié en France.
Mahmoud Moradkhani, neveu d'Ali Khamenei et opposant au régime iranien réfugié en France.

En tant qu'Iranien, comment voyez-vous cette intervention militaire sans précédent des Etats-Unis dans votre pays ?

Je suis quelqu'un de pacifiste, devenu médecin pour soigner : jamais je ne pourrai militer pour une guerre, une intervention armée ou de la répression ! C'est bien pour cette raison que je n'ai pas voulu soutenir ce régime, que je ne suis pas resté aux côtés de mon oncle. Mais, vu la situation actuelle, c'était devenu une quasi-nécessité, créée par le régime de Khamenei, par lui-même tant il était fanatique et dogmatique. Il était resté bloqué sur ses dogmes et ses slogans. Il était le noyau dur du régime, et c'est lui qui résistait aux négociations et ne voulait — ou ne pouvait — rien céder.

Quand vous étiez enfant, a-t-il déjà mentionné la mort, le martyr, devant vous ?

Ce n'est pas que lui : tous les chiites pensent à ça et en parlent. Il disait souvent, à propos des opposants, au début de la révolution : 's'ils sont coupables, tant mieux nous les avons tués et ils vont aller en enfer ; s'ils sont innocents ce n'est pas grave, ils iront au paradis'. La mort pour eux, dans leur religion, est une libération : mourir n'est pas mauvais, c'est se libérer de ce corps et rejoindre l'éternel.

Vous avez de la famille, des proches, en Iran. Avez-vous des nouvelles ces derniers jours ?

J'ai eu quelques messages écrits depuis hier. Mes proches ne sont pas en danger, les bombardements n'ont pas touché la population, mais Internet est coupé, donc je n'ai pas encore réussi à parler directement ou à les voir en visio malheureusement.

Votre mère avait dénoncé les actes de son frère dans une lettre ouverte en 2022, après le meurtre de Mahsa Amini. Comment va-t-elle ? Avez-vous eu sa réaction depuis hier ?

Oui, je l'ai eu par messages. Ma mère continue d'être contre le régime, comme moi, elle n'a aucun regret et elle est même contente de la mort de son frère. Il n'y a pas de problème. Pour elle, ce n'était plus un frère : ils ne se voyaient plus et elle le considérait comme un vrai dictateur, comme celui qui ordonnait le massacre de son peuple.

Vous n'êtes pas retourné en Iran depuis 1985, plus de 40 ans. Espérez-vous faire le voyage prochainement ? Dans quelles conditions ?

Bien entendu, j'espère. Mais je n'ai pas d'ambition politique, ce sera uniquement pour voir ma famille. J'attendrai que la situation soit stabilisée, il n'y a pas d'urgence. L'essentiel reste que la guerre cesse, que le régime tombe et que le peuple puisse commencer un processus politique vers la démocratie. Le plus important, c'est la séparation de la religion de la vie publique, de la vie politique, de la vie sociale. Ce mélange nous a fait beaucoup de mal : le cauchemar de la République islamique est dû à la mainmise de la religion sur la vie du peuple.

Demain, vous allez reprendre le travail, revenir à votre cabinet pour soigner vos patients. Comment faire, moralement, avec la guerre qui se déroule en Iran ?

Malheureusement, j'ai beaucoup d'expérience sur ce sujet. Je peux suivre l'actualité tout en faisant sérieusement mon travail : je suis médecin, je ne peux pas me laisser submerger par l'émotion.

© via REUTERS

A Téhéran, un rassemblement passe devant une peinture de l'ayatollah Khamenei, tué le 28 février par des frappes israéliennes et américaines.
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