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L’administration Trump compte sur les patrons de la tech pour former sa Tech Force

Qui veut relever un défi ambitieux ?
L’administration Trump compte sur les patrons de la tech pour former sa Tech Force

Alors que l’opposition monte, au sein du camp républicain, envers le soutien affiché de Donald Trump et ses équipes à l’industrie technologique, l’administration crée une task force face à laquelle l’essentiel des patrons du secteur devrait venir s’exprimer.

Après le ministère de l’efficacité gouvernementale (DOGE), la « Tech Force d’élite ». Le gouvernement américain recrute plusieurs dirigeants de l’industrie numérique pour entraîner un groupe d’agents de l’administration dont la mission consistera à moderniser les équipements numériques fédéraux.

Fin 2025, l’administration annonçait le recrutement d’un millier d’ingénieurs logiciel au sein d’un groupe de travail dédié. « Le président Trump a rendu évident que s’assurer du leadership américain en matière d’IA était le défi national essentiel de cette génération », indiquait-elle dans son communiqué.

Pour le relever, le programme des experts recrutés consistera à passer les deux prochaines années à déployer des outils d’IA et des applications technologiques variées au sein de l’administration, à commencer par le Trésor ou la NASA. Et ce, sous la gouvernance des principaux acteurs de l’industrie locale : Apple, Meta, Nvidia, OpenAI, xAI, Coinbase, ou encore Palantir.

Chaque entreprise a « promis d’envoyer soit son PDG, soit son directeur technique » pour s’exprimer devant la task force, déclare Scott Kupor au Financial Times. Ancien capital-risqueur auprès du fonds Andreessen Horowitz, ce dernier dirige désormais le bureau national du management et la Tech Force.

Relever les « défis les plus ambitieux de notre époque »

Le site officiel de cette « Tech force », disponible à l’adresse techforce.gov, annonce sur fond orange et noir que le projet consistera à « s’attaquer aux défis civils et militaires les plus complexes et les plus ambitieux de notre époque ».

Capture d’écran du site techforce.gov

Outre des présentations notamment réalisées par Alex Karp (Palantir) ou Sam Altman (OpenAI), Scott Kupor annonce que ces sociétés devraient rendre leurs dispositifs de formations et de certifications internes accessibles gratuitement aux membres de la task force.

Quant aux 1 000 premières recrues, elles devraient être encadrées par 100 employés des sociétés tech états-uniennes débauchés directement par le gouvernement. Plusieurs anciens du DOGE seront par ailleurs mobilisés.

Interrogé sur les risques de conflits d’intérêt, le directeur de la Task Force les balaie au motif qu’ils seraient dépassés par les gains envisageables pour le fonctionnement de l’administration états-unienne.

Opposition croissante du camp Trump à sa politique technologique

Cette réaffirmation de la proximité entre l’administration de Donald Trump et son industrie technologique se produit pourtant à un moment où son développement, en particulier celui de l’intelligence artificielle, est de plus en plus débattu au sein du camp républicain.

Alors que les élections de mi-mandat se profilent pour novembre 2026, une partie des effectifs républicains s’oppose de plus en plus ouvertement au soutien du président et de ses équipes au domaine. Selon un sondage mené pour le Financial Times, 60 % des électeurs de Trump s’inquiètent du développement rapide de l’intelligence artificielle, et 80 % pensent que le domaine devrait être plus régulé.

À l’approche des élections de mi-mandat, cela dit, l’industrie de l’IA et celle de la tech derrière elle ont déjà dépensé des millions de dollars pour soutenir des approches promouvant des régulations limitées. Comme en amont de l’élection présidentielle de 2024, ils financent notamment des super PAC (political action committe, comités d’action politique), comme Leading the Future ou Public First Action. À la tête des 50 États, cela dit, au moins 370 mesures relatives au développement de l’IA ont été déposées, dont plus d’un tiers l’ont été depuis des chambres à majorité républicaine.

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IDMerit, spécialiste du KYC, aurait exposé les données d’1 milliard de personnes

La vie privée, ça se mérite
IDMerit, spécialiste du KYC, aurait exposé les données d’1 milliard de personnes

IDMerit, entreprise californienne spécialisée dans les processus de vérification de l’identité du client, est accusée d’avoir laissé en accès libre un jeu de bases de données contenant les données personnelles d’environ un milliard de personnes, dont 52 millions de Français.

Peut-on encore parler d’intrusion dans un système informatique quand la porte d’entrée est laissée béante ? Une enquête de Cybernews, publiée le 18 février, affirme qu’une entreprise spécialisée dans les processus de vérification d’identité du client (ou KYC, pour know your customer) avait laissé en accès libre une instance MongoDB d’environ 1 To.

Cette dernière hébergeait plusieurs bases de données qui, dans leur ensemble, représentaient environ 3 milliards d’enregistrements. Dans le lot figuraient environ 2 milliards de lignes correspondant à des logs (un historique d’activité), et 1 milliard d’informations considérées comme des données personnelles.

1 milliard de données personnelles exposées

« Plusieurs bases de données semblaient contenir des données redondantes pour un même pays. Cependant, notre équipe estime que la plupart des enregistrements étaient uniques », affirme Cybernews. Au total, les informations couvriraient un échantillon significatif de la population de 26 pays différents, avec 52 millions d’enregistrements qui émaneraient d’internautes français.

26 pays seraient concernés par cet ensemble de bases de données – crédit Cybernews

Outre le volume, la nature des données exposées est également particulièrement problématique. Selon Cybernews, l’instance contenait en effet des informations personnelles détaillées, avec coordonnées complètes, date de naissance et pièces d’identité. Dans certains jeux de données apparaissaient aussi des métadonnées liées à la ligne téléphonique ou d’autres critères que les auteurs de la découverte n’explicitent pas tels que des « annotations de profil social ».

« À cette échelle, les risques en aval comprennent la prise de contrôle de comptes, le phishing ciblé, la fraude à la carte de crédit, l’échange de cartes SIM et les atteintes à la vie privée à long terme », alerte Cybernews. Le média souligne par ailleurs le caractère très structuré des différentes bases de données exposées, qui facilite selon lui une exploitation à l’échelle industrielle, notamment grâce à des outils d’IA.

Exposées, mais téléchargées ?

Cybernews affirme que ses chercheurs ont découvert l’instance en question le 11 novembre dernier. Ces derniers ont dans la foulée contacté l’entreprise IDMerit qui a immédiatement sécurisé l’accès aux fichiers concernés. Un temps trop tard ? « Bien qu’il n’existe actuellement aucune preuve d’utilisation malveillante, des robots d’exploration automatisés mis en place par des acteurs malveillants parcourent constamment le web à la recherche d’instances exposées, les téléchargeant presque instantanément dès leur apparition », redoute Cybernews.

L’hypothèse de pirates capables de littéralement scanner Internet à la recherche de bases de données accessibles est pour mémoire tout à fait sérieuse, a minima pour les adresses IPv4.

Exigences de conformité

Inconnue du grand public, IDMerit est une entreprise californienne qui fournit des services de vérification d’identité à des banques, des émetteurs de services financiers, mais aussi des e-commerçants, des mutuelles, des assurances, des opérateurs téléphoniques ou des acteurs du jeu d’argent en ligne.

Tous ces secteurs ont en effet besoin, à des niveaux divers, de contrôler l’identité précise de la personne qui souscrit un service, notamment à des fins de conformité : une banque doit par exemple pouvoir justifier qu’elle connait ses clients (au sens vérification d’identité) dans le cadre des lois contre le blanchiment d’argent.

Les outils de vérification nécessaires sont généralement implémentés en marque blanche (le nom du prestataire n’apparait pas). À cette première brique très opérationnelle, IDMerit ajoute la promesse d’une capacité à enrichir les données, en croisant les différentes sources d’information à sa disposition, pour aider par exemple un établissement financier à déterminer le profil de risque du client qui cherche à souscrire un crédit.

« Nous intégrons des informations détaillées issues de sources de données officielles pour une analyse de données plus poussée. L’intégration de données démographiques telles que la situation géographique, le statut socio-économique, le sexe et l’âge nous permet d’améliorer considérablement notre capacité à identifier et à signaler les facteurs de risque et à optimiser la détection des fraudes », vante par exemple l’entreprise.

Ces intermédiaires, dont le métier consiste finalement à agréger un maximum de contexte autour de données personnelles, constituent de ce fait une cible de choix pour les pirates.

IDMerit n’a pas, à ce stade, commenté publiquement les informations révélées par Cybernews, et pourra peut-être se permettre de rester silencieuse si aucune action malveillante ne peut être rattachée aux informations issues de cette instance mal sécurisée.

Sumsub alerte sur une intrusion

Sumsub, un autre prestataire de KYC très utilisé par les plateformes spécialisés dans les cryptomonnaies (mais aussi par Duolingo) n’a pas eu cette chance. Début février, l’entreprise (basée à Londres) a communiqué au sujet d’une intrusion survenue dans son système en juillet 2024. L’incident a été découvert a posteriori, à l’occasion d’un audit de sécurité conduit en janvier dernier.

« D’après les informations actuellement disponibles, l’enquête de Sumsub indique qu’en juillet 2024, un acteur malveillant externe a soumis une pièce jointe malveillante via une plateforme de gestion de tickets d’assistance tierce, ce qui a permis un accès non autorisé limité à un environnement interne lié à l’assistance. », décrit Sumsub.

L’entreprise affirme que les données exposées consistaient principalement en une série de noms, mais elle indique aussi qu’une partie des enregistrements contenait des adresses email et des numéros de téléphone. Dans ce cas précis, aucune pièce d’identité, information biométrique ou information bancaire n’aurait été exposée ou compromise.

Sumsub comme IDMerit revendiquent sur leurs sites les certifications courantes de type ISO 27001 ou SOC2, ainsi qu’une totale conformité aux règlements européens ou états-uniens encadrant l’exploitation de données personnelles.

IDmerit vante la sécurité de ses services sur la page d’accueil de son site – capture d’écran

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☕️ Chrome introduit la vue partagée, l’annotation PDF et la sauvegarde sur Google Drive

Google a signalé jeudi l’apparition de trois nouvelles fonctionnalités au sein de son navigateur Chrome.

La première consiste en une vue partagée (ou split view), c’est à dire la possibilité d’afficher côte à côte deux pages Web au sein d’un même onglet, sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir une nouvelle instance du navigateur.

L’annonce de Google est récente, mais le déploiement de cette vue partagée a en réalité débuté en novembre dernier, d’abord dans le canal Canary dédié aux testeurs, puis sur une part progressive des utilisateurs de la version stable du logiciel.

Lorsqu’elle est activée, cette vue partagée fait apparaître un bouton contextuel à gauche de la barre d’adresse. Il permet de fermer l’une ou l’autre des vues, d’en inverser l’ordre d’affichage, ou de séparer les deux pages en onglets distincts.

Sur ce volet, Chrome se met simplement à niveau par rapport à la concurrence : la vue partagée vient aussi de faire son apparition chez Firefox, et des navigateurs comme Edge, Vivaldi, Opera ou Safari la proposent de longue date.

Chrome inaugure un mode split view

La visionneuse de PDF intégrée à Chrome évolue elle aussi : elle s’enrichit de possibilités d’annotation et de commentaires sans recours à un outil tiers. « Cette fonctionnalité est idéale pour apposer rapidement des signatures numériques, relire un rapport de travail, prendre des notes sur un programme de cours ou simplement surligner une section clé d’un document personnel », fait valoir Google qui, là aussi, rattrape la concurrence.

Dans la foulée, Google introduit une nouvelle option qui renforce l’intégration entre Chrome et son univers de services en ligne : la possibilité d’enregistrer le PDF ouvert ou annoté directement sur Google Drive, plutôt qu’uniquement en local sur la machine de l’utilisateur.

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Zuckerberg pressé devant la justice de justifier la politique de Meta relative aux préados

Cibler les préados pour gagner les ados
Zuckerberg pressé devant la justice de justifier la politique de Meta relative aux préados

Auditionné devant un jury à Los Angeles dans l’affaire qui oppose, entre autres, Meta à une jeune femme reprochant la mise en place de mécanismes d’addiction sur les plateformes de réseaux sociaux, Mark Zuckerberg a du expliquer pourquoi, comme l’indiquait un document de 2018, son entreprise estimait qu’il y avait 4 millions d’utilisateurs d’Instagram de 10 à 12 ans. Il a défendu la mise à disposition de « filtres de beauté » sur Instagram comme une liberté d’expression des utilisateurs.

Une jeune femme de 20 ans, Kaley G. M., et sa mère accusent les géants des réseaux sociaux, et notamment Google (via YouTube) et Meta (via Facebook et surtout Instagram), de provoquer et d’entretenir l’addiction chez les jeunes.

Après Adam Mosseri, patron d’Instagram, c’était ce mercredi 18 février à Mark Zuckerberg de s’y rendre. Le patron de Meta est arrivé au tribunal encadré par plusieurs personnes portant des lunettes connectées de l’entreprise.

Comme l’explique le Los Angeles Times, la juge Carolyn B. Kuhl a estimé nécessaire de prendre un moment pour avertir la salle que l’usage de ces lunettes était interdit : « Si vos lunettes enregistrent, vous devez les retirer. La cour ordonne qu’il ne doit y avoir aucune reconnaissance faciale du jury. Si vous l’avez fait, vous devez supprimer l’enregistrement. C’est très sérieux. »

Un filtre des enfants peu efficace

Les débats se sont notamment concentrés sur la politique de Meta concernant la création de comptes de jeunes enfants. Comme le Los Angeles Times l’explique, Mark Zuckerberg a rappelé qu’Instagram n’a jamais autorisé, dans ses conditions d’utilisation, les enfants de moins de 13 ans à s’inscrire.

Mais la plaignante, Kaley G. M., affirme dans sa plainte avoir créé son compte à l’âge de 9 ans. « Je pense généralement qu’il existe un groupe de personnes, potentiellement assez important, qui mentent sur leur âge afin d’utiliser nos services », a affirmé Mark Zuckerberg, évoquant également « une autre question séparée et très importante concerne la mise en application, et celle-ci est très difficile ».

Le patron de Meta en a profité pour réaffirmer que, selon lui, c’était aux responsables des systèmes d’exploitation comme Apple et Google que devrait revenir la charge de contrôler l’âge des utilisateurs.

Cibler les préados pour attirer les ados

Mais ce n’est qu’en décembre 2019, a pointé l’avocat de Kaley, Mark Lanier, qu’Instagram a commencé à demander leurs dates de naissance aux nouveaux inscrits, relate CNN. Il a aussi montré à la cour un document interne à Meta qui évaluait en 2015, selon NPR, à 30 % les enfants de 10 à 12 ans aux États-Unis qui utilisaient Instagram.

« Je ne me souviens pas du contexte de cet e-mail datant d’il y a plus de dix ans », a répondu Mark Zuckerberg. « Je pense que nous devons créer des services utiles qui permettent aux gens de rester en contact avec leur famille et leurs amis et d’apprendre à connaître le monde », a-t-il ajouté.

Mark Lanier a cité un autre document interne à l’entreprise, datant cette fois de 2018, dans lequel était affirmé « si nous voulons vraiment gagner auprès des adolescents, nous devons les attirer dès leur préadolescence ».

La liberté d’expression pour défendre les filtres « beauté » d’Instagram

Le patron de Meta a aussi été interrogé sur la volonté de son entreprise de pousser ses utilisateurs à utiliser toujours plus ses réseaux sociaux. L’avocat de la plaignante lui a demandé si son entreprise avait mis en place des buts à atteindre pour maximiser le temps d’exposition des utilisateurs, relate CNN.

Mark Zuckerberg a reconnu que ces buts avaient existé « plus tôt dans l’entreprise » mais qu’ils avaient été modifié pour se focaliser sur l’« utilité et la valeur apportée ». « Je pars du principe que si quelque chose a de la valeur, les gens le feront davantage », a-t-il ajouté.

Mark Lanier a aussi pointé le problème des filtres de beauté sur Instagram, qui permettent de modifier l’apparence du visage en y ajoutant du faux maquillage et des fausses modifications chirurgicales. Selon lui, Instagram a consulté 18 experts qui lui ont fait remarquer que ces filtres pouvaient être nuisibles. L’entreprise a décidé de laisser aux utilisateurs la possibilité de les créer tout en ne les mettant pas en avant.

« Je pensais que l’équilibre de la liberté d’expression devait permettre aux gens de créer ces filtres, mais que nous ne devions pas les créer nous-mêmes », a répondu Mark Zuckerberg, ajoutant que l’entreprise avait consulté des experts sur la liberté d’expression à ce sujet.

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L’Inde oblige les plateformes à tatouer les contenus audiovisuels générés par IA

New délit
L’Inde oblige les plateformes à tatouer les contenus audiovisuels générés par IA

Les médias sociaux devront vérifier que les contenus synthétiques soient labellisés comme tels, empêcher le partage des deepnudes et deepfakes interdits, et retirer les contenus illicites sous trois voire deux heures.

L’adage « je crois ce que je vois » est périmé du fait de l’avènement des deepfakes, qui « constituent une menace importante pour la vie privée des individus et la société dans son ensemble », avance le Deepfake Prevention and Criminalisation Act.

Cette loi indienne vise à prévenir et à criminaliser la création, la diffusion et l’utilisation de contenus synthétiques générés par IA sans consentement ou sans filigrane numérique. D’après TechCrunch, les plateformes pourront se voir ordonner de les retirer dans un délai de trois heures, voire de deux heures seulement dans certains cas. Auparavant, ce délai pouvait monter à trois jours, précise Libération.

Les plateformes et médias sociaux permettant à leurs utilisateurs de partager du contenu audiovisuel devront aussi exiger qu’ils précisent s’ils ont été générés par IA, mais également déployer des outils pour vérifier ces déclarations, veiller à ce que les deepfakes soient clairement identifiés et accompagnés de données de provenance traçables, et empêcher le partage de contenus synthétiques interdits (notamment les usurpations d’identité, images intimes non consenties et contenus liés à des crimes graves).

Les plateformes seront tenues de déployer des « mesures techniques raisonnables et appropriées » pour empêcher leurs utilisateurs de créer ou de partager des contenus audio et vidéo illégaux générés de manière synthétique, précise The Verge.

Les contenus générés par IA qui ne seront pas bloqués devront quant à eux intégrer des « métadonnées permanentes ou d’autres mécanismes techniques appropriés permettant d’en déterminer la provenance », et les doter de marquages visibles et/ou audibles pour permettre aux utilisateurs d’identifier immédiatement qu’il s’agit de contenus synthétiques.

Le « retard considérable » des systèmes de détection et d’étiquetage de l’IA

L’Inde compte un milliard d’internautes, principalement des jeunes, ce qui en fait l’un des marchés les plus importants pour les plateformes sociales, souligne The Verge, pour qui « toute obligation imposée dans ce pays pourrait avoir un impact sur les efforts de modération des deepfakes à travers le monde, soit en améliorant la détection jusqu’à ce qu’elle soit réellement efficace, soit en obligeant les entreprises technologiques à reconnaître la nécessité de trouver de nouvelles solutions ».

Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire, eu égard au « retard considérable » des systèmes de détection et d’étiquetage de l’IA à l’heure actuelle. La Coalition for Content Provenance and Authenticity (C2PA), de la Content Authenticity Initiative (CAI), lancée en 2021 par Arm, la BBC, Intel, Microsoft et Adobe, insère ainsi des métadonnées détaillées dans les images, vidéos et fichiers audio au moment de leur création ou de leur modification, afin de décrire de manière invisible comment ils ont été créés ou modifiés.

Mais si Facebook, Instagram, YouTube et LinkedIn ajoutent des étiquettes aux contenus signalés par le système C2PA, « il est clair que cela ne fonctionne pas », assène The Verge, pour qui « ces étiquettes sont difficiles à repérer, et certains contenus synthétiques qui devraient comporter ces métadonnées passent entre les mailles du filet ».

De plus, les plateformes de médias sociaux ne peuvent pas étiqueter correctement les contenus produits par des tiers, tels que les modèles d’IA open source ou les applications dites « nudify » qui refusent d’adopter la norme volontaire C2PA.

Il sera impossible pour les plateformes de respecter cette nouvelle loi

The Verge souligne également que « l’interopérabilité est l’un des principaux enjeux de la norme C2PA », mais bien que les nouvelles règles indiennes puissent encourager son adoption, « elles sont si faciles à supprimer que certaines plateformes en ligne peuvent involontairement les effacer lors du téléchargement de fichiers ».

Étant donné que les amendements précisent les mécanismes de traçabilité qui doivent être mis en œuvre « dans la mesure où cela est techniquement possible », les responsables à l’origine de la décision indienne sont probablement conscients que les technologies actuelles de détection et d’étiquetage par IA ne sont pas encore au point, conclut The Verge : « Les organisations qui soutiennent la C2PA affirment depuis longtemps que le système fonctionnera si suffisamment de personnes l’utilisent. C’est donc l’occasion de le prouver ».

Interrogé par Libé, Pratik Sinha, cofondateur du média spécialisé dans le fact-checking Alt News, avance qu’il sera « impossible pour les plateformes de respecter cette nouvelle loi. Nous sommes le pays le plus peuplé au monde et chaque jour, des milliards de posts sont générés ». Il s’interroge aussi sur les risques de censure politique :

« Qui détermine si un post-généré par IA est illégal ou non ? Normalement, en Inde, cela devrait relever d’une décision de justice, mais dans les faits, c’est la police qui s’en occupe. Cette loi a été votée pour faciliter la suppression des contenus qui critiquent le gouvernement, alors que les militants proches du pouvoir peuvent poster des fausses informations sans être inquiétés. »

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Google Maps limite les infos affichées aux utilisateurs non connectés à leur compte

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Google Maps limite les infos affichées aux utilisateurs non connectés à leur compte

Google semble préférer que vous utilisiez Google Maps en étant connecté à votre compte. Depuis quelques jours, le service propose en effet un « affichage limité » aux internautes anonymes, qui se trouvent ainsi privés des photos d’autres utilisateurs ou des avis laissés sur le lieu recherché.

La restriction ne semble pas en place chez tout le monde, mais il est assez facile de vérifier si vous êtes concerné : ouvrez un nouvel onglet de votre butineur favori en navigation privée, rendez-vous sur Google Maps et entrez l’adresse ou le nom d’un lieu qui vous est familier. Dans ce mode déconnecté (au sens non connecté à votre compte Google), vous risquez fort de disposer d’un « affichage limité de Google Maps », comme l’indique très clairement l’interface de l’outil de cartographie.

Des infos « sociales » en moins

Cette petite mention apparait en bas de la colonne qui réunit habituellement les informations relatives au lieu recherché. Comme nous avons pu le vérifier nous-même sur quelques recherches portant sur des lieux français de notoriété publique, Google Maps affiche toujours l’adresse, les horaires ou les informations de contact, mais toute la dimension sociale (avis laissés par d’autres internautes et galerie de photos) disparait. Dans le cas d’un célèbre musée, l’indicateur de l’affluence en fonction de l’heure ou les liens directs vers des services de billetterie en ligne manquent également à l’appel.

À gauche, Maps en navigation privée (le panneau d’aide n’est pas ouvert par défaut), à droite la même recherche en surfant connecté à un compte Google – captures d’écran Next

Partagée par quelques internautes sur Reddit et relayée dans la presse tech anglophone, la découverte fait s’interroger les commentateurs : Google aurait-il sciemment décidé de brider les utilisateurs non connectés pour mieux alimenter ses outils de collecte de données ? Neowin remarque que ce changement intervient quelques jours seulement après que Google a introduit des interactions avec Gemini, son chatbot d’IA générative, au sein de Maps.

Collecte de données ou lutte contre le scraping ?

D’après nos rapides tests conduits jeudi, l’utilisation d’extensions dédiés au blocage des publicités ou à la limitation du partage d’informations liées à la navigation n’a pas d’impact sur l’affichage. En mode déconnecté, le fait d’accepter ou de refuser les cookies lors de la connexion au service ne modifie pas non plus ce comportement.

Le lien « En savoir plus » prodigué par Google ne donne aucune explication précise quant à ce phénomène : il ouvre un panneau d’aide générique, qui recense quelques facteurs possibles de restrictions au niveau de l’affichage, et invite lui aussi à se connecter à son compte.

Ce panneau comporte toutefois une allusion au scraping de données, c’est-à-dire la collecte à grande échelle et de façon automatisée des informations disponibles sur les fiches. « Le scraping non autorisé de données peut avoir un impact négatif sur les performances et la disponibilité des services Google pour les autres utilisateurs. », y indique Google.

Le moteur de recherche n’a pour l’instant pas commenté ouvertement ce nouveau comportement. Il semble par ailleurs n’intervenir que chez certains internautes, ce qui pourrait laisser imaginer une phase de test (logique de test A/B).

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L’administration Trump prépare un site débloquant l’accès aux discours de haine en Europe

Trolling étatique
L’administration Trump prépare un site débloquant l’accès aux discours de haine en Europe

Alors que la Commission européenne et plusieurs pays de l’UE ouvrent des enquêtes sur les manquements des différents réseaux sociaux et notamment X aux législations européennes, l’administration Trump met en place freedom.gov, un site qui doit permettre de consulter les contenus interdits en Europe, y compris les discours de haine et la propagande terroriste.

Utilisant le vocabulaire de la liberté sur lequel Donald Trump a surfé lors de sa campagne électorale de 2024, son administration prévoit de lancer le site Freedom.gov pour viser le public européen. Le nom de domaine a été créé le 12 janvier.

N’affichant pour l’instant qu’une page statique avec des petits effets suggérant le dévoilement de la liberté, il doit être l’un des premiers outils concrets de l’offensive trumpiste contre la régulation numérique européenne.

Un projet mené par la diplomatie américaine

Reuters a eu vent du projet mené par Sarah B. Rogers, la responsable du sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique et aux affaires publiques étatsunien. Le site doit prochainement accueillir un portail qui permettrait aux personnes résidant en Europe mais aussi ailleurs de voir les contenus interdits dans leurs pays, y compris les discours de haine et la propagande terroriste qu’interdisent les différentes législations européennes.

Selon les sources de l’agence de presse, l’administration Trump présente cette initiative comme une contre-mesure contre la censure. Le projet aurait dû être lancé la semaine dernière alors qu’avait lieu la Conférence sur la sécurité de Munich.

Ce forum est régulièrement utilisé comme un théâtre des tensions diplomatiques : discussions sur le parapluie nucléaire français, remise en question de la guerre en Irak ou, plus récemment, en 2025, le discours de JD Vance. Dans celui-ci, le vice-président étatusien dénonçait un « recul » de la liberté d’expression en Europe, reprenant les arguments d’Elon Musk qui avait défendu le parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland.

Finalement, l’administration Trump, représentée cette fois par Marco Rubio, a voulu montrer un visage rassurant à l’Europe, tout en gardant le même cap. Et le lancement du projet Freedom.gov aurait été repoussé sans qu’on en connaisse la raison, selon les sources de Reuters, mais des responsables du secrétariat d’État auraient exprimé des doutes sur le projet.

Du flou sur le service qui sera réellement proposé

Officiellement, le secrétariat d’État n’admet aucun retard ni aucun doute juridique sur le sujet. Il rejette tout projet de contournement de censure visant spécifiquement l’Europe tout en affirmant que « la liberté numérique est toutefois une priorité pour le Département d’État, ce qui inclut la prolifération des technologies de protection de la vie privée et de contournement de la censure, telles que les VPN ».

L’agence de presse ne détaille pas la façon dont Freedom.gov permettrait ce contournement. Si le terme VPN est utilisé, ce n’est pas un outil utilisable directement via un site web. On imagine plutôt un service comme les sites de « proxy » qui reroutent les requêtes via l’intégration des pages dans les pages principales du site.

Une confrontation d’approches ancienne, poussée sur le terrain par Donald Trump

Les approches étatsunienne et européenne sur la liberté d’expression divergent depuis des décennies. Ainsi, le linguiste américain Noam Chomsky et l’historien français Pierre Vidal-Naquet se sont affrontés au début des années 80 sur la question de la possibilité ou non de laisser diffuser la propagande négationniste en démocratie.

Mais l’administration Trump veut maintenant imposer sa propre définition au Vieux continent alors que la Commission européenne mais aussi des États comme la France, l’Espagne ou le Royaume-Uni ont lancé des enquêtes judiciaires notamment contre le réseau social X et son IA Grok. Rappelons que l’année dernière, le dirigeant états-unien a imposé aux agences de son pays la censure, sur leurs sites web, d’au moins 200 mots, dont injustice, femmes, victimes, noir ou encore pollution.

À l’occasion d’une visite de quatre jours en Inde et du sommet mondial de l’IA qui s’y déroule, Emmanuel Macron s’est emporté contre cette « soi-disant liberté d’expression », relate Ouest-France. « Nous sommes en faveur de l’algorithme libre mais totalement transparent », a-t-il affirmé. « La liberté d’expression c’est du pur bullshit si personne ne sait comment on est guidé à travers cette soi-disant liberté d’expression », a ajouté le président français, qui continue à n’utiliser essentiellement que X lorsqu’il s’agit de communiquer sur un réseau social.

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OTAN : les pays européens cherchent à limiter leur dépendance à l’égard des armes US

Avion débloqué garanti sans spam
OTAN : les pays européens cherchent à limiter leur dépendance à l’égard des armes US

Les F-35 se débrident-ils comme un simple iPhone ? C’est ce qu’a suggéré le ministre néerlandais de la Défense, illustrant en creux les difficultés des pays de l’OTAN à s’autonomiser de leur allié historique que sont les États-Unis.

« Comme un iPhone, vous pouvez tout à fait jailbreaker un F-35 », a affirmé le ministre néerlandais de la Défense Gijs Tuinman à la radio locale BNR Nieuwsradio.

Hacker des avions, embaucher des forces supplémentaires : alors que les États-Unis se font toujours plus belliqueux, ses alliés historiques s’interrogent sur les meilleures manières de réduire leur dépendance au complexe militaro-industriel de l’Oncle Sam. Le Canada prévoit ainsi d’augmenter nettement ses dépenses militaires domestiques, tandis que le Royaume-Uni se cherche une voie du milieu.

Hacker des avions comme on hackerait des tracteurs ?

Aux Pays-Bas, donc, un ministre suggère que cela puisse passer par le hack des systèmes intégrés aux F-35, les avions militaires de Lockheed Martin créés grâce aux financements des États-Unis et d’une dizaine de pays de l’OTAN.

Aussi floue soit l’affirmation – Gijs Tuinman n’a fourni aucune indication concrète de la manière dont les armées pourraient s’y prendre –, l’affirmation illustre une problématique présente dans le domaine militaire comme dans le domaine civil : en se reposant pendant des décennies sur les équipements créés par les sociétés états-uniennes, ses alliés se sont laissés enfermer dans certains de leurs environnements technologiques.

L’impossibilité d’opérer des modifications logicielles sur l’appareil et au sol sans passer par l’armée américaine et Lockheed Martin rappelle les blocages subis par les agriculteurs dépendants du constructeur John Deere pour modifier ou réparer leurs tracteurs. Elle agite par ailleurs des inquiétudes au sujet d’un potentiel « kill switch » dans les avions américains : pour filer la métaphore agricole, des tracteurs ukrainiens construits par John Deere et volés par les Russes en 2022 ont pu être verrouillés, donc rendus inutilisables, à distance.

À l’heure actuelle, le Royaume-Uni, la Belgique, le Danemark, l’Italie, la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas et la Pologne sont déjà équipés de F-35. Si quelques-uns ont isolé certaines de leurs activités derrière des pare-feu, les seuls à avoir accès au code source sont le Royaume-Uni et Israël. Ce dernier est par ailleurs le seul à pouvoir installer ses propres logiciels sur les F-35I (une version du F35 spécifiquement équipée d’armes israéliennes), selon Opex360. Pour les autres, un potentiel jailbreak risquerait surtout de tendre un peu plus les relations diplomatiques avec le pays fournisseur des avions, sans parler des risques de dysfonctionnements que cela pourrait entraîner.

Indépendantisation relative des équipements US

Pour éviter la reproduction de ce type de problématiques, nombreux sont les États qui travaillent à prendre une plus grande indépendance de leur allié traditionnel. Au plus près des États-Unis, le Canada prévoit ainsi d’augmenter ses dépenses militaires à 5 % de son PIB et de créer 125 000 nouveaux emplois au fil de la prochaine décennie pour se défaire de ses liens aux fabricants d’armes américains.

Le but : dépenser 70 % des dépenses de défense à des sociétés canadiennes, contre environ 50 % actuellement, et construire « un nouveau partenariat ambitieux et complet avec l’Union européenne et le Royaume-Uni », selon son document stratégique. Le Canada cherchera aussi des partenaires dans la zone indo-pacifique, dont l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la Corée du Sud.

Concrètement, l’État est en train d’examiner des contrats de 2023 pour lui fournir 88 F-35. Il cherche par ailleurs à faire l’acquisition de 12 sous-marins adaptés aux conditions arctiques, projet pour lequel des propositions allemandes et sud-coréennes doivent être soumises d’ici le mois prochain.

Auprès du Financial Times, le gérant du seul fonds canadien de capital-risque, ONE9, souligne qu’une logique « buy Canadian » fonctionnera mieux « lorsque nous aurons développé des sociétés mûres dans lesquelles investir », une perspective pour laquelle il faut « à la fois des capitaux patients et un premier client crédible ».

Au Royaume-Uni, allié traditionnel des États-Unis, la question de l’indépendance se pose depuis plusieurs mois. Société britannique, BAE Systems travaille depuis plusieurs mois à créer explosifs et combustibles de manière indépendante, notamment pour se conformer aux nouvelles obligations du ministère de la Défense.

Historiquement, le plus gros fournisseur militaire en Europe reposait en effet largement sur les États-Unis et la France. Fin 2025, les résultats de l’entreprise ont augmenté de 10 % par rapport à l’année précédente, portés par un record de 83,6 milliards de livres sterling (95,62 milliards d’euros) de commandes à honorer.

Malgré ces travaux, et des discussions autour d’une alliance canado-britannique pour financer des sociétés de défense, le Royaume-Uni acceptait en ce début février d’acheter pour 150 millions de livres d’armes américaines pour continuer de fournir l’Ukraine.

Le ministre de la Défense néerlandais a de son côté admis que les F-35, aussi dépendants des décisions américaines soient-ils, restaient « un meilleur avion que bien d’autres chasseurs ». Autant d’éléments qui soulignent les complexités de la création de stratégies financières et technologiques de défense plus autonomes vis-à-vis des États-Unis.

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☕️ Un bug dans Microsoft 365 Copilot lui permettait de résumer des emails confidentiels

L’assistant IA inclus dans Microsoft 365 Copilot avait la possibilité de passer outre les mesures de sécurités censées être mises en place pour qu’il n’accède pas à tous les contenus des utilisateurs de la suite.

BleepingComputer a relevé que Microsoft avait signalé depuis le 21 janvier ce bug dans son outil réservé aux administrateurs Microsoft 365 sous le numéro CW1226324.

Copilot Chat pouvait accéder aux emails envoyés ou en brouillon des utilisateurs même s’ils étaient étiquetés par l’utilisateur comme confidentiels (étiquette pourtant explicitement mise en place pour éviter cela). Ainsi ses résumés pouvaient intégrer des informations issues de ces emails confidentiels.

Selon Microsoft elle-même, ce bug entraine le fait que « les emails des utilisateurs auxquels une étiquette confidentielle a été appliquée sont traités de manière incorrecte par le chat Microsoft 365 Copilot » et que « l’ « onglet travail » du Chat de Copilot Microsoft 365 résume les emails même si ceux-ci sont assortis d’une étiquette de confidentialité et qu’une politique DLP [data loss prevention, ndlr] est configurée ».

L’entreprise affirme avoir commencé à déployer le correctif début février et indique qu’elle a contacté une partie des utilisateurs concernés pour vérifier qu’il fonctionnait. Mais elle ne s’est encore engagée sur aucune date de correction complète du bug et n’a donné aucune information sur le nombre d’organisations touchées.

Plus tôt, la direction des services informatiques du Parlement européen avait décidé de bloquer l’accès à tous les outils d’IA générative sur ses appareils pour s’assurer que des informations ne fuitent pas via ces outils.

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Stockage S3 : MinIO archive (et condamne) sa Community Edition

Tressaillez d'allégresse
Stockage S3 : MinIO archive (et condamne) sa Community Edition

Considérée comme une solution de choix pour déployer un serveur de stockage objet compatible S3, la Community Edition de MinIO vient d’être enterrée sans tambour ni trompette par la société du même nom, qui se contente simplement de renvoyer vers sa solution commerciale à sources fermées.

Plusieurs signaux faibles, observés tout au long de l’année 2025, laissaient augurer de cette décision, mais la découverte du bandeau annonçant l’archivage du dépôt dédié à MinIO risque tout de même de faire grincer quelques dents dans la communauté open source. « Ce dépôt a été archivé par son propriétaire le 13 février 2026. Il est désormais en lecture seule », indiquent en effet les pages du projet sur GitHub.

La dernière mise à jour opérée sur le dépôt en scelle le destin : opérée au niveau du Readme du projet, elle signale simplement que ce dernier n’est plus maintenu et renvoie vers AIStor, la déclinaison commerciale de MinIO, qui dispose bien d’une licence gratuite pour un usage « communautaire », mais s’appuie sur du code propriétaire, et présente certaines restrictions par rapport à la Community Edition.

Ultime commit de MinIO CE – capture d’écran Next

Un outil populaire, apprécié pour sa simplicité

En 2020, Next avait consacré une série d’articles à MinIO, et pour cause : la solution présentait sur le papier toutes les cartes pour intéresser les internautes à la recherche d’un stockage objet open source, simple à mettre en œuvre, mais offrant néanmoins tous les raffinements nécessaires à des usages avancés, de la redondance à la protection contre la dégradation des données en passant par des fonctions d’administration poussées, soit à la main, soit par l’intermédiaire de Docker ou Kubernetes.

La version serveur de MinIO Community Edition avait par ailleurs le bon goût d’être accompagnée d’un client multiplateformes lui aussi facile à prendre en main. Bref, tous les ingrédients d’un bon outil, et les amateurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, comme en témoignent les 60 000 étoiles qui ornent le dépôt GitHub du projet.

La société éditrice a quant à elle connu une trajectoire commerciale de premier plan, auréolée par une levée de fonds en série B de 103 millions de dollars bouclée début 2022 sur la base d’une valorisation fixée à un milliard de dollars. MinIO ne communique pas son chiffre d’affaires, mais s’enorgueillit sur son site de compter quelques sociétés parmi les plus gourmandes en données de la planète au rang de ses clients. Dans le lot figurent des grands comptes tels que Salesforce, BNP Paribas, Palantir, Disney ou AMD.

Des signes avant-coureurs au gré des mises à jour

MinIO n’a pas exprimé publiquement sa position au sujet de la Community Edition ces derniers temps, mais l’entreprise a procédé, sur les douze derniers mois, à plusieurs petites modifications qui visaient à restreindre le périmètre fonctionnel offert par cette dernière.

Harshavardhana, l’un des cofondateurs de MinIO, a par exemple introduit le 26 février dernier une modification du code privant les utilisateurs de l’interface graphique d’administration, et limitant de fait ces derniers à la ligne de commande.

Harshavardhana s’en est expliqué quelques semaines plus tard, en réponse à un utilisateur qui se plaignait de cette disparition : « La création et la maintenance de consoles graphiques distinctes pour les branches communautaire et commerciale représentent un travail considérable. Honnêtement, il est difficile de reproduire ce travail pour la branche communautaire. »

L’argument s’entend : après tout, MinIO est une entreprise commerciale, mais il a tout de même suscité analyses et commentaires réprobateurs, évoquant par exemple l’épisode du changement de licence de Redis. L’annonce a également entraîné la création d’un fork du navigateur en question, même si ce dernier ne semble pas avoir dépassé le stade du démarrage, peut-être faute de gouvernance adaptée.

La suite allait donner du grain à moudre aux déçus : le 15 octobre, Harshavardhana a mis à jour le Readme pour signaler cette fois la fin des exécutables qui simplifiaient l’installation. « Nous n’acceptons plus de demandes de fonctionnalités pour l’édition communautaire. », précise-t-il à cette occasion. Dans le même temps, les liens qui pointaient vers la documentation renvoient vers le support payant de MinIO.

Le 3 décembre, le projet passe officiellement en maintenance. « Aucune nouvelle fonctionnalité, amélioration ou demande de fusion ne sera acceptée. Les correctifs de sécurité critiques pourront être évalués au cas par cas ». Jusqu’au 13 février, qui signe donc le gel (définitif ?) de la version communautaire de MinIO.

Fort heureusement pour les déçus, la scène du stockage objet est dynamique, et même si MinIO était salué pour ses qualités, il existe des alternatives de Garage à RustFS en passant par Ceph ou SeaweedFS.

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☕️ Le Parlement européen bloque l’accès aux outils d’IA générative sur ses appareils

Pour des raisons de cybersécurité et de protection des données, le Parlement européen a bloqué les fonctionnalités d’IA génératives des appareils qu’il fournit aux députés européens et à leurs équipes.

Dans un email obtenu par Politico, l’institution a informé ses membres lundi qu’elle avait désactivé les « fonctionnalités d’intelligence artificielle intégrées » sur les tablettes qu’elle leur fournit.

Drapeaux de l’Union européenne

« Certaines de ces fonctionnalités utilisent des services cloud pour effectuer des tâches qui pourraient être traitées localement, envoyant ainsi des données hors de l’appareil », explique la direction des services informatiques du Parlement :

« Alors que ces fonctionnalités continuent d’évoluer et deviennent disponibles sur un plus grand nombre d’appareils, l’étendue totale des données partagées avec les fournisseurs de services est encore en cours d’évaluation. Tant que cela n’aura pas été entièrement clarifié, il est considéré comme plus sûr de garder ces fonctionnalités désactivées. »

Les fonctionnalités visées seraient celles d’aide à l’écriture et au résumé de textes. La DSI du parlement pousse aussi les députés et leurs équipes à éviter ce genre d’outils sur leurs autres appareils.

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☕️ Google annonce son Pixel 10a à 549 euros

Après les modèles haut de gamme de la série Pixel 10, présentés en août dernier, Google complète sa gamme avec l’annonce du Pixel 10a, son smartphone d’entrée de gamme, affiché au prix public de 549 euros. L’appareil se présente comme une évolution mineure du Pixel 9a auquel il succède, et dont il reprend les principaux composants.

La particularité la plus notable du Pixel 10a tient à l’intégration de ses deux capteurs photo dorsaux : alors que depuis des années, la mode est aux protubérances assumées, Google propose ainsi un appareil au dos parfaitement plat. Sa coque arrière abandonne le verre des séries 10 et 10 Pro au profit d’un revêtement plastique décliné en bleu, rouge, noir et gris (ou Lavande, Rouge Framboise, Brume et Noir Volcanique si vous préférez les termes du marketing de Google).

Quatre coloris pour le Pixel 10a

Au sein de ce châssis « incluant pour la première fois du cobalt, du cuivre, de l’or et du tungstène recyclés », Google conserve un écran 6,3 pouces pOLED (1 080 x 2 424 pixels) avec fréquence variable entre 60 et 120 Hz, doublé d’un verre Gorilla Glass 7i.

Côté composants, Google rejoue la partition du 9a : on retrouve un processeur maison Tensor G4 (le reste de la gamme Pixel 10 adopte la génération suivante, le Tensor G5) accompagné de 8 Go de mémoire vive et 128 ou 256 Go de stockage, ainsi que de la puce maison Titan M2 dédiée aux fonctions de sécurité.

Le volet photo reste lui aussi similaire, sur le papier, à celui du modèle 2025, avec un capteur principal grand angle 48 mégapixels ouvrant à f/1,7, doublé d’un ultra grand angle à 13 Mpx, et d’un autre capteur 13 Mpx en face avant.

Livré sous Android 16, le Pixel 10a embarque toute la panoplie des fonctions et services IA de Google, à l’exception du « zoom amélioré », et promet une autonomie de 30 heures en conditions normales, ou 120 heures avec les fonctions maximales d’économie d’énergie, grâce à une batterie 5100 mAh. L’appareil est affiché à 183 grammes sur la balance, contre 204 grammes pour le Pixel 10 standard.

Le Pixel 10a intègre par ailleurs la fonction SOS par satellite, dont était privé le 9a. On pourra consulter sur cette page les caractéristiques complètes du téléphone comparées à celles des Pixel 10 et Pixel 10 Pro.

Le nouveau venu est affiché à 549 euros, avec des précommandes ouvertes dès à présent et des livraisons programmées au 5 mars prochain. Le Pixel 9a voit quant à lui son prix baisser à 449 euros.

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Bercy informe d’une intrusion dans le Ficoba : 1,2 million de comptes exposés

Ginkgo Ficoba
Bercy informe d’une intrusion dans le Ficoba : 1,2 million de comptes exposés

Bercy a informé mercredi soir, par voie de communiqué, d’une intrusion dans le fichier national des comptes bancaires et assimilés (Ficoba), qui liste tous les comptes bancaires ouverts en France. Les services de la DGFiP assurent que les accès illégitimes ont été restreints, mais préviennent que les données de 1,2 million de comptes ont pu être exposées.

Dans une actualité marquée à la fois par la récurrence des fuites de données et par les velléités grandissantes de constitution de fichiers centralisés, l’incident revêt une portée symbolique particulière. Cette fois, ce sont en effet les services de Bercy qui informent, mercredi en fin d’après-midi, d’une intrusion dans un fichier particulièrement sensible : le Ficoba, ou fichier national des comptes bancaires et assimilés, qui liste tous les comptes bancaires ouverts, mais aussi les coffres-forts loués en France.

1,2 million de comptes exposés

L’intrusion a pris la forme d’un accès non autorisé, que le service de presse de Bercy décrit de la façon suivante :

« A compter de la fin janvier 2026, un acteur malveillant, qui a usurpé les identifiants d’un fonctionnaire disposant d’accès dans le cadre de l’échange d’information entre ministères, a pu consulter une partie de ce fichier qui recense l’ensemble des comptes bancaires ouverts dans les établissements bancaires français et contient des données à caractère personnel : coordonnées bancaires (RIB / IBAN), identité du titulaire, adresse et, dans certains cas, l’identifiant fiscal de l’usager. »

Les finances publiques assurent que dès détection de l’incident, « des mesures immédiates de restriction d’accès ont été mises en œuvre afin de stopper l’attaque, de limiter l’ampleur des données consultées et extraites de cette base ».

Le périmètre exposé concernerait tout de même 1,2 million de comptes, qui devraient faire l’objet d’une prise de contact : « Les usagers concernés recevront dans les prochains jours une information individuelle les alertant qu’un accès à leurs données a pu être constaté. »

Outre le dépôt de plainte et la notification à la CNIL exigés en de telles circonstances, Bercy indique s’être rapproché des établissements bancaires afin que ces derniers participent à la sensibilisation des contribuables concernés.

Le ministère précise enfin que les services et agences de l’État, parmi lesquels son service du haut fonctionnaire de défense et de sécurité (HFDS) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) sont mobilisés autour de la sécurisation du système d’information concerné.

Le Ficoba enregistre, d’après la CNIL, les informations de plus de 80 millions de personnes physiques, françaises ou non, qui ont un compte bancaire en France. Il répertorie les données d’identification du titulaire, les éléments d’identification du compte et ses dates d’ouverture ou de modification. Il ne liste en revanche « aucun élément concernant l’historique des opérations effectuées sur le compte concerné ou sur son solde ».

La combinaison des informations exposées se prête néanmoins à des scénarios d’ingénierie sociale poussés, à l’instar des données volées récemment sur la plateforme Choisir le service public.

Bercy recommande par ailleurs un « rappel de vigilance à destination des usagers », en trois points :

  • alors que de nombreuses tentatives d’escroqueries circulent par courriel ou SMS dans le but d’obtenir des informations ou des paiements de la part des usagers, « au moindre doute, il est préférable de ne pas répondre directement » ;
  • l’administration fiscale « ne vous demande jamais vos identifiants ou votre numéro de carte bancaire par message », et « même si l’expéditeur semble être un interlocuteur de la DGFiP, contactez directement votre service des impôts via la messagerie sécurisée de votre espace ou par téléphone afin de vérifier l’authenticité du message reçu » ;
  • en cas de suspicion de l’utilisation frauduleuse de vos données personnelles, « nous vous recommandons de conserver toutes les preuves (messages, adresse du site web, captures d’écran…) », mais également de s’appuyer sur les ressources du site cybermalveillance.gouv.fr.
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☕️ La Russie veut autoriser le FSB à couper l’accès à Internet et la téléphonie mobile

La Russie veut obliger les fournisseurs d’accès à Internet et de téléphonie mobile à se conformer aux ordres du service de sécurité intérieure russe FSB, successeur du KGB, visant à interrompre les services de télécommunications, rapporte The Moscow Times.

Le projet de loi, adopté mardi par la Douma d’État, chambre basse du Parlement russe, est censé contribuer à protéger les Russes et les institutions publiques contre les menaces pour la sécurité tout en préservant les entreprises de télécommunications de poursuites judiciaires. Et ce, alors que les régions du pays sont de plus en plus confrontées à des perturbations généralisées de l’internet et des réseaux mobiles en raison des attaques de drones ukrainiens, souligne le Moscow Times.

Le projet de loi, qui a été approuvé par 393 législateurs (sur 450, avec 13 voix contre), a depuis subi plusieurs modifications, notamment la suppression des références aux « menaces pour la sécurité » comme justification des fermetures et la modification des pouvoirs accordés au FSB, qui passent de la délivrance de « demandes » à celle d’« exigences » contraignantes.

Outre les services Internet et mobiles, le projet de loi permettrait également aux responsables de la sécurité de bloquer les appels téléphoniques, les SMS et même les services postaux, a déclaré Igor Lebedev, vice-ministre russe des Communications.

Pour entrer en vigueur, les modifications apportées à la loi russe sur les communications doivent encore être approuvées par le Conseil de la Fédération, la chambre haute du Parlement, et signées par Vladimir Poutine.

The Moscow Times, dont la rédaction s’est relocalisée à Amsterdam suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a depuis été classé « organisation indésirable » et l’accès à son site web est bloqué par le Roskomnadzor dans le pays.

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Aux Pays-Bas, nouveau scandale autour d’un algorithme de prédiction de la récidive

ML récidiviste
Aux Pays-Bas, nouveau scandale autour d’un algorithme de prédiction de la récidive

Aux Pays-Bas, le ministère de la Justice vient de mettre au jour les dysfonctionnements d’un système algorithmique déployé pour tenter de prévoir la récidive d’individus suspects ou condamnés. Alors que l’administration cherche à le réparer, des défenseurs des droits humains soulignent que ce type d’usage du machine learning est critiqué depuis une décennie.

Un nouveau système algorithmique prompt aux erreurs a été épinglé aux Pays-Bas. Ce 12 février, le ministère de la Justice néerlandais a publié un rapport relatif au système utilisé par les services de probation Reclassering Nederland pour évaluer le risque de récidive chez les détenus déjà condamnés comme chez les personnes en détention provisoire.

L’audit fait partie intégrante d’un travail plus large sur les systèmes algorithmiques utilisés à travers l’administration, lui-même initié à la suite de deux scandales relatifs à des outils biaisés.

Pendant près d’une dizaine d’années, l’administration fiscale néerlandaise a en effet recouru à un système qui a demandé des sommes faramineuses et indues à des familles généralement ciblées pour leurs origines étrangères. De même, des systèmes de détection de fraude aux prêts étudiants accusaient beaucoup plus fréquemment les étudiants issus de minorités ethniques, donc à leur faire subir plus fréquemment des contrôles.

Consommation de drogues et problématiques psychologiques non pris en compte

Dans le cas présent, le système algorithmique incriminé a été utilisé pour traiter de l’ordre de 44 000 cas par an, et aider à évaluer si ces personnes risquaient plus ou moins de récidiver.

Un tel cas d’usage rappelle les premiers grands travaux sur les travers que ce type d’outils créent sur le terrain en termes d’égalité devant la loi. En 2016, le journal ProPublica publiait ainsi une enquête au long cours démontrant qu’aux États-Unis le système COMPAS (Correctional Offender Management Profiling for Alternative Sanctions) qualifiait beaucoup plus fréquemment les suspects noirs de risque de récidives que les suspects blancs, à tort.

Dans le cas néerlandais, le système, nommé OxRec, fournit de mauvais résultats dans 20 % des cas et ne correspond pas aux standards gouvernementaux d’utilisation. Depuis 2018, les formules normalement utilisées pour évaluer les personnes déjà condamnées et suspectes ont été inversées, la consommation de drogues n’est pas correctement prise en compte, et les problématiques psychologiques graves ne sont pas prises en considération, relève l’enquête administrative. Le système a par ailleurs été entraîné sur d’anciennes données issues de prisons suédoises, et non sur la population des prisons néerlandaises.

Pause avant remise en service

Suite à ce rapport, Reclassering Nederlands a stoppé l’utilisation d’OxRec. Le ministère de la Justice néerlandais a en revanche expliqué « chercher à le remettre en service dès que toutes les améliorations auront été déployées, car une utilisation responsable de cet algorithme contribue à l’efficacité et à la cohérence des conseils en termes de probation », souligne sur LinkedIn Alexander Laufer, chercheur auprès d’Amnesty International.

Pour les enquêteurs du ministère de la Justice, le plus gros risque que posent les dysfonctionnements du système est en effet que des probabilités de récidive aient été sous-évaluées.

En 2020, des scientifiques avaient quant à eux émis une alerte sur l’usage des codes postaux dans OxRec, expliquant que cela pouvait mener de manière indirecte à des logiques de profilage ethnique. D’après la directrice du service de probation Jessica Westerik, ces alertes avaient été prises « très au sérieux », mais les services avaient conclu qu’il existait suffisamment de preuves scientifiques pour considérer que l’adresse et les revenus étaient des paramètres.

Alexander Laufer, lui, rappelle que la prédiction de la récidive est « une des applications les plus controversées » du machine learning, et que le consensus scientifique estime désormais « (1) que ça ne fonctionne pas et (2) que ç’a des conséquences discriminatoires sévères et imprévisibles », y compris en termes d’accès à un procès équitable.

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☕️ Pédopornographie genAI: le gouvernement espagnol à l’offensive contre X, Meta et TikTok

« L’impunité des géants doit cesser », affirmait le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, dans un message diffusé sur le réseau social X ce mardi 17 février. Il y annonçait ainsi que le gouvernement espagnol allait demander à la justice « d’enquêter sur les délits que X, Meta et TikTok pourraient commettre en créant et en diffusant de la pornographie infantile par le biais de leurs IA ».

« Ces plateformes portent atteinte à la santé mentale, à la dignité et aux droits de nos enfants », a-t-il ajouté, « l’État ne peut pas l’admettre ».

L’agence Reuters rapporte qu’un jeune Espagnol sur cinq, principalement des filles, affirme que des deepnudes d’elles et eux ont été créées par l’IA et partagées en ligne alors qu’ils et elles étaient mineurs, a déclaré le bureau de Sanchez, citant l’organisation de défense des droits Save the Children.

Jusque-là, c’est X et les deepfakes de Grok qui étaient surtout visés par des menaces judiciaires, mais le gouvernement espagnol semble élargir sa cible à Meta et TikTok sans pour autant détailler les reproches qu’il leur fait.

« TikTok dispose de systèmes robustes pour contrecarrer les tentatives d’exploitation ou de préjudice envers les jeunes, et nous continuons à donner la priorité et à investir dans des technologies de pointe afin de garder une longueur d’avance sur les acteurs malveillants », affirme le réseau social de partage de vidéos dans un communiqué envoyé à Reuters, tandis que X et Meta n’ont pas répondu à nos confrères sur le sujet.

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Addiction aux réseaux sociaux : Meta a enterré une recherche qui ne lui convenait pas

Sous le tapis
Addiction aux réseaux sociaux : Meta a enterré une recherche qui ne lui convenait pas

L’affaire qui oppose, aux États-Unis, une jeune femme aux plateformes de réseaux sociaux documente la façon dont Meta gère les recherches internes que l’entreprise lance sur les conséquences de ses produits. Des emails montrent ainsi que des travaux sont enterrés quand ils ne vont pas dans le sens de l’entreprise.

La semaine dernière s’est ouvert aux États-Unis le procès opposant Meta et Google à une plaignante âgée de 20 ans, Kaley G. M., et sa mère, qui les accusent de provoquer et entretenir l’addiction chez les jeunes. Comme nous l’expliquions, Snap et TikTok ont aussi été mis en cause mais ces deux entreprises ont préféré négocier un accord avec les plaignantes.

Les techniques pour attirer et garder l’auditoire de YouTube mais aussi des plateformes de réseaux sociaux Facebook et Instagram de Meta vont donc être particulièrement scrutées pendant ce procès.

Mais l’avocat de Kaley G. M, Mark Lanier, profite de l’accès aux documents internes de Meta que lui offre ce procès pour pointer la façon dont Meta choisit de rendre publiques ou pas, voire d’abandonner totalement les recherches que l’entreprise fait sur l’utilisation de ses produits.

Une étude interne de Meta qui remonte via le procès

En effet, comme nous en faisions part récemment, de plus en plus de recherches sur le numérique sont menées en lien avec les entreprises du secteur. Souvent, les auteurs n’informent pas correctement sur les liens qui les relient à Meta, X, Google ou Microsoft, par exemple. Ainsi, 29 % des articles scientifiques à propos des réseaux sociaux oublient de mentionner leurs liens d’intérêt.

Dans ce procès, Mark Lanier a mis en avant une étude menée par Meta en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Chicago qui, selon lui, montre que le fait que les parents surveillent de près l’utilisation par leurs ados des réseaux sociaux n’a que très peu d’effet sur une utilisation compulsive ou non. Cette étude, nommée « Project Myst » pour Meta and Youth Social Emotional Trends, sondait 1 000 adolescents et leurs parents à propos de leurs usages des réseaux sociaux, explique Associated Press.

L’avocat n’a pas diffusé l’entièreté de l’étude, mais cite trois extraits repris par l’association The Tech Oversight Project. L’un affirme que « les facteurs parentaux et familiaux ont peu d’influence sur le niveau d’attention que les adolescents déclarent accorder à leur utilisation des réseaux sociaux ». Le deuxième conclut qu’ « il n’y a aucun lien entre ce que rapportent les parents et les adolescents concernant la surveillance/l’accompagnement numérique des parents et les mesures de l’attention ou des capacités des adolescents telles qu’elles ressortent de l’enquête ». Et le troisième que « les adolescents qui ont déclaré avoir vécu un plus grand nombre d’expériences négatives dans leur enfance, telles qu’une relation étroite avec une personne ayant des problèmes d’alcoolisme ou souffrant d’alcoolisme, ou avoir été victimes d’intimidation ou de harcèlement à l’école, ont déclaré être moins attentifs à leur utilisation des réseaux sociaux ».

Sans publication, des interprétations divergentes

Selon TechCrunch, Mark Lanier a interprété devant la Cour ces conclusions de l’étude comme le fait que les outils de contrôle parental d’Instagram ou ceux de limitation du temps d’utilisation sur les smartphones n’auraient pas vraiment d’effet sur l’utilisation excessive des réseaux sociaux sur les ados. Pour autant, il est difficile d’aller dans son sens ou de conclure autre chose sans avoir accès à l’étude en question.

Nos confrères soulignent que, bien qu’un document semble montrer qu’il a donné son accord pour la mise en place de MYST, le patron d’Instagram, Adam Mosseri, a affirmé dans son témoignage ne pas se rappeler du projet : « Nous menons de nombreux projets de recherche », a-t-il affirmé devant la Cour.

Les avocats de Meta ont plus insisté sur le fait que l’étude cherchait à déterminer non pas si les adolescents étaient réellement dépendants, mais s’ils avaient le sentiment d’utiliser trop les réseaux sociaux. Concernant l’utilisation excessive des réseaux sociaux par les adolescents, ils ont mis l’accent sur la responsabilité des parents et les problèmes rencontrés dans la vie plutôt que sur les produits de leur client, pointant le divorce des parents de Kaley, son père violent et le harcèlement qu’elle a subi à l’école.

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☕️ Pollution de l’air : les data centers de xAI continuent d’outrepasser la réglementation

Après Memphis, Southaven, de l’autre côté de la frontière entre le Tennessee et le Mississippi. Aux États-Unis, la société d’Elon Musk xAI continue de défier les réglementations environnementales en recourant à des générateurs illégaux au gaz pour alimenter ses centres de données.

Depuis 2025, le supercalculateur Colossus que xAI a construit à Memphis est critiqué par la population locale et des associations de défense de l’environnement pour la pollution à l’oxyde d’azote que ses générateurs rejettent dans l’air.

Sollicitée, l’agence états-unienne de la protection de l’environnement (EPA) a rappelé qu’en vertu du Clean Air Act (loi sur la qualité de l’air), l’usage de ce type de générateur était soumis à autorisation. Le comté dans lequel se trouve Colossus a finalement autorisé 15 turbines, alors que le data center en utilisait initialement plus d’une trentaine.

Depuis ces premiers aléas, cela dit, xAI a créé Colossus 2, un deuxième data center situé juste à côté du premier. Pour l’alimenter en énergie, l’entreprise recourt de nouveau à des turbines à gaz, stockées de l’autre côté de la frontière.

Hanna Barakat & Archival Images of AI + AIxDESIGN / Better Images of AI / Weaving Wires 2 / CC-BY 4.0

Auprès du Guardian, les habitants témoignent de leurs inquiétudes, que ce soit vis-à-vis de la pollution sonore ou de l’air – d’après l’une des résidentes, Shannon Samsa, la ville compte « au moins 10 écoles dans un rayon de trois kilomètres autour du bâtiment ». Les pollutions émises au fil de leur fonctionnement ont été liées à diverses problématiques de santé comme l’asthme, le cancer du poumon ou des attaques cardiaques.

D’après les images thermiques récupérées par le média Floodlight, néanmoins, le centre de données de Southaven continue d’être alimenté grâce à ses générateurs. Depuis novembre, 18 des 27 turbines présentes, dont au moins 15 n’ont aucun permis, ont été utilisées.

Saisis, les régulateurs du Mississippi ont estimé que les turbines incriminées n’avaient pas besoin d’autorisation dans la mesure où elles sont stockées sur des remorques. Entité d’autorité nationale, l’EPA, elle, a statué en janvier : remorques ou non, ce type de dispositif ne peut être utilisé qu’après demande d’autorisation. À défaut, la moindre exception pourrait « permettre que ces engins fonctionnent en dehors de toute limitation d’émission », indique-t-elle dans sa décision (.pdf).

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☕️ Google programme sa conférence I/O aux 19 et 20 mai

Google n’a pas dérogé à son calendrier. Sa conférence annuelle dédiée aux développeurs, la Google I/O, se tiendra comme tous les ans fin mai, dans ses locaux de Mountain View, avec une diffusion en ligne des principales sessions.

L’entreprise a confirmé mardi les dates définitives de l’événement, les 19 et 20 mai prochains. « Connectez-vous pour découvrir nos dernières avancées en matière d’IA et les mises à jour de nos produits dans toute l’entreprise, de Gemini à Android et bien plus encore », promet Google.

Annonce des dates de la conférence Google I/O 2026

En 2025, l’événement annuel de Google avait, sans trop de surprise, accordé une place prépondérante à l’IA, avec une foule d’annonces relatives aux modèles Gemini, ainsi qu’à l’intégration progressive de fonctions d’IA générative au sein du moteur de recherche emblématique du groupe.

Google ne communique à ce stade aucun élément du programme de la conférence I/O 2026, mais il ne fait guère de doute que ses annonces suivront la même tendance, dans un contexte de concurrence accrue entre les poids lourds de l’IA générative.

Sur le volet mobile, Google vient tout juste de mettre en ligne la première bêta d’Android 17 destinée aux développeurs.

L’enregistrement à la Google I/O 2026 est ouvert sur le site dédié.

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Règlement sur l’IA et lutte contre les risques systémiques au menu de l’INESIA

Alignez-vous qu'ils disaient
Règlement sur l’IA et lutte contre les risques systémiques au menu de l’INESIA

Le récent Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’IA (INESIA) a dévoilé sa feuille de route pour 2026 et 2027. Au menu : accompagnement des évolutions réglementaires, équipements face aux risques systémiques et coopération internationale.

Comment évaluer l’intelligence artificielle ? Comment détecter à temps ses comportements imprévus ? Limiter les risques que créent d’éventuels mésusages ? Telles sont certaines des questions auxquelles l’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’IA (INESIA) inauguré le 31 janvier 2025 devra répondre au fil des deux prochaines années.

Dévoilé juste avant le Sommet de Paris sur l’action pour l’IA de février 2025, l’INESIA réunit l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), l’Inria, le laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) et le pôle d’expertise de la régulation numérique (PEReN) pour « soutenir le développement de l’intelligence artificielle et accompagner la transformation de l’économie qu’elle induit ». Cette mission s’effectue tout en « étudiant scientifiquement les effets de ces technologies », en particulier « en termes de sécurité ».

Pour 2026 et 2027, elle s’effectuera selon trois axes, détaille sa feuille de route publiée mi-février. Pilotée par la Direction générale des Entreprises (DGE) et le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), l’entité travaillera en effet au soutien à la régulation, notamment en matière de mise en œuvre du règlement européen sur l’intelligence artificielle (RIA, ou AI Act), à la maîtrise des « risques systémiques » de ce type de technologies et à l’évaluation de la « performance et de la fiabilité des modèles et systèmes ». Certaines de ses actions prendront aussi un angle transverse, notamment pour tout ce qui touche à la veille académique et méthodologique, ou encore à l’animation scientifique autour de ses activités.

Performance, interprétabilité, « alignement aux valeurs et intentions humaines »

Le constat que dresse l’INESIA est aussi clair que succinct : « le rythme des progrès de l’IA ne faiblit pas », et à ce titre, les évolutions du secteur posent des questions de performance, d’interprétabilité, de robustesse face à l’imprévu, mais aussi « d’alignement aux valeurs et intentions humaines ».

L’institut ne définit pas ces différents termes, quand bien même les « valeurs et intentions humaines » varient certainement d’un individu à l’autre. La notion même d’alignement reste sujette à des débats scientifiques : certains, dont le Future of Life Institute, estiment nécessaire d’œuvrer à l’émergence d’IA « alignées » à des valeurs prédéfinies, faute de quoi ces systèmes créeraient de potentiels « risques existentiels » (un champ qui a notamment émergé des travaux du philosophe Nick Bostrom). D’autres, dont les chercheurs Timnit Gebru et Emile Torres, considèrent de leur côté que le champ de la « sécurité de l’IA » (AI safety) n’œuvre qu’à renforcer la course de l’industrie de l’IA.

Quoiqu’il en soit, dans l’environnement actuel, et notamment face au déploiement large de systèmes génératifs, « les méthodes d’évaluation conçues pour des systèmes fermés, monofonctionnels ou statiques, montrent leurs limites », indique l’INESIA. Pour faire face, et pouvoir notamment « mesurer et contenir les risques à fort potentiel systémiques, y compris ceux liés à la manipulation de l’information, à la cybersécurité ou à la déstabilisation de processus collectifs », l’entité compte participer au champ scientifique en devenir qu’est l’évaluation de l’IA.

Accompagner l’évolution réglementaire

Dans ses travaux, l’entité œuvrera à « construire une démarche scientifique et stratégique, structurer une capacité souveraine d’évaluation, coordonner les expertises publiques et mutualiser les moyens », et à agir dans les réseaux internationaux. En pratique, l’INESIA rejoindra notamment le réseau grandissant d’AI Safety Institutes, des instituts créés dans une dizaine de pays, et dont le réseau international a organisé sa première rencontre en novembre 2024.

Sur les enjeux d’appui à la régulation, elle accompagnera notamment la mise en œuvre du RIA, en fournissant des outils d’évaluation aux diverses autorités concernées. Elle poursuivra les travaux de détection des contenus synthétiques déjà en cours du côté de VIGINUm et du PEReN. Il s’agira enfin de créer des méthodes d’évaluation adaptées à la cybersécurité des systèmes d’IA comme aux produits de cybersécurité intégrant des technologies d’IA, dans le prolongement du projet Sécurité des Produits d’IA (SEPIA) que l’ANSSI mène depuis un an.

S’équiper face aux risques systémiques

Côté risques systémiques, il s’agira d’abord de développer les recherches permettant de mieux les caractériser, ce qui doit ensuite permettre à la puissance publique d’agir plus précisément. En la matière, l’INESIA vise notamment les usages d’IA à des fins de désinformation, d’attaque contre la cybersécurité, de déstabilisation d’un système économique, etc.

Elle prévoit d’identifier des projets de recherche ciblés, puis publiera des méthodes d’atténuation en source ouverte, « si opportun ». Les performances et les risques des systèmes d’IA agentiques seront plus particulièrement étudiés, notamment pour comprendre « leurs capacités en matière de cybersécurité et estimer la mesure des possibilités d’usages à des fins criminelles ».

Pour « stimuler la créativité de l’écosystème », enfin, l’INESIA prévoit de conduire des « challenges » pour « clarifier et faire progresser l’état de l’art ». Évoquant une émulation internationale de nature à faire progresser rapidement certaines technologies, elle cherchera à « susciter une « coopétition » » entre participants.

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☕️ Facebook fermera en avril la web app dédiée à Messenger

Meta indique aux utilisateurs de Messenger.com, la web app dédiée à la messagerie associée à Facebook, que cette dernière ne disposera plus d’un accès indépendant à compter du 15 avril prochain. En pratique, il faudra donc impérativement se connecter via l’interface « complète » de Facebook pour accéder à ses conversations dans un navigateur Web.

La date est annoncée directement sur l’interface de Messenger.com

En décembre dernier, Meta avait déjà averti de la disparition progressive du client Messenger pour Windows. « Vous pouvez continuer toutes vos conversations directement depuis l’application de bureau Facebook, avec toutes les fonctionnalités dont vous disposiez sur l’application Messenger, comme les appels sur ordinateur », fait valoir le groupe dans sa note d’information.

La disparition de Messenger.com parait à première vue anecdotique puisque l’interface de Facebook propose un accès direct à la messagerie. Elle constitue cependant une forme de recul de la part de Meta vis-à-vis des engagements pris face à la Commission européenne début 2024 dans le cadre de l’application du DMA, le règlement sur les marchés numériques.

C’est en effet à cette occasion que Meta avait introduit la possibilité, pour les internautes européens, de se connecter de façon séparée à Facebook et à Messenger. « Les personnes qui choisissent de créer un nouveau compte Messenger sans leurs informations Facebook pourront utiliser l’offre de services de base de Messenger, tels que la messagerie privée et le chat, les appels vocaux et vidéo », promettait alors Meta.

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☕️ Mistral AI rachète Koyeb, spécialiste du serverless

Quelques jours après l’annonce d’un investissement significatif dans l’infrastructure en Suède, Mistral AI confirme que le sujet figure au cœur de ses préoccupations : l’entreprise a en effet formalisé mardi l’acquisition de la startup française Koyeb, spécialisée dans le déploiement serverless d’outils d’intelligence artificielle.

En pratique, elle fournit à ses clients un environnement d’exécution qui permet à ces derniers de ne pas avoir à se soucier de l’infrastructure physique précise qui sous-tend le fonctionnement de leurs applications ou modèles.

« La technologie Koyeb est indépendante du matériel et de l’environnement : elle fonctionne et s’adapte aux clouds, aux périphéries et aux infrastructures sur site. Que ce soit sur des CPU, des GPU ou des accélérateurs, Koyeb garantit des performances optimales, une évolutivité dynamique et un contrôle total de votre infrastructure », résume la startup sur son site.

Sa plateforme ira enrichir l’offre Mistral Compute, qui englobe tous les services d’infrastructure commercialisés par Mistral AI à partir de ses propres déploiements de serveurs et surtout de GPU, avec au dernier décompte 40 MW de puissance électrique programmés en France (pour alimenter 18 000 puces Blackwell), et bientôt 23 MW supplémentaires en Suède, en attendant la mise en service des premières tranches du fameux Campus IA de Fouju.

« Dans les prochains mois, nous prévoyons de devenir un composant essentiel de Mistral Compute et de renforcer nos capacités d’inférence, de sandbox et de serverless pour les serveurs MCP », affirment les trois cofondateurs de Koyeb, Yann Léger, Edouard Bonlieu, Bastien Chatelard, par ailleurs anciens de Scaleway.

Le montant de l’acquisition n’a pas été communiqué. Koyeb avait levé 1,6 million de dollars fin 2020, puis 7 millions de dollars fin 2023.

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L’Europe ouvre une enquête formelle sur Shein en vertu du DSA

Tout ce qui brille n'est pas d'or
L’Europe ouvre une enquête formelle sur Shein en vertu du DSA

La Commission européenne a annoncé mardi l’ouverture formelle d’une enquête relative à Shein et ses pratiques commerciales, en vertu du DSA. Bruxelles cible notamment les systèmes censés prémunir la vente d’objets illicites comme les poupées pédopornographiques qui avaient défrayé la chronique fin 2025, mais aussi les risques liés à la conception addictive du service et la transparence toute relative des outils de recommandation de Shein.

Après les rappels à l’ordre et les demandes d’information, place à l’enquête formelle : la Commission européenne a annoncé mardi 17 février l’ouverture d’une procédure à l’encontre de la plateforme e-commerce chinoise Shein en vertu de la législation sur les services numériques (DSA, ou Digital Services Act).

L’exécutif européen indique que l’enquête visera à établir les éventuels manquements de Shein à la réglementation européenne « pour sa conception addictive, le manque de transparence des systèmes de recommandation, ainsi que la vente de produits illégaux, y compris de matériel pédopornographique ».

Première enquête formelle sur Shein dans le cadre du DSA

« Dans l’UE, les produits illégaux sont interdits, qu’ils se trouvent sur une étagère d’un magasin ou sur une place de marché en ligne. Le règlement sur les services numériques assure la sécurité des acheteurs, protège leur bien-être et leur fournit des informations sur les algorithmes avec lesquels ils interagissent. Nous évaluerons si Shein respecte ces règles et leur responsabilité », résume Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie.

Portée par sa promesse d’articles à très bas coût, avec des collections sans cesse renouvelées, la popularité de Shein a explosé au début des années 2020, jusqu’à s’imposer comme l’une des plateformes e-commerce les plus fréquentées par les internautes français. Au troisième trimestre 2025, Shein fédérait ainsi 19,5 millions de visiteurs uniques par mois, et 5 millions de visiteurs uniques quotidiens d’après le dernier baromètre établi par la Fédération e-commerce et vente à distance (Fevad) sur la base des chiffres de Médiamétrie.

À l’échelle européenne, Shein a de ce fait été qualifiée de très grande plateforme en ligne (ou VLOP, pour Very Large Online Platform) quelques semaines après l’entrée en vigueur du DSA, qui fixe pour mémoire des obligations spécifiques aux acteurs numériques dont l’audience dépasse 45 millions d’utilisateurs mensuels dans l’Union européenne.

Trois manquements au DSA à l’étude

Après trois « demandes de renseignements » (la façon polie de faire savoir à un acteur qu’il enfreint peut-être les règles) en juin 2024, février 2025 et novembre 2025, Bruxelles ouvre donc formellement la possibilité d’actionner le volet répressif du DSA.

Interpellé par la France suite au scandale des poupées sexuelles à caractère pédopornographique vendues sur la marketplace de Shein, l’exécutif européen confirme son intention d’investiguer les « systèmes mis en place par Shein visent à limiter la vente de produits illicites dans l’Union européenne,y compris les contenus susceptibles de constituer du matériel pédopornographique ».

L’enquête portera également sur deux aspects déjà largement reprochés à Shein (comme à son compatriote Temu) : « les risques liés à la conception addictive du service, y compris le fait de donner aux consommateurs des points ou des récompenses pour leur engagement », et « la transparence des systèmes de recommandation que Shein utilise pour proposer du contenu et des produits aux utilisateurs. »

Sur ce dernier point, l’Europe rappelle que « Shein doit divulguer les principaux paramètres utilisés dans ses systèmes de recommandation et fournir aux utilisateurs au moins une option facilement accessible qui ne repose pas sur le profilage pour chaque système de recommandation ».

Rappelons que Bruxelles a déjà ouvert une enquête similaire sur Temu. Les deux géants chinois s’exposent, s’ils finissaient par être condamnés sans avoir apporté à Bruxelles des gages de bonne foi, un amende pouvant aller jusqu’à 6 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial.

En France, Shein a déjà accepté en juillet dernier de payer 40 millions d’euros d’amende suite à une enquête de la Répression des fraudes qui avait conclu que l’entreprise avait mis en place des pratiques commerciales trompeuses. Une amende de 1,1 million d’euros était tombée dans la foulée pour « information défaillante sur la qualité environnementale des produits ».

Shein assure de sa volonté de coopération

Shein a réagi mardi par l’intermédiaire d’un porte-parole, en assurant que le groupe prenait « très au sérieux » ses obligations relatives au DSA :

« Ces derniers mois, nous avons considérablement renforcé notre dispositif de conformité au DSA. Cela comprend la réalisation d’évaluations approfondies des risques systémiques, la mise en place de mesures de réduction et de gestion de ces risques, le renforcement des protections destinées aux jeunes utilisateurs, ainsi qu’un travail continu sur la conception de nos services afin de garantir une expérience en ligne sûre et fiable. »

Ce même porte-parole indique par ailleurs que Shein a déjà échangé avec la Commission européenne au sujet de la mise en place d’une solution tierce partie de vérification de l’âge des internautes.

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