L’IA, le nouveau paravent idéal pour les plans sociaux ?
L’IA, le nouveau paravent idéal pour les plans sociaux ? Besoin de dégraisser les effectifs sans trop écorner votre image de marque ? Dites que c’est la faute de l’intelligence artificielle. La ficelle peut paraître grossière, mais de nombreux groupes n'hésitent plus à l’utiliser. Une stratégie souvent payante auprès des actionnaires, qui voient dans ces coupes sombres un signe de modernisation forcée.
Le cas d’école Amazon
L'exemple le plus flagrant reste celui d’Amazon. En octobre dernier, le géant de l'e-commerce annonçait un vaste plan de restructuration prévoyant la suppression de 14 000 postes. Dans un premier temps, la firme de Seattle a largement mis en avant l’argument de l’IA et de l'automatisation pour justifier ces coupes sombres dans ses effectifs de bureau.
Amazon enclenche l’automatisation et supprime 14 000 postes
Pourtant, le discours a curieusement évolué quelques semaines plus tard, laissant apparaître des motivations économiques beaucoup plus classiques. Ce glissement sémantique illustre bien la tentation des grands groupes : utiliser l'IA comme un catalyseur de "progrès" pour faire passer la pilule de la réduction de la masse salariale.
Sam Altman s’agace de cette tendance
Cette tendance à pointer systématiquement l'IA du doigt commence d'ailleurs à agacer sérieusement Sam Altman. Le patron d’OpenAI y voit une forme de paresse intellectuelle, voire de malhonnêteté managériale :
« Je ne connais pas le pourcentage exact, mais il y a une certaine tendance à rendre responsable l’IA de licenciements qui auraient eu lieu de toute façon », estimait-il récemment.
Pour le père de ChatGPT, l'IA est devenue le bouc émissaire idéal pour masquer des erreurs de gestion ou des ralentissements de marché qui n'ont, en réalité, rien à voir avec les algorithmes.
Entre prémices et restructuration profonde
Si l’intelligence artificielle est incontestablement une technologie de rupture appelée à redéfinir le marché du travail, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements. Les chiffres commencent toutefois à parler : selon le cabinet Challenger, Gray & Christmas, environ 55 000 postes auraient été supprimés aux États-Unis en 2025 en raison de cette technologie.
Reste que Sam Altman demeure lucide sur le long terme. S'il reconnaît que l’IA entraîne de véritables suppressions d’emplois dans certains secteurs spécifiques, il mise sur la "destruction créatrice" chère aux économistes. Comme pour chaque révolution technologique précédente, de nouveaux types de métiers devraient finir par émerger pour compenser ces pertes. En attendant, l'argument de l'IA risque de rester, pour un bon moment encore, le meilleur ami des directions des ressources humaines.






























