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Guerre en Iran : Australie, France... Ces pays qui déploient des moyens militaires au Moyen-Orient

Alors que s'ouvre le sixième jour d'une guerre meurtrière lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, plusieurs pays ont annoncé l'envoi de moyens militaires au Moyen-Orient. Parmi eux, des pays européens, dont la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Espagne. L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont également entrepris de tels déploiements. Retour sur les ressources militaires allouées, pays par pays.

Australie

Le Premier ministre australien a annoncé ce jeudi 5 mars déployer des "ressources militaires" au Moyen-Orient en réaction à la guerre provoquée par l’offensive américano-israélienne sur l’Iran. "Nous avons déployé des ressources militaires dans le cadre de nos plans d’urgence déclenchés au début de la semaine", a déclaré Anthony Albanese au Parlement, alors que quelque 115 000 ressortissants australiens se trouvent dans la région.

Il n’a pas précisé quels étaient les moyens en question, mais il s'agirait, selon le média australien SBS News, de deux avions militaires.

Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a annoncé le déploiement d’avions de défense dans la région mercredi. Le gouvernement néo-zélandais a déclaré qu'il enverrait deux avions C-130J Hercules des forces de défense au Moyen-Orient au cas où ils seraient nécessaires pour évacuer les Néo-Zélandais de la région.

Royaume-Uni

Le gouvernement britannique va déployer un navire de guerre de la Royal Navy - HMS Dragon, un destroyer de type 45 - en Méditerranée orientale afin de renforcer la sécurité autour de la base aérienne britannique d'Akrotiri à Chypre. Deux hélicoptères Wildcat de la Royal Navy, équipés de missiles Martlet conçus pour contrer les attaques de drones, seront également envoyés.

Cette décision intervient au lendemain de l'attaque de drones tirés du Liban voisin, "très probablement" par le Hezbollah, contre la piste de la base aérienne britannique de Chypre, la RAF Akrotiri, qui a causé des "dommages minimes", selon une source gouvernementale chypriote.

France

Dans une allocution télévisée à la nation mardi, Emmanuel Macron a annoncé qu'il mobilisait le porte-avion Charles-de-Gaulle. Une fois arrivés au Moyen-Orient, la vingtaine d'avions de combat Rafale à son bord ainsi que ses deux avions radars Hawkeye pourront concourir à la sécurisation du ciel. La France a également envoyé une frégate - Languedoc - à Chypre. Des moyens de défense antiaérienne ont également été déployés par Paris.

Outre Chypre, membre de l'Union européenne, la France est liée par des accords de défense signés dans les années 1990 avec le Qatar, le Koweït et les Emirats arabes unis. En clair : si l'un de ces pays est attaqué, la France doit se concerter avec lui, évaluer la menace et peut intervenir militairement. Elle est aussi liée par des "engagements solides avec la Jordanie et l'Irak, et notamment là-bas avec nos alliés kurdes", a rappelé Emmanuel Macron.

Grèce

La Grèce a elle aussi déployé deux frégates et des avions F-16 à Chypre, a déclaré lundi le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias. "À la suite des attaques non provoquées sur le territoire de Chypre, la Grèce contribuera de toutes les manières possibles à la défense de la République de Chypre afin de faire face aux menaces et aux actions illégales qui se déroulent sur son territoire", a déclaré Nikos Dendias.

Italie

L'Italie prévoit d'envoyer des moyens de défense aérienne aux pays du Golfe en réponse aux frappes iraniennes, a fait savoir Giorgia Meloni, soulignant la préoccupation de Rome pour la sécurité de ses citoyens et de ses troupes dans la région, ainsi que pour la sécurité énergétique. "À l'instar du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, l'Italie a l'intention d'envoyer une aide aux pays du Golfe, notamment dans le domaine de la défense et en particulier de la défense aérienne", a déclaré la Première ministre à la radio ce jeudi.

Elle a également fait savoir que l'Italie n'était "pas en guerre" et ne voulait "pas entrer en guerre", mais que si des demandes venaient à être formulées en vue d'une utilisation plus large des bases italiennes dans le Golfe, le gouvernement et le Parlement italien aviseraient.

Espagne

L'Espagne va envoyer sa frégate Christophe Colomb à Chypre, où elle rejoindra le porte-avions français Charles de Gaulle et d'autres navires de la marine grecque, a annoncé jeudi le ministère de la Défense dans un communiqué. La frégate espagnole, qui arrivera en Crète vers le 10 mars, est utilisée pour la défense aérienne.

L'Espagne s'est vue menacer mardi d'un arrêt des échanges commerciaux avec les Etats-Unis alors que Donald Trump reproche à Pedro Sanchez de n'avoir pas autorisé l'armée américaine à utiliser des bases espagnoles pour l'offensive contre l'Iran.

Allemagne

Dimanche 1er mars, l'Allemagne a simplement indiqué, aux côtés des dirigeants français et britanniques, être prête à des "actions défensives nécessaires et proportionnées" face aux ripostes iraniennes afin de"détruire à la source" les capacités militaires de Téhéran. Le chancelier allemand Friedrich Merz, qui s'est entretenu avec Donald Trump à la Maison-Blanche ce mardi et a autorisé l'utilisation de bases allemandes au Moyen-Orient par les Américains, n'a toutefois pas annoncé à ce stade l'envoi de moyens militaires supplémentaires au Moyen-Orient.

© REUTERS/Carlos Jasso

Le HMS Dragon lors d'opérations de ravitaillement en munitions à l'Upper Harbour Ammunitioning Facility (UHAF) dans le port de Portsmouth, le 4 mars 2026.
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Guerre en Iran : l'offensive menée par Donald Trump est-elle légale ?

IL est neuf heures, heure locale, samedi, lorsque les Etats-Unis et Israël attaquent conjointement l'Iran. Pour justifier ces frappes, Washington affirme que Téhéran serait à une semaine de disposer de l'arme nucléaire et construirait des missiles capables d'atteindre les Etats-Unis. Des allégations aussitôt démenties par l'agence internationale de l'énergie atomique et qui interrogent sur la légalité de cette guerre. Si les experts rappellent la nécessité d'examiner séparément les différentes frappes - assassinat d'Ali Khamenei, frappes aériennes, attaque d'un sous-marin, ils s'accordent pour dire que le droit international a été largement bafoué. Explications.

Alors que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a décrit l'opération aérienne menée en Iran comme "la plus meurtrière, la plus complexe et la plus précise de l’histoire" et que Donald Trump a annoncé qu'elle pourrait durer cinq semaines, les démocrates ont insisté pour qu'un vote puisse avoir lieu - comme cela aurait dû être fait préalablement - au Congrès. Mercredi 4 février, le Sénat, largement acquis aux républicains, a refusé de limiter les pouvoirs de Donald Trump. La Chambre des représentants doit quant à elle se prononcer ce jeudi.

Droit international bafoué

Si la Maison-Blanche se défend de toute action illégale, plusieurs juristes interviewés par le Guardian affirment le contraire. "Ce sont des objectifs de politique militaire", explique Wells Dixon, avocat principal au Center for Constitutional Rights, après avoir examiné les arguments de Donald Trump. "Ils ne constituent pas un fondement juridique pour lancer une attaque armée contre un autre pays." Marko Milanovic, professeur de droit international à l'université de Reading, reconnaît que l'Iran pouvait constituer une menace, mais avance qu'il existait de nombreuses manières d'y répondre. "Le recours à la force nécessiterait un fondement de légitime défense", détaille-t-il.

La notion de "menace imminente" avancée par le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio - qui a par ailleurs affirmé que la Maison-Blanche avait été contrainte de lancer des frappes contre l'Iran parce que son proche allié, Israël, était déterminé à agir - s'apprécie au regard de la preuve d'un risque clair, visible et imminent. Des critères qui ne s'appliquent pas dans le cas de l'Iran, à en croire les experts. "Pour qu'un acte soit considéré comme de la légitime défense, il faut qu'il soit nécessaire, c'est-à-dire qu'il n'existe aucune autre solution", explique Brian Finucane, ancien juriste du département d'Etat américain. "Or, ce n'est pas le cas ici. Une autre option existait : les Etats-Unis auraient pu empêcher Israël d'attaquer."

Des voix critiques s'élèvent

Plusieurs parlementaires américains ont partagé l'évaluation des juristes concernant la menace potentielle que représente l'Iran. "Les Iraniens ne représentaient aucune menace imminente pour les Etats-Unis. La menace visait Israël", affirme Mark Warner, vice-président démocrate de la commission du renseignement du Sénat. "Si nous assimilons une menace contre Israël à une menace imminente contre les Etats-Unis, alors nous nous aventurons en terrain inconnu." De son côté, le sénateur démocrate Tim Kaine a tenu un discours similaire : "Nous ne devrions pas mener une guerre affirmative au nom d'une nation quelconque dans le monde, aussi proche soyons-nous", a-t-il fait valoir.

Les voix critiques se sont également élevées de l'autre côté de l'Atlantique, à commencer par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui a dénoncé une "guerre illégale" et interdit aux avions militaires américains d'utiliser les bases espagnoles lors des attaques contre l'Iran, tout comme le Royaume-Uni. Une prise de position à laquelle Emmanuel Macron semble s'être plus ou moins rallié mardi, dénonçant à son tour des frappes "en dehors du droit international", que Paris "ne peut pas approuver".

Nécessité d'une analyse au cas par cas

Si les frappes aériennes dans leur globalité semblent donc a fortiori contourner la loi, reste à élucider l'assassinat d'Ali Khamenei et l'attaque d'un sous-marin iranien au large du Sri Lanka. Sur ces deux questions, l'interprétation du droit pourrait être plus libre. D'une part parce que c'est Israël qui aurait mené la frappe dans laquelle Khamenei a été tué, tandis que les Etats-Unis auraient surtout fourni du renseignement. D'autre part parce qu'il faudrait déterminer si les Etats-Unis étaient en guerre au moment de sa mort et s’il était considéré comme un dirigeant militaire.

Concernant le sous-marin iranien coulé, plusieurs juristes ont indiqué à Reuters que cette action pourrait être conforme au droit de la guerre, puisqu'elle a eu lieu dans les eaux internationales et que la cible était un navire militaire qui n’était pas hors d’état de combattre. Cependant, il faudrait démontrer comment ce navire de guerre, qui se trouvait loin de l’Iran, était relié aux menaces vis-à-vis de Washington.

© REUTERS

Donald Trump prononce un discours à Washington, le 28 janvier 2026.
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Le Liban est déjà le grand perdant de la guerre en Iran

Ni la population, ni les autorités, ni même certains cadres du Hezbollah ne souhaitaient cette escalade militaire dramatique au Levant. Et pourtant, voilà que le Liban se retrouve percuté par l’embrasement régional, transformant le pays du Cèdre en théâtre connexe de la guerre en Iran. Le 2 mars, la milice chiite - parrainée par la République islamique - a pris la décision d’envoyer un cocktail de roquettes et de drones sur Israël, offrant à l’Etat hébreu les conditions d’une nouvelle offensive d’envergure. "Une fois de plus, le Liban (est utilisé) comme plateforme pour des guerres qui ne [le] concernent pas", se désespère le président Joseph Aoun. "Un acte irresponsable qui met en danger la sécurité du Liban et donne à Israël des excuses pour continuer ses attaques contre ce pays", critique encore le Premier ministre, Nawaf Salam.

Conséquence, les Libanais se réveillent depuis plusieurs jours au milieu du fracas des bombes avec des frappes massives de Tsahal dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion de la milice chiite, le sud du pays ainsi que dans la vallée de la Bekaa. Les représailles israéliennes ont déjà coûté la vie à des dizaines de Libanais et fait déjà 60 000 déplacés selon l'ONU, alors que le pays pansait encore ses plaies, quinze mois après le cessez-le-feu entre l'Etat hébreu et le "parti de Dieu".

La décision unilatérale de la direction du Hezbollah a pris de court jusqu'à certains cadres… de son propre mouvement et son précieux allié chiite Nabih Berri, le président du Parlement. "Après l’élimination du Guide suprême Ali Khamenei, le Hezbollah n’avait plus le choix", explique Danny Citrinowicz chercheur à l’Institut for national security studies, à Tel-Aviv.

Un choix suicidaire pour le Hezbollah

Cette décision d’entrer en guerre semble donc bien émaner directement des hautes sphères de l’organisation terroriste, comme son bras armé le "Conseil du Djihad" et son cerveau stratégique, le "Conseil de la Choura", où les Iraniens occupent des positions stratégiques. Un choix suicidaire, alors que le Hezbollah n’est plus que l'ombre de lui-même depuis l'opération des bipeurs en 2024 menée par le Mossad qui a décapité tout son état-major et dont la puissance militaire s'est considérablement affaiblie : environ 80 % de ses roquettes, notamment celles de longue portée et de haute précision, auraient été détruites par Israël au cours de l’année écoulée !

Cette nouvelle poussée de fièvre tombe mal, au moment où Beyrouth déploie tous ses efforts pour reprendre le contrôle par l’Etat des armes en circulation. Les forces armées libanaises ont déjà mené à bien la première phase d’un plan de désarmement du Hezbollah - sous la pression de Washington - dans le sud du Liban et s’engagent à poursuivre ce vaste chantier au nord du fleuve Litani. Dans ce contexte de guerre en Iran, le président Joseph Aoun et Emmanuel Macron ont été contraints de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien à l’armée, prévue initialement ce 5 mars à Paris.

Un long processus de réhabilitation que les Occidentaux espèrent ne pas voir torpiller. "Maintenant que le Liban a officiellement interdit les activités militaires du Hezbollah, une opportunité réelle pourrait émerger à l’issue de ce conflit, espère Matthew Levitt, spécialiste du terrorisme au sein du Washington Institute for Near East Policy. Avec une milice chiite affaiblie sur le plan politique et militaire, Israël et le Liban pourraient enfin dépasser leur état de guerre officiellement déclaré".

Un coup de fil entre Macron et Netanyahou

En réponse aux tensions actuelles avec le Hezbollah, Tel-Aviv a déjà mis en place une "zone tampon" destinée à sécuriser la zone nord du Liban. Tsahal n’exclut pas de s’emparer de "territoires stratégiques supplémentaires", a laissé entendre le ministre de la Défense, Israël Katz. Pour parer à toute initiative risquée, Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec Donald Trump mais aussi Benyamin Netanyahou, pour lui demander "de s’abstenir d’une offensive terrestre" au Liban.

Si pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas avoir de visées d’occupation à long terme, les violations répétées de la souveraineté libanaise se sont multipliées depuis plusieurs mois. Ces derniers jours encore, Tsahal a franchi la fameuse "ligne bleue" tracée par l'ONU, sous le regard impuissant de la Finul - la Force intérimaire des Nations unies au Liban -, au sein de laquelle sont déployés des soldats français. Il est évident que toute présence militaire prolongée de Tsahal offrirait au Hezbollah un alibi en or pour tenter de se refaire une "virginité". A Israël d'éviter une erreur stratégique qui pourrait s'avérer monumentale, alors que le Liban paye déjà le plus lourd tribut de cette guerre en Iran.

© REUTERS

Des membres du Hezbollah défilent lors d'un rassemblement marquant la Journée d'al-Quds dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 5 avril 2024.
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L’extraordinaire histoire de l'espion américain qui réussit à changer le régime en Iran

Plusieurs conjurés ont été arrêtés ; le chah a fui en avion à Bagdad ; le coup d’Etat fomenté par la Central Intelligence Agency (CIA) a échoué. Nous sommes à l’aube du 16 août 1953 et la tentative américaine de renverser le Premier ministre pour installer à Téhéran un gouvernement favorable aux intérêts des Occidentaux est mal engagée. Mais ce n’est que partie remise. Trois jours plus tard, à la suite de péripéties rocambolesques, l’envoyé de la CIA réussira dans son entreprise.

L'affaire est peu connue en Europe, mais le changement du régime iranien, auquel aspire le président Donald Trump, a bien un précédent : il y a trois quarts de siècle, les services secrets américains renversèrent le seul gouvernement réellement démocratique que la Perse ait connu dans son histoire millénaire. L’opération "Ajax", selon son nom de code à la CIA, mit en branle une série de tragédies, dont le peuple iranien continue à souffrir aujourd’hui, comme le souligne le journaliste américain Stephen Kinzer dans un livre-enquête* sur le sujet.

En 1953, le monde est plongé dans la guerre froide ; la guerre de Corée s’achève par un armistice en forme de match nul entre communistes et pro-américains ; en Egypte, l’arrivée au pouvoir du colonel Nasser, l’année précédente, a inauguré une vague révolutionnaire dans le monde arabo-musulman. A Washington, on craint que l’Iran, pays frontalier de l’Union soviétique, tombe à son tour dans l’orbite de Moscou.

A la source du conflit, on trouve, comment souvent au XXe siècle dans la région, le pétrole. L’accord anglo-perse de 1919 réduisait de facto l’Iran à un protectorat britannique. Il confiait la gestion exclusive des hydrocarbures à une société détenue en majorité par Londres, l’Anglo-Iranian Oil Company (l’ancêtre de BP), qui devient bientôt la compagnie anglaise la plus rentable du monde. Winston Churchill parle alors de l’Iran comme d’un "pays de cocagne, au-delà de nos rêves les plus fous". Mais dans la population iranienne, la confiscation des royalties par Londres et son refus obstiné de les partager nourrissent une frustration croissante. Un nationaliste pur et dur, Mohammad Mossadegh, est élu Premier ministre en 1951 par le Parlement.

A la demande de Winston Churchill

Grand bourgeois francophone, docteur en droit formé en Suisse, Mossadegh allume la mèche peu après son arrivée au pouvoir : il nationalise l’exploitation du pétrole. La mesure est accueillie avec enthousiasme dans le pays. Le chef du gouvernement promet à ses concitoyens que grâce à l’argent des hydrocarbures, l’Iran pourra enfin sortir du sous-développement. Son audace résonne à travers le monde au moment où la décolonisation s’accélère.

À Londres cependant, les autorités dénoncent une spoliation. Churchill, qui vient de retrouver son poste de Premier ministre, somme Mossadegh de revenir sur sa décision. Arc-bouté sur ses principes, l’Iranien refuse. Le Britannique impose une série de sanctions économiques (déjà !) contre l’Iran. Il fait arraisonner par la Royal Navy un pétrolier italien chargé de brut iranien. Il dépose plainte devant la Cour internationale de justice. Mossadegh, qui vient en personne à La Haye plaider devant les juges, obtient gain de cause.

Churchill se tourne alors vers les Américains. Il leur propose d’employer la manière forte pour déposer l’entêté et installer à sa place un Premier ministre à la solde des Occidentaux. Élu à la Maison-Blanche en novembre 1952, le républicain Dwight Eisenhower rompt avec la prudence de son prédécesseur Harry S. Truman et fait droit aux arguments de Churchill, dont il a besoin du soutien en Corée. Le nouveau chef de la CIA, Allen Dulles, anticommuniste convaincu, se charge avec zèle de la tâche. Il dépêche en Iran l’un de ses agents les plus expérimentés, Kermit Roosevelt, le petit-fils du président Theodore Roosevelt. C’est lui qui va changer le cours de l’Histoire.

L'obstination de Roosevelt

Avec l’aide du MI6 britannique qui dispose d’un réseau d’agents sur le terrain, l'émissaire américain, des dollars plein les poches, stipendie des mollahs, des journalistes et des officiers de l’armée, pour dresser la population contre Mossadegh. La désinformation bat son plein. Le Premier ministre est faussement décrit dans la presse comme un aventurier à la solde du Parti communiste, le Toudeh, qui de son côté agite la rue. L’Iran est au bord du chaos.

Pour donner à son action un vernis de légalité, Roosevelt convainc le chah de signer en secret un décret qui destitue son Premier ministre et qui nomme à sa place un général acquis aux Américains. Au soir du 15 août, l'agent de la CIA dépêche le chef de la garde impériale, le colonel Nassiri, pour se saisir de Mossadegh. Mais les conjurés n’ont pas été assez prudents ; le complot a été éventé ; Nassiri est arrêté. Craignant la vengeance de Mossadegh, le chah quitte le pays.

Roosevelt s’obstine pourtant, faisant fi des instructions de Langley lui ordonnant de déguerpir d’Iran sur-le-champ. Non seulement il reste à Téhéran mais il relance le complot et parvient à rallier une partie de l’armée autour d’officiers loyaux au chah. Le 19 août, des unités encerclent la maison de Mossadegh, qui ne tarde pas à se rendre. Comme l’écrit L’Express dans son édition du 22 août 1953, "la seule carte qui restait à Mossadegh était l'appel au Toudeh. Ni sa formation ni ses convictions profondes - ni même son intérêt - ne pouvaient l’inciter à en faire usage. Et c’est là, semble-t-il, toute la raison de sa chute."

Des conséquences toujours visibles aujourd'hui

De retour dans son pays à l’invitation des militaires putschistes, Mohammed Reza Pahlavi est réinstallé sur le trône du Paon. Dès lors, le monarque règne d’une main de fer, tout en déployant un vaste programme de modernisation et de mise au pas du clergé chiite, qui jamais ne lui pardonnera. Mais le soutien que le chah a apporté à la CIA au détriment d’un gouvernement patriote et populaire a compromis sa légitimité. Il ne s’en remettra jamais vraiment. Pour asseoir son pouvoir, il use d’une répression de plus en plus féroce par le biais de sa redoutable police secrète, la Savak, créé en 1957 avec l’assistance de la centrale américaine. La terreur s’intensifie jusqu’à l’explosion populaire de 1979 qui contraint le souverain, définitivement cette fois, à l’exil.

La révolution islamique est marquée par le retour de l’ayatollah Khomeini qui, jeune mollah, s’était opposé à Mossadegh, avant de devenir l’ennemi juré du chah. Les révolutionnaires installent à la tête du pays des clercs fanatiques, radicalement anti-américains et anti-occidentaux. Ces derniers n’ont de cesse depuis lors d’œuvrer contre le "grand satan" de Washington et le "petit satan" israélien, lesquels mènent, depuis le 28 février, une campagne de bombardements aériens dans l’espoir de mettre à bas le régime théocratique, tandis que le fils du shah, le prince Reza, attend son heure à Washington.

Les racines de cette campagne remontent à 1953. En faisant dérailler l’ébauche de démocratie iranienne, les Américains ont créé un foyer d’instabilité qui a contribué à répandre le désordre au Moyen-Orient et à promouvoir à travers le monde l’islamisme et son cortège de violences. Bien avant les opérations américaines en Irak ou en Afghanistan, le sort de Mossadegh et ses suites ont témoigné des risques des interventions politico-militaires occidentales, dont l’issue échappe souvent à leurs initiateurs. Mais il est douteux que Donald Trump se soit penché sur cette affaire avant de déclencher ses frappes sur l’Iran.

(*) All The Shah’s Men, Trade Paper Press, 2008, non traduit en français.

© IMAGO/piemags via Reuters Connec

Mohammad Mossadegh, ancien Premier ministre iranien, le 28 mai 1952.
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EN DIRECT. L'Azerbaïdjan promet de riposter après une attaque de drones iraniens

Alors que la guerre entre dans sa sixième journée, Israël et les Etats-Unis poursuivent, ce jeudi 5 mars, leurs bombardements sur l'Iran. Au Liban, le sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, a été la cible d’une nouvelle frappe aérienne israélienne, dans la nuit de mercredi à jeudi. Les autorités libanaises ont, elles, annoncé trois nouveaux morts dans des frappes ayant visé deux voitures près de la capitale. Israël laisse toujours planer la menace d'une intervention terrestre au Liban.

Par ailleurs, le Sénat américain a refusé, mercredi, de limiter les pouvoirs de Donald Trump dans la guerre contre l’Iran, une résolution en ce sens ayant été rejetée grâce au soutien robuste de la majorité républicaine.

Les infos à retenir

⇒ L'Azerbaïdjan accuse l'Iran d'avoir tiré deux drones sur son territoire

⇒ Les forces armées iraniennes nient avoir tiré un missile en direction de la Turquie

Les opérations de rapatriement continuent au Moyen-Orient

16h07

L'Azerbaïdjan ferme son espace aérien près de l'Iran

L'Azerbaïdjan a fermé jeudi une partie de son espace aérien dans le sud du pays après avoir déclaré que quatre drones iraniens avaient survolé sa frontière. L'espace aérien restera fermé pendant 12 heures, selon un avis aux navigateurs aériens (NOTAM) émis par l'Azerbaïdjan.

15h20

Pour Reza Pahlavi, "toute tentative de nommer un successeur" à Ali Khamenei "est vouée à l'échec"

Pour le fils de Mohammad Reza Pahlavi, chah d'Iran de 1941 à 1979, "quiconque sera désigné – Mojtaba ou Hassan – sera dépourvu de légitimité et considéré comme complice du bilan sanglant de ce régime et de ses dirigeants criminels, Khomeini et Khamenei". "Toute tentative de nommer un successeur" à Ali Khamenei "est vouée à l'échec", a affirmé Reza Pahlavi sur X.

"Le régime en ruine de la République islamique n'a aucune légitimité. La seule alternative légitime à ce régime est le Système de transition, dont les grandes lignes vous ont été communiquées", a-t-il ajouté.

Dear compatriots,

As I emphasized in my message following the demise of Khamenei, any attempt to appoint a successor for him is pre-destined to fail. Whomever is introduced—be it Mojtaba or Hassan—will lack legitimacy and will be considered an accomplice to the bloody record of… https://t.co/mrWAQAHDXw

— Reza Pahlavi (@PahlaviReza) March 5, 2026

15h14

Quatre médecins tués en Iran, selon l'OMS

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé a déclaré jeudi avoir vérifié 13 attaques contre des infrastructures sanitaires en Iran dans le cadre d'une campagne américano-israélienne, faisant quatre morts parmi les travailleurs de la santé et 25 blessés.

"L’OMS a vérifié 13 attaques contre des établissements de santé en Iran et une au Liban", a déclaré le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse, sans désigner de coupable.

Lors du même point de presse, le Dr Hanan Balkhy a ajouté que quatre ambulances en Iran avaient également été touchées et que des hôpitaux et autres établissements de santé avaient subi des dégâts mineurs en raison des frappes survenues à proximité. L'un de ces hôpitaux, situé dans la capitale Téhéran, a été évacué, comme l'avait précédemment indiqué l'agence sanitaire des Nations Unies.

13h15

La France autorise la présence temporaire d'avions américains sur ses bases militaires

La France a autorisé la présence temporaire d'avions américains sur certaines de ses bases militaires, a confirmé ce jeudi à Reuters un responsable de l'état-major de l'armée française. "Compte tenu du contexte, la France exige que les ressources concernées ne participent d’aucune manière aux opérations menées par les Etats-Unis en Iran, mais uniquement au soutien de la défense de nos partenaires dans la région", a déclaré le haut gradé.

12h35

L'Azerbaïdjan promet de riposter après une attaque

L'Azerbaïdjan a averti ce jeudi qu'il préparait des mesures de riposte après que deux drones iraniens ont survolé sa frontière et blessé quatre personnes dans l'enclave de Nakhitchevan. "Ces attaques ne resteront pas sans réponse", a déclaré le ministère azerbaïdjanais de la Défense dans un communiqué.

Il a ajouté qu'il enquêtait sur les types de drones utilisés lors de l'attaque et qu'il "préparait les mesures de riposte nécessaires pour protéger l'intégrité territoriale et la souveraineté du pays".

Les relations entre l'Azerbaïdjan et l'Iran sont déjà tendues en raison du renforcement des liens économiques, énergétiques et militaires de Bakou avec la Turquie et Israël. L'Iran, qui riposte aux frappes américaines et israéliennes depuis samedi dans le cadre d'une guerre aérienne qui ravage actuellement le Moyen-Orient, compte également une importante population d'origine azerbaïdjanaise.

12h20

L'Italie, l'Espagne, la France et les Pays-Bas vont envoyer des navires de guerre à Chypre

L'Italie, l'Espagne, la France et les Pays-Bas enverront des moyens navals pour protéger Chypre dans les prochains jours, a déclaré ce jeudi le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, devant le Parlement.

Lundi, une base de la Royal Air Force britannique, située sur l'île, a été visée par un drone iranien.

La Première ministre, Giorgia Meloni, a déclaré de son côté à la radio que l'Italie répondrait aux demandes d'aide des pays du Golfe qui souhaitent se procurer du matériel de défense antiaérienne pour contrer les frappes iraniennes. Des sources ont indiqué à Reuters cette semaine que les livraisons pourraient inclure des batteries de missiles sol-air SAMP/T, bien qu'aucune décision définitive n'ait encore été prise.

11h30

L'Espagne va envoyer une frégate à Chypre

L'Espagne enverra sa frégate Christophe Colomb à Chypre, rejoignant ainsi le porte-avions français Charles de Gaulle et d'autres navires de la marine grecque, a déclaré le ministère de la Défense dans un communiqué ce jeudi.

La frégate espagnole, qui arrivera en Crète vers le 10 mars, est utilisée pour la défense aérienne.

11h00

La France autorise les Etats-Unis à utiliser ses bases militaires, selon BFMTV

La France a autorisé les forces armées américaines à utiliser ses bases militaires durant la guerre au Moyen-Orient, rapporte ce jeudi BFMTV.

10h30

La Turquie affirme suivre de près les actions du groupe militant kurde iranien PJAK

La Turquie dit surveiller de près les actions menées par le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), organisation kurde anti-iranienne basée dans la zone frontale entre l'Irak et l'Iran, qui menace selon elle la sécurité de l'Iran et la stabilité régionale.

"Les activités de groupes qui alimentent le séparatisme ethnique, comme l'organisation terroriste PJAK, nuisent non seulement à la sécurité de l'Iran, mais aussi à la paix et à la stabilité de la région", a déclaré le ministère turc de la Défense lors d'un point de presse hebdomadaire à Ankara.

09h40

L'Azerbaïdjan accuse l'Iran d'avoir tiré deux drones sur son territoire

L'Azerbaïdjan a accusé ce jeudi l'Iran d'avoir tiré deux drones sur son territoire, blessant deux personnes, et a déclaré avoir convoqué l'ambassadeur iranien afin de protester fermement.

Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a déclaré qu'un drone s'était écrasé sur un aéroport de Nakhitchevan, près de la frontière avec l'Iran, et qu'un autre avait atterri près d'une école. Dans un communiqué, elle a condamné les attaques, exigé des explications de l'Iran et déclaré que l'Azerbaïdjan se réservait le droit de prendre des "mesures de riposte appropriées".

09h00

Les Gardiens de la révolution disent avoir frappé un pétrolier américain

Les Gardiens de la révolution ont annoncé ce matin avoir touché un pétrole américain dans le nord du golfe Persique et réaffirmé avoir le contrôle du détroit d'Ormuz, voie de transit essentielle au trafic mondial des hydrocarbures.

08h45

L'Iran affirme avoir ciblé des "groupes séparatistes" kurdes

Le ministère iranien du Renseignement a déclaré ce jeudi avoir ciblé des positions de "groupes séparatistes" qui avaient l'intention d'entrer par les frontières occidentales du pays, ajoutant qu'ils avaient subi de lourdes pertes.

Selon CNN, la CIA et l'administration Trump sont en discussion avec plusieurs groupes d'opposition iraniens et des dirigeants kurdes irakiens pour les soutenir militairement. Le communiqué du ministère iranien relayé par les médias d'Etat, indique que les forces iraniennes coopèrent avec les "nobles Kurdes" pour contrecarrer le plan "israélo-américain" d'attaque du sol iranien.

08h25

Pete Hegseth exhorte Israël à poursuivre ses efforts "jusqu'au bout", selon le ministère israélien de la Défense

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a dit à Israël de "continuer jusqu'au bout", affirmant que les États-Unis étaient solidaires d'Israël, lors d'entretiens nocturnes avec le ministre de la Défense israélien Israël Katz, a déclaré ce jeudi le ministère israélien de la Défense.

Israël Katz a remercié Pete Hegseth pour l'aide considérable apportée par les Etats-Unis dans la défense des citoyens israéliens contre la menace des missiles iraniens, a-t-on indiqué.

07h30

Des explosions sont signalées à Téhéran et Karaj, au nord-ouest de la capitale iranienne, par les médias officiels iraniens

06h45

Un chef du Hamas tué au Liban, selon l’agence ANI

L’agence de presse officielle libanaise ANI rapporte qu’une frappe israélienne a tué un chef du mouvement islamiste Hamas dans un camp de réfugiés palestiniens du nord du Liban.

Wassim Atallah Al-Ali et sa femme ont été tués lorsqu’un "drone ennemi a visé leur habitation" dans le camp de Beddawi, près de Tripoli, pendant la nuit, a rapporté l’agence, le décrivant comme un haut responsable du Hamas. Il s’agit du premier dirigeant du groupe islamiste palestinien tué depuis le début de l’offensive américano-israélienne sur l’Iran.

06h30

Les forces armées iraniennes nient avoir tiré un missile en direction de la Turquie

Les forces armées iraniennes respectent la souveraineté de la Turquie et nient avoir tiré un missile vers son territoire, ont-elles déclaré jeudi dans un communiqué relayé par les médias d'État.

Le ministère turc de la Défense avait déclaré mercredi qu'un missile balistique tiré depuis l'Iran vers l'espace aérien turc après avoir traversé la Syrie et l'Irak avait été détruit par les systèmes de défense aérienne et antimissile de l'Otan au-dessus de la Méditerranée orientale.

06h00

Les opérations de rapatriement continuent au Moyen-Orient

Les opérations de rapatriement de ressortissants étrangers se sont poursuivies dans la nuit de mercredi à jeudi au Moyen-Orient, alors que la guerre se poursuit pour la sixième journée consécutive.

Qatar Airways va opérer à partir de jeudi un nombre limité de vols d'assistance pour les passagers bloqués. Des vols sont prévus au départ d'Oman et de l'Arabie saoudite, alors que les opérations de la compagnie depuis Doha sont toujours suspendues en raison de la fermeture de l'espace aérien. Ces vols devraient relier Muscat vers Amsterdam, Berlin, Copenhague, Londres-Heathrow, Madrid et Rome, ainsi que de Riyad vers Francfort.

Un avion affrété par le gouvernement américain rapatrie aussi des ressortissants américains depuis le Moyen-Orient et des vols supplémentaires sont en train d'être organisés à travers la région, déclare le département d'Etat américain.

Un vol britannique destiné à rapatrier des ressortissants britanniques après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient n'a pas décollé comme prévu d'Oman mercredi soir et a été reporté à plus tard dans la journée de jeudi, a rapporté Sky News.

05h00

L'Arabie saoudite annonce avoir intercepté un drone dans son espace aérien, à l'est de la région de al-jawf

04h00

Deux soldats américains tués dans une attaque de drones au Koweit

Le Pentagone a identifié deux soldats tués dimanche dans une attaque de drone au Koweït. Quatre autres réservistes, identifiés mardi, avaient été tués dans cette attaque.

03h00

"La résilience de l'économie mondiale est mise à l'épreuve par l'escalade du conflit au Moyen-Orient", estime la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva

Le conflit imposera de nouvelles exigences aux décideurs politiques partout dans le monde, et le monde pourrait connaître une longue période de bouleversements, a-t-elle déclaré.

La Corée du Sud, qui fournit environ les deux tiers des semi-conducteurs dans le monde, craint également un impact de la guerre sur la production mondiale de ceux-ci, dont l'approvisionnement dépend largement du Moyen-Orient.

"Les responsables ont évoqué la possibilité d'une perturbation de la production de semi-conducteurs si certains de ces matériaux essentiels ne pouvaient plus être approvisionnés depuis le Moyen-Orient", a déclaré un député du parti au pouvoir en Corée du Sud, ajoutant que les entreprises sud-coréennes s'approvisionnaient en certains matériaux essentiels à la fabrication de puces, tels que l'hélium, depuis le Moyen-Orient.

02h00

Explosion d'un pétrolier dans le détroit d'Ormuz

Le capitaine d'un pétrolier à l'ancrage rapporte avoir entendu et vu une importante explosion au sud-est de Moubarak al Kabir, au Koweït, a dit l'agence britannique des opérations maritimes commerciales (UKMTO). Du pétrole a été observé dans l'eau, ce qui pourrait avoir un impact environnemental. Le Koweït affirme que l'incident impliquant un pétrolier s'est produit en dehors de ses eaux territoriales.

Sept navires de la Corée du Sud transportant du pétrole brut sont bloqués dans le détroit d'Ormuz, selon Reuters.

Le corps des Gardiens de la Révolution islamique iranienne a dit mercredi que la marine avait le "contrôle complet" du détroit d'Ormuz, menaçant tout navire qui tenterait d'emprunter cette voie essentielle au trafic mondial des hydrocarbures.

01h00

Le Qatar évacue les résidents vivant près de l'ambassade américaine

Le Qatar évacue les résidents vivant à proximité de l'ambassade américaine à Doha à titre de "mesure de précaution temporaire", a déclaré jeudi matin le ministère de l'Intérieur du pays du Golfe.

"Un hébergement approprié leur a été fourni dans le cadre des mesures préventives nécessaires", a indiqué le ministère dans un communiqué.

00h50

Le Sénat américain refuse de limiter les pouvoirs de Donald Trump

Une majorité du Sénat américain a soutenu mercredi la campagne militaire du président Donald Trump contre l'Iran, en votant pour bloquer une résolution visant à mettre fin à la guerre en Iran et à exiger que toute offensive soit autorisée par le Congrès.

© via REUTERS

Un drone Shahed exposé lors du 47e anniversaire de la révolution islamique à Téhéran, en Iran, le 11 février 2026.
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De la RFA à aujourd’hui : comment l’Allemagne a su se réinventer

Le passé permet souvent d'éclairer l'actualité. Chaque jeudi, dans notre nouveau podcast Hier à la Une, on se plonge dans les archives de L’Express, pour comprendre autrement la couverture du magazine de la semaine.

Il y a quelques jours, le chancelier allemand Friedrich Merz était en Chine puis aux Etats-Unis, tant pour défendre l’économie allemande, que pour parler au nom de toute l’Union européenne. Des déplacements qui illustrent la nouvelle place que souhaite désormais prendre l’Allemagne, comme on peut le lire cette semaine dans les pages de L’Express.

Car depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, le modèle allemand s’est retrouvé ébranlé. La réussite allemande reposait sur un gaz russe très bon marché, la forte proximité avec les Etats Unis, et des exportations très élevées vers la Chine. Ces piliers de la croissance allemande se sont écroulés : les robinets du gaz ont été fermés, la confiance s’étiole avec Washington notamment sur le dossier ukrainien, et l’industrie chinoise monte en gamme dans les secteurs phares pour l’Allemagne comme l’automobile.

A ces difficultés s’ajoute l’instabilité politique. L’après Merkel a été complexe, les coalitions se sont révélées impossibles. Et le résultat, c’est un pays immobile face à ces nouveaux défis.

Mais l’Allemagne est en pleine révolution. Sur le plan diplomatique, Berlin compte bien retrouver sa place en Europe, notamment en s’éloignant du couple franco-allemand. Déjà en difficulté avec le chancelier Olaf Scholz, la relation entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz semble au point mort. Le nouveau chancelier poursuit aussi l’éloignement avec l’allié américain, et se rapproche de l’Italie de Meloni.

Un tournant pris également concernant la défense. Alors que le sujet de l’armée restait tabou dans l’opinion publique, les Allemands ont décidé d’investir massivement et de se transformer en l’une des armées les plus puissantes du Vieux Continent. En s’appuyant sur leurs atouts et notamment une économie peu endettée, ils ont mobilisé un effort spectaculaire pour se reconfigurer, en à peine un an.

Désormais, Berlin se voit à nouveau comme une puissance. Pourtant, rien n’est gagné : Friedrich Merz reste assez faible sur le volet politique intérieure, notamment face à la montée en puissance de l’extrême droite. Faire renaître l'armée prendra du temps. Et l’industrie doit être largement repensée.

Mais dans son histoire récente, l’Allemagne a dû - et su - se réinventer plusieurs fois, comme on a pu le lire dans les pages du magazine ces dernières décennies.

En 1979, alors que l'Allemagne est encore coupée en deux, sa réussite est décryptée depuis la France, loin des clichés qui ont encore cours à l'époque.

Puis, 10 ans après la chute du mur de Berlin, c'est un véritable "modèle allemand" qui est installé.

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Cet épisode a été écrit par Charlotte Baris, réalisé par Jules Krot, avec Anne Marion à la documentation.

Crédits : INA, Direk von ort

Musique et habillage : Emmanuel Herschon / Studio Torrent

Visuel : Alice Lagarde

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© EPA

Le chancelier allemand Friedrich Merz avant sa rencontre avec le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, à la 62e Conférence sur la Sécurité de Munich, le 13 février 2026. EPA/Sean Gallup / POOL
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Guerre en Ukraine : avec Starlink, l'influence hors norme du très versatile Elon Musk

Sur le front ukrainien, la température glaciale du mois de février s’est accompagnée d’un vent de panique sur les chaînes Telegram des blogueurs militaires russes. Mais celui-ci ne devait rien à la météo. "La désactivation brutale de Starlink par Musk s’avère extrêmement problématique pour nos forces, témoigne, angoissé, l’un de ces comptes très populaires et ultranationalistes. Pour l’instant, nos troupes ne disposent pas de système équivalent." Un autre, suivi par plus d’1,5 million de personnes en appelle, lui, aux dons, afin de financer des radios et palier aux "problèmes de communication" survenus parmi les troupes : "Après le blocage de Starlink, les soldats sur le front ont besoin en urgence de notre aide pour relancer l’offensive et repousser les attaques ennemies."

A l’origine de cet affolement inhabituel, Elon Musk, patron de SpaceX et de sa filiale Starlink, qui, début février, a soudainement décidé d'empêcher l'accès de l’armée russe à sa constellation de plus de 10 000 satellites, qui fournissent une connexion Internet partout sur le front. Un revers cinglant pour les forces de Poutine, mais surtout, un rappel du spectaculaire impact que peuvent avoir sur le champ de bataille les décisions de l'homme d’affaires américain, qui avait lancé ce service en 2015. "Cette connectivité par satellite est devenue cruciale, confirme Thibault Fouillet, directeur scientifique de l’Institut d’études de stratégie et de défense. Concrètement, elle permet d’échanger des informations en temps réel, de coordonner des frappes d’artillerie et de drones, ou même de guider des missiles et munitions nécessitant une connexion GPS."

Sérieuse déconvenue

Tout est parti d’un tweet. "Il semblerait que les mesures prises pour empêcher l'utilisation non autorisée de Starlink par la Russie aient porté leurs fruits", a simplement constaté le multimilliardaire le 1er février, dans un court message sur sa plateforme X. Bien que les sanctions américaines interdisent de vendre les services de Starlink à la Russie, Moscou avait, dès 2023, trouvé des moyens de contournement en mettant la main sur des terminaux permettant de s’y connecter, sur le marché noir ou par l’intermédiaire de pays tiers. Mais la mise en place par SpaceX et Kiev en février d’un système de filtrage qui autorise uniquement la connexion aux dispositifs préalablement inscrits sur une "liste blanche" - et bloque tous les autres - a brutalement privé les Russes de toute connexion.

La déconvenue est d'autant plus sévère pour l'armée russe qu'elle en avait généralisé l'usage au combat. Au point d’aller jusqu’à équiper certains drones à longue portée de terminaux, pour en démultiplier le potentiel destructeur. "L’intégration de Starlink dans leurs systèmes aériens leur permettait d’être presque insensibles au brouillage et pilotables avec une grande précision", retrace Kateryna Bondar, chercheuse au Center for Strategic and International Studies de Washington. Ces engins ont rapidement fait leurs preuves. Fin janvier, les Russes ont ainsi revendiqué des frappes avec des drones BM-35 et Molniya-2 dotés d'équipements Starlink contre plusieurs véhicules circulant sur une autoroute dans l’est du pays, et même contre deux trains - des cibles en mouvement, bien plus difficiles à toucher.

Privés des technologies d’Elon Musk, les Russes tentent de s'adapter. A la mi-février, plusieurs médias du pays ont relayé le premier test d’un système baptisé Barrage-1, sorte de ballon stratosphérique censé transporter des équipements 5G et servir de relais Internet aux troupes au sol. "Ce serait plus de l’ordre de la rustine, jauge Thibault Fouillet. Pour l'heure, il n’existe pas de capacité clé en main qui leur permettrait de remplacer les performances et la fiabilité de la constellation spatiale d’Elon Musk." Il faut dire que le projet "Rassvet", le Starlink "made in Russia" piloté par la société privée Bureau 1440, a du plomb dans l’aile. Le lancement de ses 16 premiers satellites initialement prévu en 2025 a dû être reporté… faute d'avoir été assemblés à temps. A court de solutions, Moscou cherche désormais à soudoyer des Ukrainiens pour qu’ils enregistrent à leur nom des terminaux destinés à être utilisés par les forces russes. Deux habitants de la région d'Odessa ont d'ores et déjà été arrêtés pour ce motif le 24 février, et accusés de haute trahison par Kiev.

En attendant, l’armée ukrainienne a habilement su tirer parti de ce coup de pouce donné par le patron de Starlink. Rien qu’en février, ses contre-attaques lui ont permis de réaliser des gains inédits depuis plus d’un an et demi, en libérant jusqu’à 200 kilomètres carrés, selon les données de l’Institute for the Study of War de Washington. "La capacité de communication des Russes a été fortement altérée et c’est très problématique en première ligne, souligne Katja Bego, chercheuse à la Chatham House, à Londres. Cela en dit long sur l'état de leur armée, censée être l'une des meilleures du monde, mais totalement dépendante d'un système externe."

Une dépendance qui interroge

L’Ukraine n’en reste pas moins tributaire de ce service aux mains d’un Elon Musk aussi versatile qu’imprévisible. Son positionnement ambigu sur le conflit n’avait d’ailleurs pas manqué d’éveiller les craintes en mars dernier. "Mon système Starlink est l'épine dorsale de l'armée ukrainienne. Toute leur ligne de front s'effondrerait si je le coupais", s'était-il énervé sur X, quelques jours après l’altercation inédite entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump dans le bureau Ovale. Effondrement ou pas, la connectivité permanente offerte par Starlink est effectivement précieuse à plus d’un titre. Dans les endroits les plus reculés, elle est essentielle pour faire tourner le système Delta, une plateforme clé pour organiser l'action des troupes ukrainiennes sur le front.

Ce n’est pas sa seule application. "Tous les drones maritimes ukrainiens reposent sur Starlink pour pouvoir être contrôlés à distance avec une faible latence, souligne Kateryna Bondar, du CSIS. En cas de coupure, l’Ukraine se retrouverait quasiment sans force navale." Par le passé, le magnat de la tech américaine n’a pas hésité à faire usage de son pouvoir pour influer sur les opérations ukrainiennes. En 2022, craignant une escalade, il avait secrètement ordonné à ses équipes de désactiver son service au large de la Crimée pour déjouer une attaque contre la flotte russe.

En l'absence de boussole claire, difficile de savoir ce qu'a en tête le milliardaire. "Nous ne le considérons ni comme un héros, ni comme un ennemi, jauge Lesia Orobets, fondatrice de l’ONG ukrainienne Price of Freedom, qui œuvre à la protection du ciel ukrainien. Mais l’influence que peuvent avoir ses décisions sur le cours de la guerre et le sort de milliers de vies ne fait que démontrer l’immense responsabilité qui est la sienne."

Au-delà de Kiev, les chancelleries européennes s’interrogent elles aussi sur une solution de secours. Le franco-britannique Eutelsat, avec sa constellation de satellites OneWeb, pourrait-il s’y substituer ? "Même si elle ne dispose pas encore des moyens de Starlink, cette entreprise a récemment gagné de nombreux clients, note Katja Bego, de la Chatham House. De plus en plus de pays européens l’envisagent comme un moyen de ne pas dépendre des services d’Elon Musk." En mars dernier, sa PDG, Eva Berneke, avait affiché l’ambition d’atteindre à terme 40 000 terminaux en Ukraine – soit rigoureusement le nombre de ceux déployés par Starlink. Une telle opération nécessiterait toutefois du temps, et surtout, beaucoup d’argent. D’ici là, Kiev n’a guère d’autres choix que s’assurer les bonnes grâces de l'imprévisible Elon Musk.

© REUTERS

"Psycho", 22 ans, membre de la 80e brigade aéroportée indépendante, déconnecte son terminal Starlink, à proximité de la ligne de front, dans la région de Kreminna, en Ukraine, le 6 janvier 2023.
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Guerre en Iran : la CIA souhaiterait soutenir des milices kurdes pour provoquer un coup d'Etat

Après être intervenus en Iran par l'extérieur, les États-Unis souhaitent désormais agir de l'intérieur. Selon CNN, la CIA et l'administration Trump sont en discussion avec plusieurs groupes d'opposition iraniens et des dirigeants kurdes irakiens pour les soutenir militairement. Une manière de faciliter un soulèvement populaire, alors que les bombardements ayant tué l'ayatollah Khamenei et des dizaines de dignitaires iraniens ont fortement fragilisé le régime.

Selon CNN, citant un haut responsable kurde, Donald Trump s'est notamment entretenu mardi avec le président du Parti démocratique du Kurdistan iranien (KDPI), Mustafa Hijri. Son groupe avait été ciblé par le Corps des Gardiens de la révolution islamique, à l'instar des autres groupes kurdes qui opèrent le long de la frontière entre l'Irak et l'Iran. Au total, plusieurs milliers de combattants kurdes seraient mobilisés dans cette zone, notamment dans le Kurdistan irakien. Selon Axios, le milliardaire avait déjà échangé dimanche avec les dirigeants des deux principales factions kurdes irakiennes, Masoud Barzani du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et Bafel Talabani de l'Union patriotique du Kurdistan (PUK), pour discuter de l'opération militaire en Iran.

Le soutien irakien nécessaire

Depuis le début de la guerre, alors que plusieurs groupes kurdes iraniens ont fait allusion à des actions militaires contre les forces iraniennes, une opération terrestre pourrait aussi être déclenchée dans les prochains jours, selon ce responsable, à condition d'un soutien militaire américain et israélien. Car sans le soutien américain et israélien, les Kurdes n'ont pas la capacité militaire et structurelle de renverser le pouvoir iranien.

Mais l'armement des groupes kurdes iraniens n'est pas pour autant une tâche simple pour les Américains. Pour que les armes circulent vers les Kurdes iraniens, il faut avoir le soutien des groupes kurdes irakiens et ainsi utiliser le Kurdistan irakien comme terrain de lancement. Un point que le conseiller à la sécurité nationale de l'Irak, Qasim al-Araji, a justement refusé dans un communiqué, affirmant que son pays n'autorisera pas les factions kurdes "à infiltrer ou à traverser la frontière iranienne pour effectuer des actes terroristes depuis le territoire irakien".

Malgré la proximité historique entre les Kurdes et les États-Unis, le comportement imprévisible de Donald Trump pourrait aussi refroidir les factions souhaitant s'allier à eux. D'autant qu'en 2019, il les avait justement abandonnés à leur sort en Syrie, en retirant les troupes américaines du pays. "Il ne fait aucun doute que le peuple kurde s'oppose massivement au régime de la République islamique d'Iran, estime un haut responsable du gouvernement régional du Kurdistan. Pourtant, ils craignent aussi d'être abandonnés une fois de plus." En Syrie, le rapprochement entre l'administration Trump et le gouvernement syrien d'Ahmed al-Charaa a fait perdre une grande partie de son influence depuis janvier à la milice kurde syrienne des Forces démocratiques syriennes (FDS), pourtant historiquement alliée aux États-Unis dans la lutte contre l'État islamique.

Les craintes d'un nouvel abandon américain

Si la CIA a refusé de répondre aux informations de CNN, le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth a affirmé qu'"aucun de nos objectifs ne se fonde sur le soutien à l'armement d'une force particulière. Nous sommes donc conscients de ce que d'autres entités peuvent faire, mais nos objectifs ne sont pas centrés sur cela." D'autant que la réalité du terrain contredit les négations d'Hegseth. Depuis le début de l'offensive israélo-américaine, Tsahal frappe les avant-postes militaires du nord-ouest du pays, le long de la frontière avec l'Irak. Une manière d'affaiblir les défenses frontalières iraniennes et de faciliter l'entrée de soldats kurdes dans le pays. Ces frappes pourraient s'intensifier dans les prochains jours.

Dès les premières heures de l'offensive en Iran, Donald Trump avait exhorté les Iraniens à prendre le pouvoir dans leur pays. "L'heure de votre liberté est à portée de main", avait-il déclaré avant même la fin des premiers bombardements et la confirmation de la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Une éventualité à laquelle ne croit pas Donald Heflin, ancien ambassadeur américain qui enseigne désormais à la Fletcher School de l'Université de Tufts, interrogé par The Conversation. "Il est difficile pour les gens qui n'ont pas d'armes dans les mains de faire tomber un régime très étroitement contrôlé qui dispose de beaucoup d'armes", ajoutant que pendant la guerre du Golfe, la population irakienne n'avait pas pu prendre le pouvoir, réprimée par Saddam Hussein, malgré les bombardements américains.

Mercredi soir, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a démenti ces informations citées par plusieurs médias américains. Elle a revanche confirmé que le président américain avait "parlé avec des dirigeants kurdes" au sujet de la base dont disposent les Etats-Unis dans le nord de l'Irak.

© via REUTERS

Donald Trump aux côtés du directeur de la CIA John Ratcliffe, de la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche Susie Wiles et du secrétaire d'État Marco Rubio, lors des opérations militaires en Iran, à Mar-a-Lago le 28 février 2026.
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Iran : Mojtaba Khamenei, le fils du Guide suprême qui pourrait hériter du pouvoir

Un Khamenei peut en cacher un autre. Quatre jours après la mort d'Ali Khamenei, son second fils Mojtaba semble s'imposer comme le premier choix pour devenir le prochain Guide suprême. Lors de deux réunions virtuelles de l'Assemblée d'experts iranienne, composée des 88 principaux clercs du régime, le nom de Mojtaba a été coché comme le principal candidat pour succéder à son père, selon plusieurs responsables iraniens, sous couvert d'anonymat. Selon le New York Times, le choix aurait dû être annoncé ce mercredi matin mais plusieurs réserves avaient été exprimées, craignant qu'il ne devienne une cible pour les États-Unis et Israël. Une frappe israélienne a d'ailleurs détruit le bâtiment où devaient se réunir initialement les membres de l'Assemblée. Selon l'agence de presse, proche du pouvoir iranien, il était vide lors du bombardement.

Figure influente du régime iranien, très proche des Gardiens de la révolution, Mojtaba Khamenei manœuvre depuis longtemps dans les arcanes du pouvoir. Alors qu'il gérait jusque-là le Beit, le bureau chargé de valider toutes les décisions prises par l’Etat iranien, l'homme de 56 ans a longtemps été perçu comme l'héritier politique de son père, même s'il avait petit à petit disparu de la scène ces dernières années. "Mojtaba est le choix le plus sage en ce moment parce qu'il est intimement familier avec la gestion et la coordination des appareils de sécurité et militaires, selon l'analyste iranien Mehdi Rahmati au New York Times. Il était en charge de cela."

Une future dynastie Khamenei ?

Adepte de la ligne dure du régime, le fils de l'ancien ayatollah a étudié la théologie au séminaire de Qom, à l'instar de son père et d'Ali Larijani, qui assure l'intérim à la tête de l'Iran, le temps de choisir un nouveau Guide suprême. S'il n'a jamais exercé de fonctions publiques, ce qui pourrait être un frein à sa nomination, Mojtaba Khamenei s'est construit une légitimité révolutionnaire en servant dans l'armée iranienne à partir de ses 17 ans, notamment lors de la guerre contre l'Irak.

Mais la nomination de Mojtaba Khamenei pour succéder à son père serait un paradoxe dans le régime : il est construit sur la révolution de 1979, qui s'opposait fermement à la monarchie des Pahlavi. Alors que le fils Khamenei est vu comme un potentiel successeur depuis plusieurs années, l'ancien Premier ministre iranien Mir Hossein Moussavi s'en était justement étonné en 2022. "Des rumeurs sur ce complot circulent depuis 13 ans. S'ils ne le poursuivent pas vraiment, pourquoi ne démentent-ils pas une telle intention une fois pour toutes ?", avait-il écrit en 2022, selon le Guardian. Des soupçons qu'avait balayé l'Assemblée des experts, qui avait affirmé sélectionner "les plus qualifiés et les plus appropriés".

L'élection de Mojtaba Khamenei comme prochain Guide suprême enverrait un message fort, autant en Iran qu'à l'international. Alors que son nom est porté par les Gardiens de la révolution, il serait le symbole d'une continuité à la tête du pays pour les partisans du pouvoir en place, alors que le régime connaît l'une des périodes les plus instables de son histoire depuis plusieurs jours. En revanche, pour les opposants au régime des mollahs, le "fils de" est l'un des responsables politiques du pouvoir qui a tué au moins 7 000 Iraniens lors des violentes manifestations ces derniers mois. Pour les réformistes iraniens, il est l'un des acteurs clés de la sanglante répression du "mouvement vert" de 2009, qui dénonçait des fraudes à l'élection présidentielle.

115 millions d'euros de patrimoine

Un nom clivant en Iran, qui représente la corruption et les détournements du régime en place. En janvier dernier, une enquête de Bloomberg révélait que le fils Khamenei était à la tête d'un empire immobilier de luxe à travers le monde, construit notamment grâce aux revenus pétroliers du pays. Contournant les sanctions américaines qui le visent depuis 2019, il est derrière onze propriétés à Londres, une villa à Dubaï, des hôtels cinq étoiles à Francfort et à Majorque, des comptes en banque en Suisse, au Liechtenstein ou encore aux Émirats arabes unis, pour une valeur totale supérieure à 100 millions de livres sterling (près de 115 millions d'euros). Loin de l'image humble que le régime souhaite envoyer à sa population. Selon l'enquête, le dirigeant iranien se serait caché derrière un tentaculaire réseau de sociétés écrans. De nombreux documents seraient également au nom du magnat de la construction iranien Ali Ansari.

À l'international, le choix de Mojtaba serait un bras d'honneur aux Américains et la preuve que le régime ne souhaite pas négocier avec eux. Sur la question du successeur du Guide suprême, Donald Trump a affirmé, mardi, lors d'une conférence de presse, qu'il voulait éviter le "pire" scénario. "Quelqu'un prend le relais qui est aussi mauvais que la personne précédente", a-t-il précisé. La ligne anti-occidentale que Mojtaba représente ne risque pas de faciliter le dialogue avec les États-Unis. D'autant qu'il pourrait en faire une affaire personnelle : si son père est mort dans le bombardement, il a également perdu sa femme, sa mère et l'un de ses fils.

© Saeid Zareian/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPP

Mojtaba Khamenei (au centre), fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est photographié lors d’une manifestation marquant la Journée d’al-Quds (Journée de Jérusalem).
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Guerre en Iran : ces questions autour du déploiement du Charles de Gaulle en Méditerranée

Il aurait dû continuer ses exercices avec l'Otan en Atlantique Nord, où il participait à la mission "Lafayette 26". Il se dirige finalement vers le sud, en Méditerranée. Dans son allocution mardi soir à la télévision, Emmanuel Macron a annoncé le départ du porte-avions français Charles de Gaulle vers la Méditerranée. "Nous avons des accords de défense qui nous lient au Qatar, au Koweït et aux Émirats arabes unis, a annoncé le président dans son discours. Ces derniers sont particulièrement ciblés, et nous leur devons de la solidarité". Le bâtiment français va participer à la construction d'une coalition pour sécuriser notamment le transport maritime, alors que le détroit d'Ormuz est fermé par l'Iran.

Parti dès mardi soir, le bâtiment de 261 mètres devrait arriver dans la zone dans une dizaine de jours selon le ministère de la Défense. Fort d'un équipage de près de 1 900 marins, il tient sa force dans son groupe aérien embarqué qu'il transporte, qui peut être composé de 40 aéronefs : des avions de combat Rafale Marine, des Grumman E-2 Hawkeye, des avions américains de commandement équipés de radars, ou encore des hélicoptères Caïman Marine. Au total, 600 marins sont chargés du groupe aérien embarqué. Mis en service en 2001, en remplacement du porte-avions Foch, il transporte également plusieurs armes de combat comme des canons, des mitrailleuses et des systèmes anti-missiles, précise le ministère de la Défense.

"Légitime défense"

Mais le Charles de Gaulle ne se déplace pas seul en Méditerranée. Le groupe aéronaval français, articulé autour de son porte-avions, est aussi composé de plusieurs frégates de défense, d'un pétrolier ravitailleur ou encore d'un sous-marin nucléaire d'attaque. En Méditerranée, il rejoint le plus grand porte-avions, le bâtiment américain USS Gerald R. Ford, arrivé mercredi dans la zone.

Interrogée mardi soir par BFMTV sur la mission du porte-avions français, Alice Rufo, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, a tenté de rassurer sur l'utilisation de ces armes, niant l'entrée de la France dans la guerre. "On est sur une logique défensive, de défense de nos intérêts", a-t-elle affirmé, qualifiant la présence française en mer Méditerranée de "légitime défense"." Selon elle, l'arrivée du Charles de Gaulle permet d'apporter "des moyens aériens supplémentaires". "C'est une capacité d'agir de manière plus active, plus efficace, plus rapide", a-t-elle ajouté.

Dissuasion nucléaire

Mais le déploiement en Méditerranée du Charles de Gaulle a aussi une dimension symbolique, une "démonstration de puissance" pour Alice Rufo. "C'est un signalement stratégique, a-t-elle reconnu sur BFMTV. Ça veut dire que nous défendons nos intérêts, que nous sommes là". Seul porte-avions à propulsion nucléaire à ne pas être américain, seul porte-avions de l'Union européenne, le Charles de Gaulle permet à la France d'affirmer sa puissance.

Un signe fort, qui résonne avec le discours sur la dissuasion nucléaire, prononcé par Emmanuel Macron le lundi 2 mars. "Notre dissuasion est robuste et efficace. Tous ceux qui auraient l'audace de s'en prendre à la France savent le prix insoutenable qu'il y aurait à payer", a notamment lancé le chef de l'État, depuis la base militaire de l'Île Longue dans le Finistère, devant le sous-marin nucléaire Le Téméraire.

Au-delà du déploiement du Charles de Gaulle, la France a également envoyé la frégate "Languedoc" aux abords de Chypre, membre de l'Union européenne. Arrivée mardi soir, elle devra œuvrer à la sécurisation de l'île, où la base britannique Akrotiri a été touchée par des drones ces derniers jours. Polyvalente dans son utilisation, la frégate peut autant servir d'escorte que pour la lutte anti-sous-marine et antiaérienne. Deux frégates grecques sont aussi sur place.

© via REUTERS

Le porte-avions français Charles de Gaulle, à Malmö en Suède, le 25 février 2026.
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Guerre en Iran : l'Otan détruit un missile balistique qui se dirigeait vers la Turquie

Un missile balistique tiré depuis l'Iran et se dirigeant vers l'espace aérien turc a été intercepté mercredi 4 mars par les systèmes de défense de l'Otan déployés en Méditerranée orientale, a déclaré le ministère turc de la Défense. "Un missile balistique tiré depuis l'Iran, qui avait traversé les espaces aériens de l'Irak et de la Syrie avant d'être détecté comme se dirigeant vers l'espace aérien turc, a été intercepté et neutralisé par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan stationnés en Méditerranée orientale [...] Aucun mort ni blessé n’a été signalé lors de cet incident", a indiqué le ministère turc de la Défense dans un communiqué publié sur X.

Statement Regarding the Neutralized Ballistic Munition#MillîSavunmaBakanlığı pic.twitter.com/wFjZuoAgPI

— T.C. Millî Savunma Bakanlığı (@tcsavunma) March 4, 2026

Un débris issu de la munition d'interception est toutefois retombé dans le district de Dörtyol, province de Hatay, dans le sud-est de la Turquie, une zone proche de la frontière syrienne.

"Toute action hostile recevra la réponse appropriée"

"Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a ajouté le ministère. L'ambassadeur iranien à Ankara sera convoqué au ministère des Affaires étrangères, a indiqué une source diplomatique turque.

Burhanettin Duran, directeur des communications de la présidence turque, a renchéri sur la plateforme : "Toute action hostile recevra la réponse appropriée dans le cadre du droit international. La consultation et la coopération avec l'Otan et nos alliés se poursuivront tout au long de ce processus." Il a également exhorté toutes les parties à "s'abstenir de toute action susceptible d'exacerber les tensions" régionales.

Par la voix de sa porte-parole Allison Hart, l’Alliance atlantique a "condamné le ciblage" de la Turquie par l'Iran. "L'Otan se tient fermement aux côtés de tous les alliés, y compris la Turquie, au moment où l’Iran poursuit ses attaques indiscriminées dans toute la région", a-t-elle déclaré.

© via REUTERS

Un missile est lancé lors d'un exercice dans le sud de l'Iran, comme le montre cette image diffusée le 17 février 2026.
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Iran : comment les tentatives d'assassinat contre Donald Trump ont influencé sa décision d'attaquer Téhéran

La justification de la guerre menée par Washington en Iran, aux côtés d'Israël, semble encore floue cinq jours après le début des frappes dans la région. Dans une tentative d'explication, Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, avait expliqué lundi devant les journalistes que les frappes avaient débuté samedi face à "une menace imminente" d'une attaque de l'Iran sur Israël, instillant l'idée que Tel-Aviv aurait poussé Washington à agir.

Mais le président américain ne semble pas tout à fait en accord avec cette justification, suggérant même l'inverse. Mardi, Donald Trump a ainsi déclaré que ces frappes étaient prévues de longue date et que c'est probablement lui qui "leur a forcé la main [à Israël, NDLR]", et non l'inverse. Et d'ajouter : "Si nous n'avions pas frappé, ils auraient attaqué en premier. J'en étais convaincu. Cela devait être fait", a-t-il dit.

Une dimension personnelle

A ce jour, Donald Trump n'a toujours pas fourni de preuves expliquant pourquoi son administration pensait que l'Iran constituait une menace imminente pour les Etats-Unis. Toutefois, le président américain aurait reconnu dimanche auprès de journalistes, et notamment du correspondant à Washington de la chaîne ABC News, Jonathan Karl, que ces frappes en Iran avait une dimension personnelle pour lui. Selon le journaliste, le président a rapporté le fait que les efforts de l'Iran pour l'assassiner en 2024, lors de la campagne présidentielle, ont pu faire partie des facteurs dans la décision de lancer l'opération conjointe américano-israélienne qui a tué l'ayatollah Ali Khamenei.

"Je l'ai eu avant qu'il ne m'ait eu", aurait déclaré Donald Trump dans son échange avec ABC News. "Je l'ai eu en premier", rapporte le journaliste citant directement le président américain.

"Ils ont essayé deux fois"

En 2024, quand Joe Biden était encore président et candidat à la Maison-Blanche, les services secrets américains avaient alors indiqué que l'Iran avait un plan pour assassiner le candidat républicain Donald Trump, pour venger l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani dans une frappe de Washington en Irak en janvier 2020, lors du premier mandat du milliardaire. En novembre 2024, les autorités judiciaires américaines avaient ainsi annoncé l’inculpation d’un "agent de l’Iran" accusé d’avoir reçu l’ordre de Téhéran d’organiser des projets d’assassinat aux Etats-Unis visant notamment Donald Trump. Les deux tentatives d'assassinat, l'une lors d'un meeting en Pennsylvanie l'autre à sa résidence de Mar-a-lago en Floride, auxquelles le candidat Trump a échappé n'ont toutefois pas de lien avec ces menaces. Donald Trump a, lui, suggéré qu'il voyait un lien, en déclarant auprès d'ABC : "Ils ont essayé deux fois."

"Il y a un million de raisons d'éliminer des terroristes comme l'ayatollah Khamenei", a déclaré un haut responsable de l'administration, s'exprimant sous couvert d'anonymat auprès du Washington Post. "Ses complots pour assassiner le président Trump ne sont qu'une raison". L'ambassadeur de Donald Trump auprès des Nations unies, Mike Waltz, a lui même cité cet argument parmi d'autres, dès samedi, pour justifier l'attaque américaine sur Téhéran. L'Iran "est responsable d'une série d'attaques armées non provoquées contre les Etats-Unis et Israël, de violations de la Charte des Nations unies et de menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité internationales au Moyen-Orient", a-t-il déclaré lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. "Il a même tenté d'assassiner le président américain, le président Trump".

Si les raisons de l'entrée en guerre des Etats-Unis contre l'Iran restent floues, Donald Trump a toutefois énuméré lundi ses quatre objectifs : détruire les missiles de Téhéran, sa marine, réduire à néant ses ambitions nucléaires et la capacité de soutenir le terrorisme, notamment au Liban avec le Hezbollah. Il a aussi précisé que les frappes américaines devraient durer entre quatre et cinq semaines.

© REUTERS/Elizabeth Frantz

Le président américain Donald Trump s'adresse aux familles de militaires lors d'une visite à Fort Bragg, en Caroline du Nord, le 13 février 2026.
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Guerre en Iran : Donald Trump menace l'Espagne, Pedro Sanchez refuse de "jouer à la roulette russe"

Le torchon brûle entre Washington et Madrid. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a réaffirmé, ce mercredi 4 mars, son opposition à l'attaque menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, suite aux menaces de Donald Trump de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne en raison de sa position sur le conflit au Moyen-Orient.

"C’est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l’humanité… On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes", a déclaré ce matin Pedro Sanchez lors d'une allocution télévisée à la nation.

Les tensions entre les deux alliés de l'Otan se sont intensifiées après que Pedro Sanchez a dénoncé les bombardements américains et israéliens en Iran, une position peu commune parmi les pays européens. Madrid est allé plus loin en interdisant aux avions américains d'utiliser les bases navales et aériennes du sud de l'Espagne pour l'offensive contre Téhéran. Un crime de lèse-majesté pour Washington, qui a été obligé de déplacer 15 appareils, dont des ravitailleurs, qui se trouvaient sur ces sites militaires.

"Nous ne voulons rien avoir à faire avec l'Espagne"

"L'Espagne est épouvantable", a lâché mardi Donald Trump dans le bureau Ovale avant de s'entretenir avec le chancelier allemand Friedrich Merz, en visite à la Maison-Blanche. "Nous allons stopper tous les échanges commerciaux avec l'Espagne. Nous ne voulons rien avoir à faire avec l'Espagne", a-t-il dit. "J'ai le droit de stopper tout cela. Des embargos - je fais ce que je veux, et on pourrait le faire contre l'Espagne".

Du côté de Madrid, pas question de céder aux menaces américaines. "La position du gouvernement espagnol peut se résumer en quatre mots : 'Non à la guerre'", a déclaré Pedro Sanchez, ajoutant que cette position n’était "pas hypocrite mais cohérente". "Nous n'allons pas nous rendre complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde et qui est contraire à nos valeurs et à nos intérêts simplement pour éviter des représailles de la part de quelqu'un", a déclaré le Premier ministre espagnol, faisant référence aux menaces commerciales de la Maison-Blanche.

L'Espagne peu dépendante des Etats-Unis

L'Espagne doit-elle vraiment craindre ces sanctions commerciales ? Réagissant aux commentaires de Donald Trump, le gouvernement espagnol a déclaré dès mardi soir dans un communiqué que les Etats-Unis devaient "garder à l'esprit l'autonomie des entreprises privées, le droit international et les accords commerciaux entre les Etats-Unis et l'Union européenne". Madrid a ajouté avoir "les ressources nécessaires pour contenir les potentielles répercussions d'un embargo commercial" imposé par les Etats-Unis et "pour soutenir les secteurs affectés."

Principal exportateur mondial d'huile d'olive, l'Espagne vend également de l'acier, des pièces automobiles détachées et des produits chimiques aux Etats-Unis. Mais elle est moins vulnérable que d'autres pays européens aux menaces de sanctions économiques émanant de l'administration Trump. En 2025, les Etats-Unis ont enregistré pour la quatrième année consécutive un excédent commercial avec l'Espagne, à hauteur de 4,8 milliards de dollars, selon des données gouvernementales américaines.

© MaxPPP

Donald Trump et Pedro Sanchez, lors d'un sommet de l'Otan, à Bruxelles, le 11 juillet 2018.
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Guerre en Iran : le régime des mollahs frappe la CIA à Ryad

Parmi les frappes de drones lancées par l'Iran dans la région après l'attaque coordonnée des Etats-Unis et Israël samedi 28 février, l'une d'elles a atterri sur l'ambassade des Etats-Unis à Ryad en Arabie saoudite. Et selon le journal The Washington Post, une antenne de la CIA aurait alors été touchée. Si l'information venait à être confirmée officiellement cela "représenterait une victoire symbolique pour le régime des mollahs", écrit le quotidien, qui cherche à frapper les représentations américaines dans la région, au Qatar, en Arabie saoudite ainsi qu'aux Emirats arabes unis.

Dégâts matériels

Selon les informations du journal, deux drones se sont abattus sur le bâtiment, et plus précisément sur l'aile qui abrite la CIA. Si aucune victime n'est à déplorer, l'explosion a toutefois engendré de gros dégâts matériels, provoquant l'effondrement d'une partie du toit et un incendie. Une alerte interne du Département d'État obtenue par le Washington Post a ainsi déclaré que l'attaque du drone a "effondré" une partie du toit de l'ambassade et "contaminé" l'intérieur avec de la fumée. L'avis a déclaré que l'ambassade a subi des "dommages structurels" et que le personnel "continue de s'abriter sur place".

Néanmoins, l'étendue des dommages causés à l'agence, qui se trouvait au dernier étage de l'ambassade et est l'une des plus importantes de la région, n'est pas claire, poursuit le quotidien.

"Être pris pour cible fait partie du job"

Selon des sources proches de la CIA ou membres de la CIA elles-mêmes, la perte de cette station à Ryad n'est qu'une perturbation et cela n'affectera pas sa mission dans le pays car il existe des "solutions de contournement". "Être pris pour cible, ça fait partie du job", a déclaré un ancien officier qui a servi au Moyen-Orient. Et de poursuivre en déclarant que "la relation de liaison avec les autorités locales est si forte que je pense que les Saoudiens vont déployer le tapis rouge" pour accueillir le personnel de l'agence d'espionnage. Un autre ancien agent officier de la CIA a par ailleurs rapporté, toujours sous le couvert de l'anonymat, que "l'agence a déjà eu beaucoup d'expérience dans ce domaine au fil des ans... donc avoir une frappe de drone qui détruit le bureau est beaucoup moins perturbant que d'avoir une prise de contrôle d'une ambassade", comme cela s'est produit à Téhéran en 1979.

Depuis que les Etats-Unis et Israël ont mené des frappes contre l'Iran samedi, près de 1 250 missiles iraniens et des drones d'attaque auraient frappé le Koweït, le Qatar, Israël, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite, visant des bases américaines mais aussi des cibles civiles. Mardi soir, le Pentagone a d'ailleurs publié les noms de quatre soldats américains tués dans une attaque de drone au Koweït dimanche. En outre, le Pentagone a annoncé ce mercredi que près de 2 000 frappes avaient été effectuées par les Américains en Iran, ajoutant que 17 navires iraniens, dont un sous-marin, ont été détruits. Selon le même communiqué, l'armée a par ailleurs assuré que les frappes des premières 24 heures étaient "deux fois" plus importantes que celles menées au début de l'invasion de l'Irak en 2003.

© REUTERS/Dado Ruvic/Illustration

Le logo de la CIA (Agence centrale de renseignement) et le drapeau américain apparaissent sur cette illustration prise le 6 mai 2025.
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Guerre en Iran : Emmanuel Macron affirme avoir demandé à Benyamin Netanyahou "de s’abstenir d’une offensive terrestre" au Liban

Israël et les Etats-Unis poursuivent, ce mercredi 4 mars, leurs bombardements incessants sur l'Iran pour une cinquième journée, visant notamment les sites de tirs de missiles, les défenses antiaériennes et les centres de commandement du régime des mollahs. Le conflit s'est aussi étendu au Liban, où Israël laisse planer la menace d'une intervention terrestre après des tirs du Hezbollah sur son territoire.

Malgré le ciblage méthodique des dirigeants iraniens, dont le Guide suprême Ali Khamenei tué dès samedi, l'Iran continue pour sa part de riposter en tentant de frapper Israël mais aussi des pays du Golfe accueillant des forces occidentales.

Les infos à retenir

⇒ La Maison-Blanche dit avoir vu des informations "sur une possible succession de Mojtaba Khamenei"

⇒ Un missile tiré d'Iran qui visait la Turquie détruit par l’Otan

⇒ Emmanuel Macron appelle à ce que le Hezbollah libanais et Israël "reviennent à l'accord de cessez-le-feu"

20h23

Emmanuel Macron appelle à ce que le Hezbollah libanais et Israël "reviennent à l'accord de cessez-le-feu"

Le président français Emmanuel Macron a déclaré mercredi avoir parlé avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre libanais Nawaf Salam et avoir discuté de la situation au Liban, les exhortant à la désescalade.

Dans un message publié sur la plateforme de médias sociaux X, Emmanuel Macron a déclaré que la stratégie d'escalade du Hezbollah constituait une grave erreur qui mettait en danger toute la région. "J'ai réaffirmé la nécessité que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël et au-delà. Cette stratégie d'escalade constitue une faute majeure qui met en péril l'ensemble de la région.De même, j'ai appelé le Premier ministre israélien à préserver l’intégrité territoriale du Liban et à s’abstenir d’une offensive terrestre. Il est important que les parties reviennent à l’accord de cessez-le-feu", a-t-il indiqué.

Je me suis entretenu ce jour avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ainsi qu'avec le Président de la République libanaise Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, pour évoquer la situation au Liban, qui est très préoccupante.

J'ai réaffirmé la nécessité…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 4, 2026

19h42

Les Américains sont favorables à des frappes contre l'Iran, selon la Maison-Blanche

Le président américain Donald Trump estime que les Américains soutiennent les frappes militaires américaines contre l'Iran, a déclaré mercredi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.

"Le président est suffisamment intelligent pour ne pas se laisser tromper par les nombreux titres mensongers publiés par certaines personnes ici présentes, qui prétendent que son action était injustifiable", a déclaré Leavitt lors d'une conférence de presse. "Il s'agit d'un régime terroriste voyou qui menace les États-Unis, nos alliés et notre peuple depuis 47 ans, et les Américains sont suffisamment lucides pour le savoir."

19h30

La Maison-Blanche dit avoir vu des informations sur une possible succession de Mojtaba Khamenei

Les États-Unis ont pris connaissance d'informations selon lesquelles Mojtaba Khamenei, le fils du Guide suprême iranien assassiné, serait en tête de liste pour lui succéder, et les agences de renseignement américaines surveillent de près la situation, a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, lors d'un point de presse mercredi.

17h55

"Le gouvernement iranien justifie la nécessité de sa chute", dit Kaja Kallas

Par ses actions, en attaquant de manière indiscriminée ses voisins, le gouvernement iranien justifie la nécessité de sa chute, dit la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, lors d'une visite à Varsovie. "La stratégie de l'Iran est de semer le chaos et de mettre la région en feu", dit-elle devant les journalistes.

17h30

L'"agression" israélo-américaine n'a laissé d'autre choix à Téhéran que de se défendre, déclare Masoud Pezeshkian

"Dirigeants respectés de nos pays amis et voisins, nous avons tenté d'éviter la guerre avec votre aide et par la voie diplomatique, mais l'attaque militaire américano-sioniste ne nous a laissé d'autre choix que de nous défendre", a déclaré sur X le président de l'Iran, Masoud Pezeshkian. "Nous respectons votre souveraineté et restons convaincus que la paix régionale doit être garantie par les pays de la région", a-t-il ajouté.

روسای محترم کشورهای دوست و همسایه ما کوشیدیم با کمک شما و از طریق دیپلماسی از جنگ اجتناب کنیم اما حمله نظامی آمریکایی صهیونی هیچ راه دیگری جز دفاع از خود برای ما باقی نگذاشت ما به حاکمیت شما احترام می‌گذاریم و هنوز هم معتقدیم آرامش منطقه باید به دست کشورهای منطقه تامین شود https://t.co/6s6dYepSmv

— Masoud Pezeshkian (@drpezeshkian) March 4, 2026

17h17

L'Iran a tort d'étendre la guerre à des pays qui ne l'ont pas attaqué, déclare la Pologne

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a déclaré mercredi que l'Iran commettait des erreurs en étendant la guerre à des pays qui ne l'avaient pas attaqué, après que la Turquie a affirmé que les défenses aériennes de l'Otan avaient détruit un missile iranien qui se dirigeait vers l'espace aérien turc.

"L’Iran étend la guerre à des pays qui ne l’ont pas attaqué, à un pays de l’Otan et à un pays de l’UE. Comme le dit l’adage, c’est pire qu’un crime, c’est une erreur", a déclaré Sikorski après une réunion du Conseil des États de la mer Baltique.

16h10

Missile iranien tiré vers la Turquie : l'ambassadeur d'Iran à Ankara convoqué

La Turquie a convoqué mercredi l'ambassadeur iranien à Ankara à son ministère des Affaires étrangères pour lui faire part de sa protestation et de ses inquiétudes concernant un missile balistique tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers son espace aérien, a déclaré une source diplomatique turque.

15h13

L'UE s'inquiète de la flambée des prix de l'énergie provoquée par l'Iran

L'Union européenne a mis en garde ses États membres contre la flambée des prix du gaz provoquée par la crise iranienne, mais n'a constaté aucune menace immédiate sur les approvisionnements et n'a pas prévu de réponse d'urgence, ont déclaré des responsables à Reuters. Les marchés mondiaux du pétrole et du gaz ont été secoués par la guerre américano-israélienne contre l'Iran et par les attaques iraniennes au Moyen-Orient, interrompant la production de GNL qatari et les expéditions d'énergie via le détroit d'Ormuz.

Le prix de référence du gaz en Europe, le contrat néerlandais à terme du mois suivant sur le hub TTF TFMBMc1, a légèrement baissé mercredi, après avoir atteint des sommets en trois ans lors des échanges de mardi - culminant à 65,79 euros/MWh, soit plus du double des prix de la semaine dernière. La Commission européenne a fait part à ses membres, lors de visioconférences, de son inquiétude face à la flambée des prix du pétrole et du gaz, mais a affirmé qu'il n'y avait pas de risque immédiat pour les approvisionnements de l'UE, selon quatre responsables au fait des discussions.

La Commission a indiqué que, pour l'instant, l'UE ne prévoyait pas de mesures d'urgence en réponse.

15h10

Les États-Unis éliminent le chef iranien du complot visant à assassiner Trump

L'armée américaine a déclaré avoir tué un responsable iranien qui dirigeait une unité à l'origine d'un prétendu complot d'assassinat contre le président Donald Trump, mais que la cible n'était pas l'objectif initial de la guerre. "Le chef de l'unité qui a tenté d'assassiner le président Trump a été traqué et tué. L'Iran a essayé de tuer le président Trump, et c'est le président Trump qui a eu le dernier mot", a déclaré le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, lors d'un point de presse.

"Bien que cela n'ait absolument pas été l'objectif principal de cette opération – en fait, ni le président ni personne d'autre n'en ait jamais parlé –, je me suis assuré, et d'autres se sont assurés, que les responsables de cela figurent finalement sur la liste des personnes visées", a déclaré Hegseth aux journalistes. Pete Hegseth n'a pas nommé la personne, mais a indiqué que l'opération avait eu lieu hier.

13h55

L'armée américaine a frappé un navire militaire iranien au large du Sri Lanka

L'armée américaine a mené une frappe contre un bâtiment de guerre iranien au large des côtes du Sri Lanka, ont déclaré ce mercredi à Reuters trois responsables américains.

L'un des responsables, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat, a précisé que l'attaque avait été menée par un sous-marin américain.

13h40

Israël ordonne l'évacuation d'une vaste zone du sud du Liban

Israël a ordonné ce mercredi l'évacuation d'une partie du sud du Liban, y compris la ville de Tyr, demandant aux habitants de se déplacer au nord du fleuve Litani, au troisième jour d'hostilités avec le Hezbollah, le groupe libanais soutenu par l'Iran.

Alors qu'Israël avait déjà averti les habitants de dizaines de villages du sud de quitter le pays, l'ordre d'évacuation de mercredi est plus large, couvrant une zone située entre la frontière et le fleuve Litani, qui se jette dans la Méditerranée à environ 10 kilomètres au nord de Tyr, une ville portuaire historique et l'une des plus grandes du Liban.

Le Liban est devenu un théâtre d'opérations majeur dans la guerre qui ravage la région depuis l'attaque menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran. Lundi, le Hezbollah a lancé des drones et des roquettes sur l'Etat hébreu, provoquant une riposte israélienne qui a fait des dizaines de morts. Plusieurs milliers de Libanais ont déjà fui leurs foyers. Le porte-parole de Tsahal Effie Defrin a déclaré que l'armée israélienne avait attaqué plus de 250 cibles du Hezbollah au Liban en l'espace de 48 heures.

12h50

La Turquie affirme que les défenses de l'Otan ont détruit un missile tiré d'Iran

Les systèmes de défense antiaérien et antimissile de l'Otan stationnés en Méditerranée orientale ont détruit un missile balistique tiré d'Iran alors qu'il pénétrait dans l'espace aérien turc après avoir survolé la Syrie et l'Irak, a déclaré mercredi le ministère turc de la Défense.

C'est la première fois que la Turquie, membre de l'Otan et voisine de l'Iran, est impliquée dans le conflit grandissant entre Téhéran et les États-Unis et Israël, qui touche désormais plusieurs pays de la région.

"Nous mettons en garde toutes les parties contre toute action susceptible d'aggraver le conflit dans la région. Dans ce contexte, nous poursuivrons nos consultations avec l'Otan et nos autres alliés", a déclaré le ministère, précisant qu'il n'y avait ni morts ni blessés. "Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec résolution et sans hésitation. Nous rappelons à toutes les parties que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a-t-il ajouté.

Ankara a déclaré que des débris du missile de défense antiaérien qui a intercepté le missile balistique sont tombés dans le district de Dortyol, dans la province de Hatay, au sud-est de la Turquie.

12h20

L'hommage national pour Ali Khamenei prévu ce mercredi soir à Téhéran est "reporté"

"La cérémonie d’adieu à la mosquée de Téhéran a été reportée et un nouveau programme sera communiqué ultérieurement", a annoncé ce matin l’agence de presse d'Etat Tasnim.

11h55

Emmanuel Macron convoque un nouveau Conseil de défense et de sécurité

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé ce matin lors du compte rendu du Conseil des ministres qu'Emmanuel Macron avait convoqué pour ce mercredi soir un nouveau Conseil de défense et de sécurité à l'Elysée.

EN DIRECT | Compte rendu du Conseil des ministres du 4 mars 2026. https://t.co/VFgk5U9znB

— Élysée (@Elysee) March 4, 2026

11h00

L'Iran sur le point de choisir un nouveau Guide suprême ?

L'Iran est sur le point de choisir un nouveau Guide suprême pour remplacer l'ayatollah Ali Khamenei, a déclaré ce mercredi à la télévision d'État un membre de l'Assemblée des experts iraniens, chargée de choisir le nouveau dirigeant.

"Le Guide suprême sera identifié dès que possible, nous sommes proches d'une conclusion, cependant le pays est en situation de guerre", a déclaré l'ayatollah Ahmad Khatami à la télévision d'État.

10h40

Au moins 101 personnes sont portées disparues après une attaque de sous-marin contre un navire iranien au large du Sri Lanka

Au moins 101 personnes sont portées disparues et 78 blessées après une attaque de sous-marin contre un navire iranien au large des côtes du Sri Lanka, ont indiqué mercredi à Reuters des sources au sein de la marine et du ministère de la Défense sri-lankais.

10h10

Un F-35 israélien a abattu un avion de chasse iranien au-dessus de Téhéran

"Un avion impressionnant (F-35I) de l’armée de l’air israélienne a abattu il y a peu un avion de chasse iranien (YAK-130) au-dessus du ciel de Téhéran", a annoncé Tsahal dans un communiqué publié sur Telegram. "C’est la première interception au monde d’un avion de chasse piloté par un F-35", se félicite le porte-parole de l'armée israélienne cité dans le communiqué.

09h30

Pedro Sanchez répond à Donald Trump : "On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes"

L'Espagne est opposée au "désastre" de la guerre en cours au Moyen-Orient, a déclaré ce mercredi le Premier ministre Pedro Sanchez, suite aux menaces du président Donald Trump de couper les échanges commerciaux avec Madrid en raison de sa position sur le conflit.

"C’est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l’humanité… On ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes", a déclaré le chef du gouvernement dans une allocution télévisée à la nation. Les tensions entre les deux alliés de l'Otan se sont accrues après que Pedro Sanchez a dénoncé les bombardements américains et israéliens sur l'Iran, et a par la suite interdit aux avions américains d'utiliser les bases navales et aériennes du sud de l'Espagne pour l'offensive contre Téhéran.

08h50

La France prévoit des vols de rapatriement ce mercredi

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré ce matin que plusieurs vols de rapatriement pour les ressortissants français au Moyen-Orient étaient prévus aujourd'hui.

"L’un partira des Émirats arabes unis, un autre d’Égypte… et un autre d’Israël", a déclaré le ministre sur France 2. Jean-Noël Barrot n'a pas précisé le nombre de passagers à bord de ces vols. Environ 400 000 ressortissants français se trouvent actuellement dans la région.

08h40

Israël prévient que tout successeur à Ali Khamenei est destiné à être "éliminé"

Dans un message posté sur X, le ministre de la Défense israélien Israël Katz prévient Téhéran que, "peu importe son nom ou son lieu de refuge", tout futur dirigeant iranien sera une "cible à éliminer".

"Tout dirigeant nommé par le régime terroriste iranien pour poursuivre le plan visant à détruire Israël, à menacer les États-Unis, le monde libre et les pays de la région, et à opprimer le peuple iranien, sera sans aucun doute une cible à éliminer", a annoncé le ministre.

כל מנהיג שימונה ע"י משטר הטרור האיראני כדי להמשיך ולהוביל את התוכנית להשמדת ישראל, לאיים על ארה"ב והעולם החופשי ומדינות האזור, ולדכא את העם האירני - יהיה יעד חד משמעי לחיסול.

לא חשוב מה שמו והמקום בו יסתתר.

רה"מ ואני הנחינו את צה"ל להיערך ולפעול בכל האמצעים למימוש המשימה כחלק…

— ישראל כ”ץ Israel Katz (@Israel_katz) March 4, 2026

08h15

Le Sri Lanka a secouru 30 personnes à bord d'un navire iranien en détresse

L'armée sri-lankaise a secouru ce mercredi au moins 30 personnes à bord d'un navire iranien qui coulait près des eaux sri-lankaises, a déclaré le ministre des Affaires étrangères du pays au Parlement.

La marine sri-lankaise a dépêché une mission de sauvetage après un appel de détresse provenant d'un navire iranien, a déclaré un porte-parole du ministère de la Défense. Les médias locaux ont rapporté que le navire avait lancé un signal de détresse au large de Galle, dans le sud du pays, et que les blessés avaient été admis dans un hôpital de Galle.

07h30

Les Iraniens rendront un dernier hommage au Guide suprême Khamenei ce mercredi

Les Iraniens doivent faire leurs adieux au Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une cérémonie qui se tiendra ce mercredi à 22 heures (heure locale) sur le terrain de prière Imam Khomeini de Téhéran, ont rapporté les médias d'État. La cérémonie durera trois jours, a-t-on indiqué.

07h00

Liban : au moins quatre morts dans une frappe israélienne au Liban

Au moins quatre personnes ont été tuées et six autres blessées dans une frappe israélienne contre un immeuble résidentiel de la ville de Baalbek, dans l'est du Liban, a rapporté mercredi l'agence de presse libanaise NNA. Le Liban est depuis le début de la semaine une nouvelle cible de la campagne militaire israélienne, le Hezbollah ayant ouvert le feu avec des drones et des missiles après l'attaque américano-israélienne menée samedi contre l'Iran.

L'armée israélienne a déclaré mardi avoir déployé des forces supplémentaires dans le sud du Liban pendant la nuit, afin de prendre des positions défensives pour se prémunir contre toute attaque potentielle du Hezbollah. L'armée israélienne a ainsi émis mercredi des ordres d'évacuation dans 16 villages libanais. De son côté, le Hezbollah a déclaré mercredi que ses combattants avaient lancé une salve de roquettes sur les forces israéliennes en représailles aux frappes ayant visé des dizaines de villes au Liban.

06h30

Israël annonce avoir mené de nouvelles frappes sur "des dizaines" de cibles à Téhéran

Tôt ce mercredi, l'armée israélienne a annoncé avoir mené de nouvelles frappes, sur "des dizaines" de cibles à Téhéran. Tsahal a dit avoir visé "des sites de lancement, des systèmes de défense antiaérien et d’autres infrastructures". Elle avait annoncé plus tôt avoir visé un centre militaire souterrain secret dans la région de Téhéran, détruisant "un élément clé de la capacité du régime iranien à développer des armes atomiques ".

06h15

2 000 frappes effectuées par les Etats-Unis en Iran

Dans la nuit de mardi à mercredi, de nouveaux bombardements ont visé l'Iran, en provenance d'Israël et des Etats-Unis. Au total, près de 2 000 frappes ont été effectuées par les Américains en Iran, a indiqué mardi le Pentagone, ajoutant que 17 navires iraniens, dont un sous-marin, ont été détruits. Selon le même communiqué, l'armée a par ailleurs assuré que les frappes des premières 24 heures étaient "deux fois" plus importantes que celles menées au début de l'invasion de l'Irak en 2003. En outre, l'assaut américain contre l'Iran était en avance sur le calendrier, a déclaré le haut commandant américain pour le Moyen-Orient.

06h00

Le ministère de la Défense saoudien a annoncé l’interception de deux missiles et de neuf drones

Le ministère de la Défense d'Arabie saoudite a déclaré mercredi qu'il avait intercepté et détruit neuf drones et deux missiles, notamment dans la province orientale du pays. Le ministère n'a pas immédiatement fourni plus de détails sur l'origine du drone ou si l'incident a causé des dommages ou des victimes.

© via REUTERS

Emmanuel Macron lors de son discours sur la dissuasion nucléaire à l'ïle Longue, le 2 mars 2026.
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Iran, Venezuela, Syrie... Vladimir Poutine, le pire allié du monde

Avant de rendre son dernier souffle, Ali Khamenei a peut-être eu une pensée pour son ami Vladimir Poutine. Drôle d’ami, qui n’aura pas bougé un petit doigt pour le sauver. Tout juste a-t-il présenté ses "plus sincères condoléances", déplorant "une violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international". C’est sûr, le président russe en connaît un rayon sur ces questions.

Depuis une décennie, l’aspirant tsar et l’ayatollah affichaient leur proximité, unis dans leur haine de "l’Occident collectif" et leur croisade contre les sanctions. En janvier 2025, les deux pays avaient conclu un nouveau partenariat stratégique, signé à Moscou sous les dorures du Kremlin. Trois ans plus tôt, la République islamique volait au secours de Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine. D'abord en conseillant le Kremlin pour s’adapter – et contourner – les sanctions occidentales. Ensuite, en lui fournissant une précieuse aide militaire.

Dès 2022, l’Iran livre à l’armée russe des drones Shahed par milliers. Des aéronefs bon marché, capables de voler jusqu’à 2 500 kilomètres. Redoutables pour cibler les infrastructures et les civils ukrainiens. Conquis par cette technologie, le gouvernement russe signe en 2023 un accord de 1,75 milliard de dollars autorisant la Russie à les importer, mais aussi à développer les capacités pour les produire localement. Trois ans plus tard, elle maîtrise jusqu’à 90 % de leur fabrication.

Clause d'assistance mutuelle

Ainsi Vladimir Poutine dispose-t-il de ses "alliés", exactement comme de ses soldats envoyés au hachoir à viande en Ukraine : des consommables. Après la Syrie et le Venezuela, l’Iran en fait les frais, pour la seconde fois en quelques mois. En juin 2025, au lendemain des frappes aériennes américaines et israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes, la Russie s’était contentée de dénoncer un acte d’"agression non provoquée" sans "fondement ni justification"… mais sans apporter la moindre aide militaire. La Russie n’en a, semble-t-il, ni les moyens ni la volonté. "Moscou a besoin de ses systèmes de défense antiaérienne S-400 pour sa guerre contre l’Ukraine, précise la chercheuse Nicole Grajewski, associée au Centre de recherches internationales de Sciences Po. Si la situation venait à empirer, les Iraniens pourraient se tourner vers les Russes, pour récupérer par exemple certains des missiles balistiques à courte portée qu’ils ont livrés à la Russie et qui n'ont pas été utilisés. Reste à savoir la réponse qu’ils auront."

Rien n’oblige Moscou à épauler son "camarade". Le partenariat stratégique conclu en décembre ne comprend aucune clause d’assistance mutuelle. Et l’accord secret de 500 millions d’euros que Téhéran aurait signé dans la foulée avec Moscou pour acquérir des milliers de missiles portables MANPADS à partir de 2027 n’y change rien.

L’Iran n’est pas le premier pays à éprouver les limites de l’amitié russe, notait dès juillet 2025 la chercheuse Elena Davlikanova dans une note pour l’Atlantic Council. "Il suffit de demander à l’Arménie, qui a été laissée sans le soutien du Kremlin ces dernières années face à l’escalade des hostilités avec l’Azerbaïdjan. En tant que membre fondateur de l’Organisation du traité de sécurité collective, dirigée par la Russie, et allié de longue date de Moscou, l’Arménie comptait sur l’appui russe, mais n’a rien reçu. Une situation similaire s’est produite en Syrie à la fin de l’année dernière, lorsque le régime d’Assad, soutenu par le Kremlin, s’est effondré en l’espace de quelques jours. Une fois encore, la Russie a refusé de s’impliquer directement et a choisi de ne pas fournir à son allié le soutien militaire dont il avait désespérément besoin. Au lieu de cela, la principale contribution de Moscou a été d’offrir l’asile au dirigeant syrien déchu."

Les vrais-faux amis de Moscou

Quant à ceux qui ont eu "droit" au déploiement militaire russe, ils ne s’en portent guère mieux, bien au contraire. En témoigne l’état des pays sahéliens qui ont contracté avec le groupe paramilitaire Wagner, devenu Africa Corps, officiellement pour combattre les groupes djihadistes sur leur territoire. Au Mali, le bilan est catastrophique. "Les forces du groupe Wagner ont été incapables de prendre le contrôle des zones du nord et du centre du pays, où des groupes terroristes et séparatistes armés contestent l’autorité de l’État malien, rapporte une étude de l’ONG américaine The Sentry publiée en août dernier. Les attaques contre les civils et les décès parmi ces derniers ont considérablement augmenté depuis l’arrivée du groupe Wagner au Mali, ce qui, à son tour, a gravement compromis les relations entre l’armée et le public maliens." Le tout pour une facture exorbitante. Le "partenariat" sécuritaire avec la Russie aurait coûté la bagatelle de 900 millions de dollars à Bamako en quatre ans, selon une récente enquête de Jeune Afrique.

Ni le Mali, ni le Niger ni le Burkina Faso, tous les trois dirigés par des juntes prorusses, ne semblent prêts à sacrifier ce partenariat, si boiteux soit-il. Tant que ce dernier leur garantit la pérennité de leur régime. "Quand le régime iranien a été ébranlé au début de l’année par des manifestations de masse, les Russes l’ont aidé à censurer Internet et à brouiller Starlink, rappelle Nicole Grajewski. Les relations entre la Russie et l'Iran restent guidées par leur désir commun d’assurer à tout prix la survie de leur régime." Vladimir Poutine n’a peut-être pas dit son dernier mot, d’autant qu’il a investi en Iran pour exploiter pétrole et gaz et construire quatre réacteurs nucléaires, et qu’il compte sur ce pays pour construire son corridor nord sud, cette route ferroviaire et navale censée relier la Russie et l’Inde via l’Iran. "Les prochaines initiatives du Kremlin seront vraisemblablement calibrées pour préserver sa crédibilité en tant que partenaire contre-occidental, tout en évitant d'être entraîné dans un second conflit de haute intensité", présage dans une note, parue le 2 mars, Grégoire Roos, directeur des programmes Europe, Russie et Eurasie à la Chatham House.

Pour l’heure, le Kremlin profite des avantages que lui offre cette guerre. Non seulement l’attention mondiale est détournée du front ukrainien, mais des moyens militaires destinés à Kiev pourraient être détournés vers le Moyen-Orient. Surtout, le cours du pétrole s’envole : le baril pour le Brent de mer du Nord atteint lundi 2 mars au matin un peu plus de 80 dollars, en hausse de 13 %. Une excellente nouvelle pour les caisses de l’État russe. L’an dernier, les recettes pétrolières et gazières de la Russie ont reculé de près de 25 %.

© REUTERS

Vladimir Poutine, le 26 février 2026 à Moscou.
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Donald Trump face à l’Iran : le bras de fer qui peut bouleverser l’ordre mondial

Trente-six ans d’un règne sanguinaire pulvérisé en seulement deux heures. A 6 heures du matin, ce samedi 28 février, au moment où les chasseurs de l’Israeli Air Force décollent de leur base, Ali Khamenei ne sait pas encore qu’il vit ses ultimes moments à la tête de l’Iran. Les services de renseignement de la CIA et du Mossad, qui traquaient depuis des mois ses moindres faits et gestes, ont obtenu l’information d’une imprudente réunion secrète en présence du Guide suprême.

Les deux plus grandes agences de renseignements au monde vont offrir sur un plateau l’ennemi numéro 1 d’Israël. A 9 h 40, à Téhéran, les missiles à longue portée claquent en plein cœur du quartier Pasteur, tuant l’ayatollah et plusieurs hauts membres de l’État-major iranien. "Pour Netanyahou, le Premier ministre israélien, le rêve est brusquement devenu réalité", estime Danny Citrinowicz, chercheur à l’Institut for national security studies, à Tel-Aviv.

Des scènes de liesse

Dans les premières heures, alors même que la mort du Guide suprême n’est pas encore officialisée par l’Iran, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre dans tout le pays. Sur les réseaux sociaux fleurissent des scènes de liesse qui contrastent avec le fracas des bombes - le Pentagone a pilonné plus de 1 250 cibles dans les premières quarante-huit heures du conflit. Pour cela, l’armée américaine a déployé deux groupes aéronavals, équipés de chasseurs de dernière génération. Une "invincible armada", sans équivalent depuis la guerre en Irak en 2003. Historiques par leur ampleur, les opérations "Fureur épique" (du côté américain) et "Rugissement du lion" (du côté israélien) le sont aussi par leur portée.

Cinq jours après son déclenchement, personne ne sait jusqu’où cette guerre entraînera le monde, mais une chose est sûre, l’Histoire retiendra le 28 février 2026 comme celui qui a mis fin à trois décennies d’un pouvoir absolu : celui du Guide suprême qui aura transformé la République islamique, née en 1979, en une théocratie ultra-militarisée, verrouillée par les Gardiens de la révolution. "N’ayant pas l’autorité religieuse de son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, il s’est appuyé sur l’appareil militaire pour consolider son pouvoir", rappelle Abbas Milani, directeur du programme d'études iraniennes à l'université Stanford, qui expose sans détour l’héritage funeste de Khamenei et la manière dont il a consolidé les piliers stratégiques du régime : "le programme nucléaire, la création des proxys (Hezbollah, Hamas, houthistes), l’inscription de la destruction d’Israël parmi les objectifs stratégiques à long terme, et le refus de dialoguer directement avec les États-Unis".

En Iran, Khamenei a aussi inlassablement durci les restrictions visant les femmes dans l’espace public, renforçant la redoutable police des mœurs malgré l’élan du mouvement "Femme, Vie, Liberté", né après la mort de Mahsa Amini, en 2022. C’est encore lui qui a réprimé dans le sang le mouvement parti des bazars, déclenché par une crise économique aiguë, une inflation galopante et une dévaluation du rial, causant plusieurs dizaines de milliers de morts, en janvier dernier.

Sur le terrain, les stratèges américains et israéliens savent donc pertinemment que le régime des mollahs fait face à un cycle quasi ininterrompu de soulèvements depuis le "Mouvement vert" de 2009, apparu après la réélection controversée de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Et que ces vagues révolutionnaires ne s’arrêteront pas. Washington et Tel-Aviv ont donc fait le pari de s’appuyer sur cette fracture persistante, convaincus, comme l’affirme Donald Trump, que le peuple doit "reprendre son destin en main".

Quelques jours avant la mort du Guide suprême, dans un nouvel élan de courage inouï, les étudiants des principales universités du pays sont de nouveau descendus dans la rue, scandant des slogans hostiles au régime et brûlant des drapeaux de la République islamique. "Cette conjonction a créé pour les Américains et les Israéliens ce qui peut être perçu comme une fenêtre d’opportunité : agir à un moment où la contestation interne reprend de l’ampleur", pointe David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique.

Un triumvirat pour assurer la transition

Mais face au déluge du feu américain et israélien - du jamais-vu entre les deux alliés -, Téhéran n’a pas courbé l’échine. Un triumvirat, composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï et de l’ayatollah Alireza Arafi est déjà aux affaires pour assurer la transition avant la désignation, par l’Assemblée des experts - composée de 88 religieux chiites - d’un successeur dans les prochains jours. "Le régime est faible, mais il est résilient et ne va jamais se rendre ou capituler. Le temps joue en sa faveur", juge Danny Citrinowicz, fin connaisseur du dossier iranien.

À ce jour, deux scénarios se dessinent. Une première option fait craindre un maintien du régime et une nouvelle répression si la population venait à répondre aux appels à l'insurrection du président américain. La seconde, redoutée par certains spécialistes, est la prise de contrôle de l’État par le pouvoir militaire, offrant "un nouveau Guide suprême comme symbole à des millions d’Iraniens conservateurs, mais dont le pouvoir serait fermement détenu par le corps des Gardiens de la révolution islamique", écrit l’expert Jonathan Panikoff sur le site de l’Atlantic Council. Et que cette solution, aux allures de scénario vénézuélien séduise Trump. "Le régime reste, mais avec à sa tête des 'mous', prêts à accepter les conditions américaines", illustre Bernard Haykel, grand spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton et chroniqueur à L'Express. Le locataire de la Maison-Blanche avait d’ailleurs "trois noms" en tête pour diriger l’Iran. Problème : "l’attaque a été si efficace qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Il ne s’agira d’aucun de ceux auxquels nous pensions, car ils sont tous morts", s’emporte le président américain sur la chaîne ABC.

Les doutes des stratèges américains

Même sans le nom de "l’heureux" élu, Donald Trump a pris la décision de politique étrangère la plus spectaculaire de ces vingt-cinq dernières années : une intervention massive, qui prévoit de mettre le régime à genoux en moins de "quatre semaines", torpillant les négociations en cours sous l’égide d’Oman. Un optimisme qui a suscité des doutes profonds de la part des stratèges américains, à commencer par le chef d’état-major américain, le général Dan Caine, qui a mis en garde Donald Trump contre les risques d’une telle aventure, notamment en "pertes humaines" et en "épuisement des défenses aériennes". Et pour cause : déjà six morts du côté de l’armée américaine - et 555 Iraniens, selon le Croissant Rouge -, et des buts de guerre toujours aussi flous.

"On n’a jamais changé de régime en se contentant de bombarder des ministères ou des casernes", rappelle l’essayiste Brice Couturier auteur de l’ouvrage 1979. Le grand basculement du monde​​. Tandis que les frappes s’intensifient sur l’Iran, une question se pose avec de plus en plus d’acuité : quelle est l’étape d’après ? Le sujet agite de plus en plus les politiciens américains, notamment démocrates, ulcérés que cette opération ait été décidée sans l’aval du Congrès. Conscient que la grogne monte, le Secrétaire à la guerre, Pete Hegseth s’est fendu d’une conférence de presse, ce 2 mars, pour couper court aux inquiétudes d’une population, dont seule une minorité (27%) soutient l’intervention, selon un sondage Reuters/Ipsos, réalisé avant l’annonce des premiers morts américains.

L'Iran ne doit pas être un bourbier

Surtout, il fallait rassurer les Américains sur un point essentiel : l’Iran ne sera pas un bourbier pour le Pentagone. "Ce n'est pas l'Irak. Ce n'est pas interminable", a assuré Hegseth. "Trump a besoin d’une victoire rapide, avance le politologue Gilles Kepel. Il ne peut pas se permettre un conflit qui s’éternise, du fait de l’approche des élections de mi-mandat. Sa base Maga a voté contre les opérations extérieures aura du mal à comprendre comment on peut dépenser une fortune pour ces interventions".

De fait, les détracteurs du président n’ont pas manqué d’exhumer ce qu’il écrivait sur X, le 11 novembre 2013 : "N'oubliez pas que j'avais prédit il y a longtemps que le président Obama attaquerait l'Iran en raison de son incapacité à négocier correctement - il n'est pas compétent !" Ou, le 6 novembre 2024, après sa victoire électorale : "Je ne déclencherai pas de guerres. Je vais arrêter les guerres". En réalité, Donald Trump, le "faiseur de paix", a ordonné plus de frappes en 14 mois depuis son retour à la Maison-Blanche que son prédécesseur, Joe Biden, durant tout son mandat. Mais l’homme n’est pas à une contradiction près. "La politique des Etats-Unis a toujours été que ce régime terroriste ne pourra jamais posséder d’arme nucléaire", a-t-il déclaré le 28 février pour justifier le déclenchement des frappes. Or, Donald Trump a toujours affirmé avoir "anéanti" le programme nucléaire iranien. Pourquoi, alors, s’attaquer à un programme qu’il aurait déjà détruit ?

Et que penser de la volonté du président américain de voir les Gardiens de la révolution et la police iranienne "fusionner pacifiquement avec les patriotes iraniens et œuvrer ensemble pour rendre au pays la grandeur qu’il mérite" ? Comme si les bourreaux des 8 et 9 janvier pouvaient fraterniser avec leurs victimes. Il n’y a que dans le film de Jafar Panahi, Un simple accident, qu’un tortionnaire est capable d’un tel geste…

Le "pari géopolitique" de Trump paraît donc mal engagé. "C’est normal, car il n’a aucune cohérence", tranche Jacob Heilbrunn, directeur de la revue The national Interest. Enhardi par ses succès militaires, dont l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien, la nuit du 2 janvier, "le sentiment d’hyperpuissance de Trump confine de plus en plus à la mégalomanie, ajoute-t-il. Il joue sa présidence aux dés, mais il pourrait finir par perdre sa mise." Car Donald Trump montre la même faiblesse que devant Vladimir Poutine : il est pressé. "Si le régime ne tombe pas ou ne change pas, et qu’au contraire il s’endurcit en faisant exploser le prix du pétrole, alors Trump prendra une énorme leçon, comme d’autres présidents américains avant lui, à l’image d’un George W. Bush qui croyait que la guerre en Irak en 2003 serait rapide", prédit Bernard Haykel. Mais Trump en sortirait-il alors perdant. Pas forcément : "Il est parfaitement capable de dire 'On a tué Khamenei, c’est une victoire totale, maintenant on arrête'", poursuit ce spécialiste.

C’est la plus grande inquiétude pour les Occidentaux, mais aussi pour les pays du Golfe, sortis contre leur gré de leur léthargie sécuritaire. Les conséquences d’un retrait américain seraient incalculables : elles pourraient laisser un pays multiconfessionnel à feu et à sang, comme en Libye, et provoqueraient une nouvelle bataille énergétique mondiale. À moins que le locataire de la Maison-Blanche, qui se targue d’avoir "mis fin à huit guerres en huit mois", ne décide, dans un coup de théâtre dont lui seul a le secret, de déployer des troupes en Iran. Hautement improbable jusqu’ici, cette éventualité "ne lui donne pas le trac", a-t-il lâché ce 2 mars. Bluff ou vertige du pouvoir ? Rien n’est plus périlleux qu’un chef de guerre enivré par sa propre audace.

© REUTERS

Washington et Tel-Aviv ont donc fait le pari de s’appuyer sur cette fracture persistante, convaincus, comme l’affirme Donald Trump, que le peuple doit "reprendre son destin en main".
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Ali Larijani, dirigeant pragmatique et fidèle soutien de Khamenei, nouvel homme fort de l'Iran

Il a longtemps été l'homme pragmatique du régime des mollahs, celui ouvert aux discussions et aux négociations. Pourtant, lundi, c'est sa voix qui s'est violemment opposée aux États-Unis de Donald Trump. "L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre", a écrit Ali Larijani dans une série de publications sur X. Accusant Donald Trump d'avoir "plongé la région dans le chaos" et de faire "une fois de plus payer le prix de son culte de la personnalité aux soldats et à leurs familles américaines", il a fermé la porte à toute négociation avec les États-Unis.

Trump's wishful thinking has dragged the whole region into an unnecessarily war and now he is rightly worried about more American casualties. It is indeed very sad that he is sacrificing American treasure and blood to advance Netanyahu's illegitimate expansionist ambitions. https://t.co/b11I6cNb6I

— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) March 2, 2026

Après l'assassinat d'Ali Khamenei dans un bombardement américain et de plusieurs dizaines de dignitaires iraniens, Ali Larijani est la nouvelle figure du régime des mollahs, en attendant qu'un nouveau chef d'État soit désigné. Fidèle proche de l'ayatollah, il avait été choisi par le chef de l'État lui-même pour prendre son relais s'il venait à mourir. Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale jusque-là, il était alors chargé de la protection de la République islamique face aux attaques militaires. Donald Trump pourrait s'appuyer sur lui pour préparer la suite du régime.

Une position fragilisée

Né dans l'une des plus grandes familles cléricales du pays à Amol, dans la province de Mazandaran, au nord de Téhéran, à une vingtaine de kilomètres de la mer Caspienne, Ali Larijani entreprend des études de mathématiques et de philosophie continentale, avant d'être diplômé du séminaire de Qom, comme Khamenei. Ancien président du Parlement iranien entre 2008 et 2020, passé notamment par la tête de la radio et de la télévision d'État entre 1994 et 2004, l'homme de 67 ans commence sa carrière auprès des Gardiens de la révolution, dont il a été commandant.

S'il est l'un des personnages les plus puissants de l'Iran depuis son retour aux affaires en 2025, en étant nommé à la tête du Conseil suprême de la sécurité nationale, poste qu'il avait déjà occupé entre 2004 et 2007, sa place politique avait été fragilisée ces dernières années par le Conseil des gardiens. Fort de son expérience de président du Parlement iranien, qu'il a exercée pendant douze ans, il avait pourtant vu sa candidature à la présidentielle disqualifiée à deux reprises, en 2021 et en 2024. Si le Conseil des gardiens n'a jamais donné de justification, la présence de sa fille aux États-Unis, sa proximité avec l'ancien président Hassan Rouhani ou encore sa position en faveur de l'accord sur le nucléaire de 2015 sont des hypothèses.

Alors que les futurs dirigeants potentiels pour l'Iran sont peu nombreux, son profil ressort particulièrement, et pour cause : chargé de superviser les négociations nucléaires avec les États-Unis, interrompues par le bombardement américain samedi, il est un fidèle de l'ayatollah, et plus largement, du régime des mollahs. Conservateur dans ses positions, attaché aux valeurs idéologiques de la révolution de 1979, il a pourtant l'image d'un homme politique pragmatique, n'hésitant pas à épouser des positions plus modérées pour faire avancer certaines négociations.

Une opposition interne ?

Mais face aux États-Unis et à Israël, les choses risquent de se compliquer. S'il a déjà annoncé son refus catégorique de négocier avec les États-Unis, il est même visé par des sanctions de Washington pour son rôle dans la répression sanglante des mouvements de manifestation dans le pays en janvier dernier. Mais son positionnement pragmatique pourrait justement permettre de faire avancer les sujets épineux. Le mois dernier, il n'hésitait pas à considérer la question des négociations sur le nucléaire "résolue" à la télévision d'État d'Oman. "Si la préoccupation des Américains est que l'Iran ne devrait pas s'orienter vers l'acquisition d'une arme nucléaire, cela peut être abordé", avançait-il par la même occasion.

Finalement, la plus grande opposition que pourrait rencontrer Ali Larijani pourrait être au sein même du pays. Ne pouvant prendre la succession d'Ali Khamenei, n'ayant pas les références de clerc supérieur pour le poste de Guide suprême, il pourrait se voir opposé aux Gardiens de la révolution, véritable État dans l'État, qui l'ont longtemps considéré comme un adversaire politique. Il pourrait aussi se voir mis de côté par le triumvirat intérimaire, qui a pris la suite de Khamenei le temps d'assurer la transition, composé du président Massoud Pezeshkian, de l'ayatollah Ali Reza Arafi, dignitaire religieux chiite, et du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï. Un trio dominé par des clercs adeptes de la ligne dure, aux yeux desquels Ali Larijani pourrait être vu comme un modéré.

© via REUTERS

Ali Larijani lors d'une conférence de presse après s'être inscrit en tant que candidat à l'élection présidentielle, à Téhéran, le 31 mai 2024.
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Pour sortir de la guerre, l'Iran pourrait proposer un "accord de rêve" aux États-Unis

Les négociations étaient pourtant ouvertes entre les deux pays. Alors que les États-Unis et l'Iran discutaient depuis plusieurs mois pour trouver un accord sur la question du nucléaire iranien, les deux parties s'étaient de nouveau rencontrées jeudi 26 mars à Genève. Selon Oman, pays médiateur, l'Iran avait même accepté de renoncer au stockage d'uranium enrichi alors que Donald Trump le réclamait justement. Puis Téhéran a été bombardé, tuant l'ayatollah Khamenei, à la tête du pays depuis 1989 et plusieurs dizaines de hauts-dignitaires iraniens. Depuis, la région s'est embrasée et les missiles pleuvent sur les pays de la région.

Paradoxalement, le président américain ne ferme pas la porte à des discussions. Selon CNBC, Donald Trump a affirmé que les dirigeants iraniens "veulent parler", ce qu'il aurait accepté. Une option que semble confirmer le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui aurait confié à son homologue omanais que l'Iran était ouvert à des efforts pour éviter toute nouvelle escalade de violence. D'autant que Donald Trump n'a aucun intérêt à faire durer la guerre en Iran à l'approche des élections de midterm, la population américaine voyant d'un mauvais œil cette nouvelle intervention au Moyen-Orient.

"L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre"

Après la mort d'Ali Khamenei et le temps que l'Assemblée des experts, l'organisme clérical chargé de choisir un nouveau chef d'État selon la Constitution iranienne, se décide, le nouvel homme fort du pays semble être Ali Larijani. Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, qui décide des politiques internationales et de défense, il avait été désigné par Khamenei pour prendre le relais s'il venait à mourir. En l'absence des principaux ministres iraniens, également tués dans des bombardements, l'ancien président de l'assemblée consultative islamique a désormais les mains libres pour négocier avec les Américains.

Pour le moment, l'Iran reste ferme sur ses positions et refuse de négocier. "L'Iran, contrairement aux États-Unis, s'est préparé à une longue guerre", a écrit Larijani sur X, lundi, ajoutant que son pays ne négocierait pas avec les États-Unis. Si le pays riposte aux bombardements, visant notamment Israël, les bases américaines et les alliés comme le Qatar ou les Émirats arabes unis, il sait qu'il va devoir trouver une porte de sortie à ce conflit.

"Un accord de rêve"

Selon Haaretz, Larijani devra d'abord convaincre Donald Trump qu'un changement de régime n'est pas réalisable en l'absence d'alternative concrète. Si le régime des mollahs connaît une opposition sérieuse dans le pays, à l'instar des manifestations étudiantes que le pays a connues avant les bombardements, elle n'est pas organisée et n'a aucune expérience du pouvoir.

Iran, unlike the United States, has prepared itself for a long war. pic.twitter.com/0nTGu9u2K4

— Ali Larijani | علی لاریجانی (@alilarijani_ir) March 2, 2026

Ancien négociateur nucléaire, ce qui l'a amené à connaître les rouages de Washington, Ali Larijani pourrait proposer "un accord de rêve" à Donald Trump selon Haaretz, en ouvrant le marché iranien aux États-Unis, créant une concurrence avec la Chine et la Russie, en échange de la fin des bombardements et d'un allègement des sanctions visant le pays. L'argument économique pourrait être la corde sensible pour Donald Trump.

L'incertitude du changement de régime

Mais si Ali Larijani est aujourd'hui la nouvelle tête de l'Iran, rien ne garantit qu'il soit l'avenir du pays. Issu de l'une des familles cléricales les plus puissantes du pays, cela ne l'a pas empêché d'être interdit de se présenter à la présidence à deux reprises en raison de son soutien aux accords nucléaires de 2015. Sans le statut de clerc supérieur, il ne peut espérer prendre la relève de Khamenei. D'autant que les Gardiens de la révolution l'ont longtemps considéré comme un concurrent politique. Sans parler des potentiels bombardements dans lesquels il pourrait être tué dans les prochains jours, alors qu'Israël et les États-Unis ciblent les lieux de pouvoir du pays.

Pour les États-Unis, un accord avec l'Iran pourrait permettre d'éviter de laisser le pays dans un chaos incertain que pourrait provoquer un changement de régime. En obtenant des concessions sur le nucléaire et des accords stratégiques avec l'Iran, Donald Trump éviterait un enlisement des États-Unis dans un nouveau conflit au Moyen-Orient et permettrait un retour à la normale de la situation économique de la région, alors que le détroit d'Ormuz, point de passage clé du commerce international, est bloqué par l'Iran depuis le début des bombardements.

© via REUTERS

Le secrétaire du conseil de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, accueilli par le ministre du cabinet royal du sultanat d'Oman, Sultan bin Mohammed al Numani, à son arrivée à Mascate, Oman, le 10 février 2026.
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Stephen Smith : "La jeune Afrique va se ruer vers la vieille Europe, c'est dans l'ordre des choses"

"A l’université, j'avais l'impression d'être dans un supermarché intellectuel. Je suivais un séminaire, puis un autre. Mais il n'y avait aucune cohérence. Je suis allé voir ma mère et je lui ai dit que j’aimerais prendre une année sabbatique. Et je suis parti en auto-stop à travers l'Afrique, entre l'Algérie et le Niger, en faisant des allers-retours avec des camions à travers le désert. C’est là que j'ai commencé à apprendre le français, avec des Africains. Ces derniers sont polyglottes. Moi-même, je le suis : ma mère est allemande, je parle ma langue maternelle et j'ai appris le français l'espagnol. En rentrant de cette année, j'avais l'impression d'avoir trouvé ma voie, le dénominateur commun me permettant d'unifier mes séminaires et mes activités. L’Afrique est une sorte de laboratoire anthropologique. Les questions de modernité et de tradition sont totalement chamboulées là-bas."

Ainsi Stephen Smith raconte-t-il, dans le nouvel épisode des Temps sauvages, le podcast géopolitique de L’Express, la naissance de sa vocation d’africaniste. Professeur à l’université Duke, après avoir longtemps été journaliste à Libération puis au Monde, il a publié plusieurs ouvrages consacrés au continent, qui font autorité. On peut désormais le lire tous les mois dans L'Express.

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Pour qui veut comprendre les enjeux de la "rencontre migratoire" entre l’Afrique et l’Europe, il faut lire son enquête parue en 2018, La ruée vers l’Europe (Grasset). "La jeune Afrique va se ruer vers la vieille Europe, cela est inscrit dans l’ordre des choses comme l’était, vers la fin du XIXe siècle, la 'ruée vers l’Afrique' de l’Europe", écrit-il dans cet essai de "géographie humaine", très documenté.

Quelles seront l’ampleur et la durée de cette migration ? Dans un peu plus de trente ans, entre un cinquième et un quart de la population européenne pourraient être d’origine africaine, selon certaines projections. "L’histoire n’est jamais écrite, nuance Stephen Smith, les précédents peuvent être trompeurs. Du reste, l’Europe ne sera peut-être pas la destination des Africains au sens quasi exclusif où l’étaient les Etats-Unis pour les Mexicains". Mais il estime que "l’Afrique noire n’est pas encore partie". Pour beaucoup d’Africains, "leur continent s’est transformé en salle des départs".

Témoin, le Nigeria, qui deviendra le troisième pays le plus peuplé du monde d’ici 2050. Stephen Smith a commencé sa carrière de journaliste ici : "Le Nigeria me passionnait et j’avais le projet de m'y installer une année pour écrire un livre sur Lagos. Cette ville est la préfiguration de ce que sera l'Afrique dans une génération. C’est la plus jeune du monde. Il y a une énergie folle là-bas ! Une créativité formidable. Il s’y passe beaucoup de choses culturellement contrairement à certaines villes européennes devenues des musées. Le Nigeria est fondamental. Quand vous y passez aujourd'hui ce qui vous frappe, c'est à quel point les gens vont mal. Jusqu’en 2015, à peu près partout en Afrique, il y avait encore un peu d'espoir. Depuis, la situation s'est vraiment détériorée."

En Europe, l’immigration africaine pose des questions politiques, sociales et économiques. A l’instar de Paul Collier, professeur à l’université d’Oxford, auteur de Exodus, Stephen Smith déplore que le débat sur la migration ait été "politisé avant d’avoir été analysé". C’est précisément l’objet de son travail : documenter le sujet pour fournir des éléments d’appréciation rationnels. Aujourd’hui, la discussion est prise en tenaille par d’un côté les thuriféraires de "la porte close" et, de l’autre, des défenseurs du "droit de s’installer où l’on veut".

Stephen Smith s’attendait à ce que les enseignements de son enquête au long cours soulèvent passions et polémiques : il a été plutôt servi. Alors que La ruée vers l’Europe » repose sur des faits, on l’a accusé de véhiculer les fantasmes du "Grand remplacement". Comment perçoit-il, avec le recul, l’accueil fait à son livre ?

"Pour moi, cela a été une sorte de supplice de l'estrapade. Dans un grand nombre de journaux, mon livre a été accueilli avec ouverture d’esprit. Pourquoi laisser la migration à la droite ? Pourquoi, à l’instar de Didier Leschi, ancien le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne pas considérer que c’est aussi un sujet de gauche, puisqu’il a des effets sociaux ? Ce n’est pas dans les beaux quartiers que l’on vit l’immigration, c’est ailleurs. Il faut donc se préoccuper de la pression sur l'habitat et l'école notamment. Sans même parler de la solidarité internationale : le tiers-monde doit-il être siphonné de tous ses talents ? C’est l’état d’esprit dans lequel j’ai écrit mon livre. Et d’ailleurs, il a été reçu comme tel. Jusqu'à ce que François Héran [NDLR : sociologue et anthropologue), intervienne en disant 'quelqu'un qui n'est pas démographe ne peut pas parler de ces questions-là, c'est mon domaine, et deuxièmement, tout ça c'est faux, ouvrez les frontières, il y a d'autres pays européens qui prennent plus de migrants que la France et donc tout ça, c'est une façon de faire le lit du Rassemblement national.' A nouveau, le débat sur la migration est relégué au second rang. Chacun se surveille. On fait du dépistage politique au lieu du parler du sujet !"

Il en faut davantage pour décourager cet insatiable curieux. Il ne désespère pas de la capacité des Européens à se saisir de manière pragmatique de ce défi du siècle : "Je reste optimiste, dit-il. Il y a des progrès. Même s’il existe des tensions, il n’y a pas eu d’explosion raciste, ni en France ni dans d'autres pays européens. Pensez à l'Allemagne ! Des amis allemands ont accueilli des migrants et, aujourd'hui, disent que c'était probablement une erreur d'avoir ouvert la porte à un million de migrants à la fois. D’une part car cela a permis à l’extrême droite de se renforcer. D'autre part, pour les difficultés d'accueil que cela représente. Il y a beaucoup de travail pour intégrer : s'occuper des gens, effectuer des démarches administratives avec eux, leur trouver un logement. Ce n’est pas seulement le problème de l'Etat. En Allemagne, la société s'est mobilisée. Ayant vécu cette expérience, les Allemands parlent d'une façon réaliste de la migration. Pour eux, les migrants ne sont pas des punching-balls politiques. Dans le même temps, ils ne résument pas le débat en termes de fermeture ou d’ouverture."

Outre la polarisation du débat sur ces questions cruciales, on peut aussi regretter que l’Afrique demeure un angle mort européen alors que l’avenir du Vieux Continent se joue en grande partie chez son voisin du sud. Comment Stephen Smith explique-t-il ce décalage ?

"Ce qui est important démographiquement ne l’est pas forcément d’un point de vue géopolitique, explique-t-il. L'Afrique, au moment de son indépendance, représentait 3 % des échanges mondiaux. C’est toujours le cas. Alors que sa population a plus que doublé au cours de la même période !"

Le sujet a, en tout cas, passionné les auditeurs des Temps sauvages. Ceux qui se sont inscrits pour assister au direct et dialoguer avec l’invité, lui ont posé beaucoup de questions. "Est-il toujours pertinent de distinguer réfugiés politiques et migrants économiques ?", l'interroge-t-on. Sa réponse : "La plupart des gens qui viennent en Europe sont des migrants économiques. Mais une fois que l’on a dit ça, on ne peut pas rétorquer à une personne se revendiquant réfugiée politique : 'non, tu ne l'es pas !' Comme une sorte de procès d'intention. Selon moi, il devient urgent de redéfinir correctement la catégorie de réfugié politique pour garantir les droits d'asile à ceux qui le méritent. 'Mériter' étant un mot ambigu, puisque en réalité elles sont victimes. Il faut donc être solidaires. Mais on ne peut pas être solidaire lorsque l'acte d'intégration, le premier que vous posez pour entrer en Europe, est une triche. Une triche qu'on peut comprendre, humainement, mais une triche quand même, vous trichez sur la vraie intention, vous venez, je le ferai à votre place comme migrant économique, vous cherchez fortune pour vous et vos enfants ailleurs, rien de plus compréhensible, mais ce n'est pas la vérité. On ne peut bâtir un contrat social sur une fraude."

Est-il concevable de cogérer les migrations avec l'Afrique, lui demande un auditeur ? "Ce serait bien sûr souhaitable. Mais les intérêts entre les pays africains et européens divergent. Les économistes libéraux nous font croire que faire venir des jeunes gens pour les intégrer dans notre système va sauver notre Sécurité sociale. Je n'y crois pas du tout. Les êtres humains ne sont pas que des acteurs économiques. Ils vivent avec leurs voisins et leurs concitoyens."

D’autres questions lui ont été posées lors de ce numéro exceptionnel des Temps sauvages, sur les migrations intra-africaines, la politique européenne et les pays du Maghreb, notamment l’Algérie et le Maroc. Un pays où l’ont souvent conduit ses enquêtes sur le général Mohamed Oufkir et Mehdi Ben Barka, dont il a enfin élucidé la mort dans un document explosif, L’affaire Ben Barka (Grasset), écrit avec Ronen Bergman. "Je m’intéressais depuis longtemps à Ben Barka, confie-t-il. Olivier Nora, le patron des éditions Grasset, m’a présenté Ronen Bergman, qui était assis sur trésor de documents émanant du Mossad, dont il est un spécialiste !"

Un modèle d’enquête journalistique et historique, qui se savoure comme un roman de John Le Carré. En regardant Stephen Smith déplier sa silhouette longiligne après l'entretien, on se dit qu'il aurait pu inspirer un personnage à l'écrivain britannique.

© JEROME FAVRE/EPA/MaxPPP

Des migrants clandestins sont gardés par des gendarmes en attendant d'être pris en charge après l'interception de leur bateau par la marine sénégalaise à Ouakam, Dakar, Sénégal, le 16 septembre 2025.
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Visés par l’Iran, les pays du Golfe auront-ils assez d’intercepteurs ?

En représailles aux attaques d'Israël et des États-Unis, qui ont notamment tué l'ayatollah Khamenei et de nombreux dignitaires iraniens, l'Iran bombarde la région du Golfe depuis près de quatre jours. Des attaques contre Israël, les intérêts militaires américains au Qatar ou aux Émirats arabes unis, mais aussi leurs alliés. Lundi, les Émirats arabes unis affirmaient avoir été ciblés par 174 missiles balistiques, huit missiles de croisière et 689 drones en trois jours. Bien moins ciblé, le Bahreïn a tout de même été visé par 70 missiles balistiques, tandis que le Qatar a fait face à 65 missiles et 12 drones samedi.

Jusque-là, les pays du Golfe ont su se défendre grâce à leur défense aérienne. Quand les Émirats arabes unis affirment avoir intercepté tous les missiles et plus de 93 % des drones, les Qataris ont détruit 63 des 65 missiles lancés. Mais jusqu'à quand pourront-ils résister ? Alors que l'Iran possédait environ 2 000 missiles balistiques après le conflit de l'année dernière avec Israël selon Bloomberg, les défenses aériennes des pays du Golfe s'épuisent jour après jour. "L'intensité d'utilisation des intercepteurs que nous avons observée ces derniers jours ne peut pas être maintenue plus d'une semaine supplémentaire — probablement quelques jours tout au plus — après quoi ils ressentiront douloureusement la pénurie d'intercepteurs", a analysé Fabian Hoffman, expert en missiles à l'université d'Oslo, auprès du Wall Street Journal.

Stratégie militaire... et financière

Si le nombre d'intercepteurs disponibles reste confidentiel, d'autant plus en situation de guerre ouverte, il pourrait atteindre 1 000 aux Émirats arabes unis, 500 au Koweït et une centaine au Bahreïn. Un nombre qui peut diminuer drastiquement si les attaques iraniennes persistent dans les prochains jours, alors que certains projectiles nécessitent plusieurs intercepteurs pour être neutralisés. Mais les premiers signes de pénurie apparaissent déjà. "Les pays du Golfe expriment une vive inquiétude face à l'évolution de la crise et ont indiqué l'urgence de renforcer leurs capacités de défense, notamment la défense aérienne et anti-drone", a déclaré le ministre italien de la Défense Guido Crosetto, qui a déjà reçu des demandes de la part de pays du Golfe.

Mais l'enjeu ne se joue pas uniquement sur le nombre de missiles. Car si l'Iran a, pour le moment, conservé une grande partie de son arsenal de missiles balistiques, c'est notamment grâce à ses drones Shahed, qu'il privilégie pour frapper les pays du Golfe, une stratégie avant tout financière. Quand un missile coûte entre un et deux millions de dollars, un drone kamikaze iranien vaut entre 20 000 et 50 000 dollars selon le Middle East Eye. Une bagatelle face au coût de l'interception pour les Émirats arabes unis, par exemple. Selon la chercheuse du think tank Stimson Center, Kelly Grieco, les attaques du week-end ont coûté entre 1,45 et 2,28 milliards de dollars, soit cinq à dix fois le montant dépensé par l'Iran dans le même temps. Cela revient à "utiliser des Ferrari pour intercepter des vélos électriques", a imagé le correspondant de The Economist, Gregg Carlstrom, sur X. En plus d'être bon marché, ces drones Shahed sont faciles d'utilisation et ont la capacité de saturer les défenses antiaériennes ennemies. Une stratégie déjà utilisée par les Russes en Ukraine.

L'Ukraine, victime collatérale

Alors que les ressources matérielles et financières des pays du Golfe s'épuisent, les États-Unis et Israël ont entamé une course contre la montre en bombardant les lanceurs — plusieurs dizaines ayant déjà été détruits depuis samedi — avant d'être à court de défense antiaérienne. D'autant que les stocks américains ne sont pas non plus illimités. Si Donald Trump affirme que son pays a "un approvisionnement pratiquement illimité de ces armes", le chef d'état-major des armées Dan Caine, en privé, alertait justement sur les stocks de munitions américaines la semaine dernière. Un avertissement que le président américain n'a pas pris en compte.

L'Ukraine pourrait être une victime collatérale de cette nouvelle guerre. "Si les activités militaires au Moyen-Orient sont prolongées, cela influencera sans aucun doute l'approvisionnement", a d'ailleurs réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a lui-même besoin d'être alimenté en défense antiaérienne. Aujourd'hui, Washington a pratiquement arrêté de fournir une aide militaire aux Ukrainiens, qui se sont tournés vers l'Europe. Le président Volodymyr Zelensky s'est d'ailleurs entretenu avec le chancelier allemand Friedrich Merz, qui rencontre Donald Trump à Washington ce mardi. Interrogé sur ce sujet, le ministre italien de la Défense Guido Crosetto a reconnu qu'il s'agissait d'une "question délicate", alors que son pays fournit déjà des systèmes de défense aérienne SAMP/T à l'Ukraine.

© REUTERS

Le système de défense antiaérienne israélien intercepte des missiles lancés depuis l'Iran vers Israël, à Haïfa, le 1er mars 2026.
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L'Europe menacée par l'Iran : où sont situées ses bases militaires au Moyen-Orient ?

"Toute [implication des Européens] contre l’Iran serait considérée comme un geste de complicité avec les agresseurs", a prévenu Esmaeil Baghaei, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères iranien lors d'une conférence de presse organisée ce mardi 3 mars. Cet avertissement intervient au quatrième jour de l'attaque menée par Israël et les Etats-Unis, qui a déjà mené à l'élimination d'Ali Khamenei, Guide suprême de la république islamique d'Iran, ainsi qu'à celle de plusieurs hauts dignitaires du régime. Tandis que Téhéran riposte et vise des bases étrangères dans presque tous les pays de la région, une partie des Européens a accordé son soutien à l'opération, quand d'autres rechignent.

C'est notamment le cas de l'Espagne qui a refusé d'ouvrir deux de ses bases militaires aux Etats-Unis. Habituellement, ces bases situées à proximité de Cadix et de Séville permettent d'assurer le ravitaillement des troupes américaines lors de leur transit vers le Moyen-Orient. Pour justifier ce positionnement qui tranche avec celui de ses voisins, le gouvernement de Pedro Sanchez en a appelé au respect du droit international. L'ambassadeur iranien à Madrid a également été convoqué par le ministère des Affaires étrangères qui dénonce "le lancement d'attaques contre le territoire européen [...] et sur d'autres pays de la région."

Cette condamnation diplomatique intervient en pleine riposte iranienne. Au soir du 2 mars, Téhéran avait déjà envoyé plusieurs centaines de missiles, notamment vers Israël ainsi que vers des bases militaires américaines dans la région. La plupart de ces missiles ont été interceptés, mais aucun pays de la région ne semble épargné.

D'autres bases occidentales ont également été visées par le régime des mollahs, à l'image de la base britannique d'Akrotiri, à Chypre, provoquant l'évacuation préventive de nombreuses familles. Une autre attaque de drones a également visé une base militaire française située à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis, à quelques centaines de kilomètres du territoire iranien, sans faire de victimes.

Dès dimanche, Paris, Londres et Berlin s'étaient dits prêts à plusieurs "actions défensives nécessaires et proportionnées" pour détruire les capacités militaires iraniennes et protéger leurs intérêts dans la région.

Les Occidentaux disposent de nombreuses bases dans la région, que l'Iran essaie d'affaiblir.
Les Occidentaux disposent de nombreuses bases dans la région, que l'Iran essaie d'affaiblir.

La situation est en revanche plus compliquée dans le sud du Liban où l'on dénombre plusieurs dizaines de morts. Visé par des tirs de missiles appartenant au Hezbollah, le groupe chiite libanais allié à l'Iran, Israël a répliqué provoquant la mort de 31 personnes au Liban, ainsi que le déplacement de 30 000 personnes.

Donald Trump a dit anticiper un conflit qui pourrait durer de "quatre à cinq semaines" et préparé sa population a des pertes militaires. Six soldats américains ont déjà été tués depuis le début de l'opération baptisée "Furie épique" par Washington. La Maison-Blanche a par ailleurs conseillé à tous ses ressortissants au Moyen-Orient de rentrer aux Etats-Unis.

© Mathias Penguilly / L'Express

Les Etats-Unis et leurs alliés disposent de nombreuses bases militaires au Moyen-Orient.
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Iran : l'Espagne refuse que ses bases aériennes aident les Etats-Unis dans leur offensive

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a pris une décision de fond dont il devra assumer les conséquences : l’Espagne n’ouvrira pas ses bases stratégiques aux forces américaines pour leurs opérations contre l’Iran, prenant ainsi le risque d’un bras de fer politique avec Washington et rompant avec plusieurs alliés européens. Lundi 2 mars, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares affirmait sur la télévision publique que "les bases espagnoles ne sont pas utilisées pour cette opération militaire", tandis que la ministre de la Défense Margarita Robles précisait qu’elles "ne fourniront un soutien que si cela était nécessaire d’un point de vue humanitaire".

Rechazamos la acción militar unilateral de EE.UU. e Israel, que supone una escalada y contribuye a un orden internacional más incierto y hostil.

Rechazamos igualmente las acciones del régimen iraní y de la Guardia Revolucionaria. No podemos permitirnos otra guerra prolongada y…

— Pedro Sánchez (@sanchezcastejon) February 28, 2026

Ce mardi 3 mars, le quotidien espagnol El Pais a confirmé que le gouvernement avait formellement ordonné de ne pas autoriser l’utilisation des bases américaines de Rota (Cadix) et Moron (Séville) pour ces opérations. Les États-Unis opèrent habituellement sur ces bases dans le cadre d'un accord d'utilisation conjointe, mais elles demeurent sous souveraineté espagnole.

"Ils se trompent"

Selon le quotidien, l’exécutif considère la guerre lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou comme "un non-sens aux conséquences imprévisibles pour la planète", mené sans aval des Nations unies ni même du Congrès américain. Madrid estime que cette intervention "va contre le droit international" et pourrait avoir des "conséquences désastreuses aussi pour l’Espagne et pour toute l’Europe".

La décision est assumée au plus haut niveau. "Où est-il écrit que nous devons être avec eux même s’ils se trompent ? Ils se trompent. Beaucoup de gens pensent comme nous dans toute l’Europe, et aussi aux États-Unis. Cette guerre n’a aucun sens et n’est pas pensée pour apporter la démocratie en Iran", déclare un membre de l’exécutif cité par le journal. Le gouvernement estime que le président américain agit "de manière désespérée" et pourrait "entraîner le monde avec lui". "Nous ne soutiendrons pas cette guerre et n’y contribuerons en rien", insiste un autre de ses membres auprès du quotidien.

Rupture avec les alliés européens

Cette position tranche avec celle affichée lundi par le chancelier allemand Friedrich Merz, qui, tout en reconnaissant des "doutes" sur la légalité internationale des frappes, a affirmé partager "beaucoup des objectifs" de l’attaque et jugé que "ce n’est pas le moment de donner des leçons" aux alliés.

Les réactions internationales ont été immédiates. Lundi, le sénateur républicain Lindsey Graham a dénoncé sur X un gouvernement espagnol devenu "le modèle d’un leadership européen pathétiquement faible, qui a perdu son cap, apparemment réticent à condamner le régime terroriste iranien et qui n’a que des critiques pour les États-Unis". Le même jour, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a ironisé : "D’abord le Hamas remercie Sanchez. Ensuite les houthis. Maintenant l’Iran. Est-ce cela être du bon côté de l’histoire ?" Malgré ces pressions diplomatiques et politiques, Madrid maintient sa ligne, assumant le risque d’un isolement temporaire au nom du respect du droit international.

© REUTERS

L'Espagne n’ouvrira pas ses bases stratégiques aux forces américaines pour les opérations contre l’Iran, prenant ainsi le risque d’un bras de fer politique avec Washington.
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Iran : l’axe du mal ne répond plus, par Eric Chol

C’était au départ une trouvaille des conseillers de George W. Bush, peu après les attentats du 11-Septembre. Dans son discours sur l’état de l’Union, en janvier 2002, le président des Etats-Unis qualifie d’"axe du mal" ces Etats accusés d’avoir aidé Ben Laden et les islamistes : l’Iran, l’Irak, et la Corée du Nord. L’expression, empruntée au lexique de la Seconde Guerre mondiale, va servir à la croisade du bien contre le mal lancée par les néoconservateurs américains juste avant l’invasion de l’Irak en 2003 ; puis elle passera aux oubliettes, avant de revenir sur le devant de la scène après l’attaque russe en Ukraine, en 2022.

Cette fois-ci, le camp du mal est clairement identifié : les régimes autocratiques, revanchards et antioccidentaux de Poutine, de Xi Jinping, d’Ali Khamenei et de Kim Jong-un. Soit les quatre cavaliers de l’apocalypse qui cumulent ensemble, jusqu’à la mort du Guide suprême iranien, 84 années de pouvoir.

Inutile de chercher derrière cette appellation une quelconque cohérence. "C’est la façon dont les Etats-Unis perçoivent ces pays, en insistant sur une justification morale, car dans la réalité, cet axe n’existe pas", résume Guillaume Lasconjarias, professeur associé à la Sorbonne Université.

Pas d’organisation, pas d’alliance militaire, pas de secrétariat permanent, pas même d’objectifs communs… Et pourtant, entre Pyongyang, Pékin, Téhéran et Moscou, le courant passe bien, entretenu par une détestation mutuelle des valeurs occidentales et démocratiques. Au point que le régime des ùollahs, de plus en plus isolé, va surjouer cette carte diplomatique. D’abord en mars 2023, lorsque la Chine bouscule l’échiquier du Moyen-Orient en célébrant le rapprochement de Téhéran et Ryad. Puis en janvier 2025, lorsque l’Iran signe un partenariat stratégique avec la Russie.

Mais le 28 février dernier, quand les missiles israéliens et américains transpercent le ciel de Téhéran, l’Iran ne reçoit aucune aide de ses alliés, en dehors des discours condamnant l’agression. La Russie, trop occupée en Ukraine, ne tient pas ses promesses de soutien. "Ces alliances ne sont pas très solides dans l’adversité : cet axe manquait de cohésion en dehors d’un imaginaire géopolitique et d’intérêts communs. Et aujourd’hui, même leurs intérêts divergent", relève Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri.

Le délitement du régime des mollahs ne fait en effet pas les affaires de ses alliés. La Chine s’inquiète de la fourniture du brut iranien, tandis qu’en Russie, à l’inverse, la flambée des cours est une aubaine. Pas de quoi rassurer totalement Moscou, qui a beaucoup à craindre d’une chute éventuelle de la République islamique. Le risque de chaos politique pourrait avoir des répercussions jusque dans les anciennes républiques de l'Union soviétique. Voici sans doute la première leçon géopolitique de l’attaque du 28 février : l’axe du mal, inventé par les Américains il y a un presque un quart de siècle, tourne désormais dans le vide.

© REUTERS

Un portrait du défunt Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué samedi 28 février lors de frappes israéliennes et américaines, est exposé parmi des fleurs devant l'ambassade d'Iran à Moscou, en Russie, le 2 mars 2026.
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