Russie : enquête ouverte sur le fondateur de Telegram Pavel Durov
Max et les Maxi-réseaux sociaux
En Russie, le patron de Telegram Pavel Durov est visé par une enquête pour « complicité d’activités terroristes » alors que le pouvoir en place tente de pousser les internautes locaux vers son application d’État, MAX.
Fondateur de la plateforme Telegram, Pavel Durov est visé depuis le 24 février par une enquête des autorités russes pour « complicité d’activités terroristes ». À l’origine de cette enquête, l’affirmation selon laquelle l’application serait utilisée par des services de renseignement occidentaux et ukrainiens, rapportée dans deux médias d’État : Rossiïskaïa Gazeta et Komsomolskaïa Pravda.
D’après le média d’investigation Можем объяснить (Mojem Obiasnit) cité par Le Monde, les articles de Rossiïskaïa Gazeta et Komsomolskaïa Pravda, quasiment identiques, pourraient avoir été écrits directement par Alexandre Bortnikov, directeur du FSB et auteur régulier dans les colonnes du Rossiïskaïa Gazeta.
Les textes en question affirment que Telegram aurait été utilisé dans 13 tentatives d’assassinats de hauts gradés russes par les forces ukrainiennes, et 33 000 « attentats à la bombe, incendies criminels contre des centres de recrutement et meurtres » depuis le début de la guerre.
Pavel Durov s’exprime sur Telegram
Comme dans les mois qui ont suivi ses démêlés avec la Justice française, Pavel Durov s’est fendu d’une communication sur son canal Telegram. « Chaque jour, les autorités inventent de nouveaux prétextes pour restreindre l’accès des Russes à Telegram, car elles cherchent à supprimer le droit à la vie privée et à la liberté d’expression », a-t-il déclaré.

La rupture initiale entre Pavel Durov et la Russie remonte à 2014, lorsqu’il a été forcé par les autorités à vendre ses parts dans la société VK, éditrice de VKontakte, l’équivalent russe de Facebook. L’année précédente, il avait co-fondé Telegram avec son frère Nikolai, en installant le siège à Berlin, puis à Dubaï.
L’entrepreneur a refusé à plusieurs reprises de céder au Kremlin des données d’utilisateurs, ce qui avait conduit au bannissement de l’outil entre avril 2018 et juin 2020. Depuis l’été 2025, Telegram est de nouveau visé par des limitations, notamment des appels vidéos, aux côtés de Meta, au motif que les deux services n’agiraient pas suffisamment pour lutter contre la fraude et le terrorisme.
Pavel Durov s’est aussi retrouvé dans le viseur de la Justice française en 2024 pour des questions de non-gestion des activités criminelles opérées depuis sa plateforme. En novembre 2025, la France a finalement levé l’interdiction de voyager qui lui pesait encore sur les épaules.
MAX, le concurrent d’État
Depuis sa création, Telegram est devenue une source d’information essentielle de l’écosystème russophone, et ce, jusque du côté militaire. Alors qu’elle est utilisée par une large part de la population, propagandistes pro-Poutine compris, le Kremlin accentue la pression pour pousser les 105 millions d’utilisateurs mensuels russes de Telegram, mais aussi les adeptes de WhatsApp, vers une messagerie rivale et gérée par l’État, MAX. Les deux applications font l’objet de restrictions d’accès accentuées depuis le 9 février dernier.
Lancée en 2025 et gérée par la société VK, éditrice de VKontakte, MAX revendique de son côté plus de 75 millions d’utilisateurs. À l’instar des super-applications chinoises WeChat ou Alipay, MAX propose aussi bien des services de messagerie que l’accès à du commerce en ligne, à l’administration, à du paiement ou à des mini-applications d’usages variés, le tout, sans chiffrement.

























