Iran : comment les frappes de Donald Trump fragilisent sa campagne pour les midterms
Seul un Américain sur quatre approuve les frappes des États-Unis contre l'Iran, tandis qu’environ la moitié — dont un républicain sur quatre — estime que le président Donald Trump est trop enclin à utiliser la force militaire, a révélé dimanche 1er mars un sondage Reuters/Ipsos au lendemain du déclenchement d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient. À quelques mois des midterms américains qui se dérouleront en novembre, le locataire de la Maison-Blanche risque gros avec les multiples attaques balistiques lancées sur l’Iran, qui ont décimé ses principaux dirigeants, dont le guide suprême Ali Khamenei, ont fait au moins 550 morts dans le pays et ont déclenché une guerre régionalisée dans le golfe du Moyen-Orient.
Car ces frappes ont propulsé une crise internationale au cœur de la campagne des élections de mi-mandat, exposant les fragilités politiques du président américain. Si les républicains ont majoritairement salué une opération "vitale", les démocrates ont averti qu’elle pourrait "dégénérer en une campagne militaire périlleuse et prolongée". Mais les divisions sont également internes : elles fissurent aussi la coalition du président. Selon le Washington Post, malgré les apparences d’unité, la décision militaire a "ébranlé des pans de la coalition qui lui a permis à deux reprises de conquérir la Maison-Blanche".
Une base isolationniste déboussolée
Donald Trump, élu en promettant d’en finir avec les "va-t-en-guerre" et en dénonçant la guerre en Irak comme une "énorme et stupide erreur", avait assuré : "Je mettrai fin au chaos au Moyen-Orient" et "J’empêcherai la Troisième Guerre mondiale".
Pour une partie de sa base isolationniste, la décision de frapper à nouveau l'Iran marque donc une rupture. Des soutiens pourtant jusqu’ici largement acquis se montrent déboussolés sur les réseaux. Blake Neff, le producteur de "The Charlie Kirk Show" du nom de l’influenceur trumpiste assassiné puis porté en martyr de la cause Maga en septembre 2025, a expliqué ce week-end sur X que des amis conservateurs lui envoyaient des messages consternés au sujet de l’Iran : "C’est extrêmement déprimant", "Je ne voterai plus jamais à une élection nationale"… Pour sa part, le producteur a averti : "Si cette guerre est une victoire rapide, facile et décisive, la plupart d’entre eux s’en remettront. Mais si c'est n'est pas le cas, il y aura beaucoup de colère". Autrement dit, le pari militaire de Donald Trump pourrait se retourner politiquement contre lui si le conflit s’enlise.
Les chiffres qui pleuvent ces derniers jours illustrent cette vulnérabilité. Selon le Washington Post, les sondages montrent que la cote d’approbation de Donald Trump est tombée à 39 %, "son niveau le plus bas depuis l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole des États-Unis". Un autre sondage Washington Post-ABC News-Ipsos indique que 46 % seulement des électeurs de Donald Trump soutiennent l’usage de l’armée pour forcer des changements dans d’autres pays, contre 22 % qui s’y opposent et 30 % sans opinion — un soutien loin d’être unanime. Le New York Times rappelle de son côté qu’une enquête de l’Université du Maryland montrait récemment que seulement 21 % des Américains soutenaient une attaque contre l’Iran.
Une remise en cause de l'"America First" ?
Les deux journaux américains le soulignent, la décision présidentielle ravive aussi un débat existentiel au sein du Parti républicain. Entre "America First" et "la paix par la force", la ligne idéologique se brouille, et beaucoup se demandent laquelle des deux visions reprendra le dessus lorsque l’aire de Donald Trump sera finie. Des figures libertariennes dénoncent une trahison : "Je m’oppose à cette guerre. Ce n’est pas 'l’Amérique d’abord'", affirme le représentant républicain du Kentucky Thomas Massie auprès du NYT. D’autres, comme le jeune responsable républicain Cooper Jacks interrogé par le Washington Post, redoutent "d’entrer dans un conflit militaire de long terme qui va entraîner la mort d’Américains qui ne veulent pas vraiment combattre". À quelques mois des midterms, Donald Trump joue ainsi une partie à haut risque : transformer une démonstration de force en victoire politique rapide — ou voir la guerre miner la coalition hétéroclite qui l’a porté au pouvoir.
Peu de républicains de premier plan ont rompu ouvertement avec Donald Trump ces derniers jours. Mais dans les circonscriptions disputées, la prudence domine : "Les membres du parti engagés dans des courses électorales serrées se sont montrés prudents et, dans certains cas, discrets, reflétant un sentiment d'incertitude quant à savoir si le conflit va s'aggraver, et comment les électeurs vont réagir", souligne le NYT. Conscients du risque électoral qui pourrait leur faire perdre le contrôle du Congrès, certains républicains rappellent publiquement que toute opération militaire prolongée doit obtenir l’aval complet du Parlement.
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