À Davos, la Chine est le grand épouvantail des leaders de l’IA générative
Bouh ! Même pas peur (enfin pas trop)
Au forum de Davos, plusieurs dirigeants d’entreprises de la tech américaine se disputent sur la tactique à mettre en place face à la Chine dans la course à l’IA, chacun voyant midi à sa porte.
Avant que l’arrivée de Donald Trump à Davos ne recentre les discussions sur sa volonté d’annexion du Groenland, les dirigeants des géants américains de l’IA générative ont opposé leurs visions stratégiques concentrées sur un pays qu’ils considèrent comme leur seul adversaire : la Chine.
Si les volontés chinoises de s’emparer du territoire dépendant du Danemark ne se retrouvent vraiment que dans les déclarations du dirigeant américain, la Chine a montré de réelles capacités concernant l’IA il y a un an avec le modèle R1 de DeepSeek. Publié en open-source, il provoquait une déflagration sur le marché de l’IA et, même si la course était déjà bien engagée avant, les entreprises états-uniennes découvraient qu’elles avaient de sérieux concurrents dans le pays dirigé par Xi Jinping.
Cette année, les dirigeants de la tech américaine se disputent sur la stratégie à mettre en place. Certains évoquent clairement le pays comme l’éventuel futur de l’IA. Ruth Porat, la présidente et directrice des investissements chez Alphabet (Google), a affirmé à Semafor que la Chine répondrait forcément présente si un vide était laissé par les États-Unis. Elle raconte à nos confrères que des chefs d’États lui affirment ne pas vouloir rater cette transformation numérique et que « si les États-Unis ne sont pas là, nous travaillerons avec la Chine ».
« Comme vendre des armes nucléaires à la Corée du Nord »
Dans le même sens, le CEO d’Anthropic, Dario Amodei a profité d’une interview chez Bloomberg pour critiquer le choix pris récemment par l’administration Trump d’autoriser NVIDIA à exporter en Chine ses puces H200. « Les PDG de ces entreprises affirment que “c’est l’embargo sur les puces électroniques qui nous freine” », a-t-il affirmé.
Les H200 seraient les puces américaines les plus avancées qui pourraient être exportées en Chine, font remarquer nos confrères de Bloomberg et NVIDIA n’y vendrait pas ses Blackwell et et celles qui sont encore en préparation dans ses laboratoires (Vera Rubin et suivantes).
Mais pour lui, cette décision va se retourner contre les États-Unis : « Nous avons plusieurs années d’avance sur la Chine en matière de fabrication de puces. Je pense donc que ce serait une grave erreur d’expédier ces puces ». Cette avance pourrait aussi fondre comme neige au soleil, avec la Chine qui met des moyens colossaux dans ses champions locaux (Huawei et Baidu) pour développer des GPU maison capables de rivaliser avec ceux de NVIDIA.
« Je trouve cela complètement fou », a ajouté Dario Amodei, « c’est un peu comme vendre des armes nucléaires à la Corée du Nord et se vanter que Boeing a fabriqué les boîtiers ». Mais il n’a pas voulu répondre quand le rédacteur en chef de Bloomberg, John Micklethwait, lui a fait remarquer que son ami, David Sacks, qui est aussi le CEO de Palantir, était « en train d’armer les Chinois ».
Une vision atténuée par Demis Hassabis, le CEO de DeepMind
Cette vision du danger chinois pour les entreprises d’IA américaines est un peu atténuée par le CEO de DeepMind, Demis Hassabis. Pour lui, il y a eu une « réaction disproportionnée » l’année dernière face à l’arrivée du modèle R1 de Deepseek.
Le développement de l’IA en Chine n’a pas encore atteint le niveau américain : « ils sont très doués pour rattraper leur retard et se rapprocher de la frontière, et ils sont de plus en plus capables de le faire, affirme-t-il, mais je pense qu’ils doivent encore prouver qu’ils peuvent innover au-delà ».
Rappelons que pour mettre en place R1, la recherche chinoise a paradoxalement été boostée par les restrictions américaines. Les chercheurs de DeepSeek se sont posé, à l’époque, la question de la possibilité de faire sans les H100 de NVIDIA et ont élaboré une architecture capable d’entrainer le modèle sur des puces H800, une version castrée pour le marché chinois.
Le CEO de NVIDIA, Jensen Huang, semble avoir volontairement évité de mentionné la Chine comme le fait remarquer le South China Morning Post. Mais pour lui, chaque pays devrait développer son propre système d’IA, en intégrant sa propre langue et sa propre culture dans les modèles.
Selon Reuters reprenant Bloomberg, la réouverture du marché pour son entreprise le pousserait à faire une visite d’ici la fin du mois. Il y a quelques mois, il marchait sur des œufs : « Nous ne pouvons servir un marché que si le pays le veut bien […] Je suis déçu par ce que je vois, mais il y a des sujets plus larges à régler entre la Chine et les États-Unis, et je le comprends ». Il avait alors « demandé à tous les analystes financiers de ne pas inclure la Chine » dans les prévisions. L’ambiance change.
Le CEO de Microsoft, Satya Nadella, semble vouloir éviter le sujet, par contre. Il est resté dans le nouveau couloir de communication de son entreprise sur le besoin de mettre en place une IA qui serait utile. « En tant que communauté mondiale, nous devons parvenir à utiliser l’IA pour faire quelque chose d’utile qui change la vie des gens, des communautés, des pays et des industries » a-t-il déclaré.
La Chine n’est pas le seul sujet de préoccupation (même s’il est sur toutes les lèvres ou presque), comme en témoigne la présidente de la fondation Signal. Elle préfère aborder les questions de sécurité que pose l’introduction des agents IA. Notamment, elle a souligné que leur intégration plus poussée dans les appareils serait « assez périlleuse ».
Fidèle au créneau de sécurité de la vie privée de Signal, elle pointe leurs besoins d’accéder à d’énormes quantités de données stockées dans les diverses applications. Et elle souligne que casser « la barrière hémato-encéphalique entre l’application et le système d’exploitation » provoquerait des risques : « Si vous accordez à un tel système des droits d’accès root, il peut être piraté ».
Et de mettre en avant le problème pour une application comme Signal : « Notre chiffrement n’a plus d’importance si tout ce que vous avez à faire est de détourner cette fenêtre contextuelle qui dispose effectivement des droits root dans votre système d’exploitation pour accéder à toutes ces données ».




























