La NASA bloque son budget consacré au GIEC et la participation de sa scientifique en chef
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Le GIEC organise sa 62ᵉ conférence cette semaine à Hangzhou, en Chine. Mais c’est la première fois qu’il se réunit sans les États-Unis. La NASA a bloqué le budget qu’elle avait prévu de consacrer à sa participation. Elle a même empêché Katherine Calvin, sa scientifique en chef, de faire le voyage.
Alors que les États-Unis ont jusque-là été très investis dans les discussions du GIEC, la 62ᵉ édition de la conférence, organisée un mois après l’investiture de Donald Trump, les voit se retirer à la hâte. La décision suit leur retrait du pacte mondial de lutte contre le réchauffement climatique, signé à Paris en 2015.
L’information a été révélée par Axios jeudi dernier, quelques jours avant le début de la conférence. Le média expliquait que la délégation du département d’État (l’équivalent du ministère des Affaires étrangères) avait vu ses missions de voyage refusées.
Mais les États-Unis n’ont pas seulement décidé de bloquer leur délégation politique. En effet, CNN explique que Kate Calvin, scientifique en chef de la NASA et conseillère principale de l’agence en matière de climat, a aussi eu interdiction de faire le voyage pour intervenir à la conférence. Elle est pourtant co-responsable du groupe de travail III du GIEC, qui se concentre sur l’atténuation du changement climatique. Il évalue les méthodes de réduction et de suppression des émissions de gaz à effet de serre.
L’agence scientifique américaine a confirmé à CNN que Kate Calvin n’a pas fait le voyage, mais n’a pas voulu répondre aux questions de Science.
Fin de contrat pour l’équipe technique du groupe de travail III
Le Washington Post explique que la NASA a aussi mis fin au contrat de l’équipe qui coordonnait avec Kate Calvin ce groupe de travail. Le GIEC perd donc toute l’organisation mise au point pour rédiger l’une des trois parties de son prochain rapport, qui doit être publié en 2029. Le journal précise que le personnel de cette équipe est toujours salarié de la NASA, mais il leur est interdit d’effectuer tout travail en rapport avec le GIEC.
Science précise que le gouvernement Joe Biden avait engagé 1,5 million de dollars pour cette équipe, mais que c’est bien la NASA qui a décidé, par elle même, de mettre fin à ce contrat.
Lors du premier mandat de Donald Trump, il n’y avait pas d’interférence avec les travaux du GIEC, explique Angel Hsu, climatologue de l’Université de Californie du Nord à la revue scientifique. Celle-ci explique avoir peur de ne pas pouvoir aller à des conférences du GIEC même si, pour l’instant, les financements pour les voyages des chercheurs américains n’ont pas été annulés.
Grande préoccupation de la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte
Sur Bluesky, Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et coprésidente du groupe I du GIEC de 2015 à 2023, exprime sa grande préoccupation : « La session plénière actuelle (GIEC 62) est très importante pour le rapport d’évaluation 7 (RE7), car des décisions importantes sont attendues concernant les grandes lignes de plusieurs rapports du RE7, les réunions d’experts et les ateliers, ainsi que le calendrier général du RE7 ».
Elle remarque aussi que la dernière session plénière n’a pas pu se mettre d’accord sur le calendrier du RE7. Elle ajoute que sans une unité de soutien technique compétente, il est absolument impossible de préparer et de fournir un rapport de groupe de travail.
Enfin, elle souligne que « l’obscurantisme atteint aujourd’hui une nouvelle dimension au plus haut niveau politique aux États-Unis, avec la censure du contenu des sites web publics et du matériel éducatif, du financement public de la recherche scientifique ».
Remise en question d’un texte fondamental pour la justice environnementale aux États-Unis
D’autant qu’une nouvelle marche a encore été franchie : en tant que nouvel administrateur de l’Agence de la protection de l’environnement EPA (nommé par Donald Trump), Lee Zeldin a demandé à la Maison-Blanche d’abroger le « constat de mise en danger » [PDF] établi par son agence en 2009, explique le Washington Post.
À l’époque, l’EPA répondait à une demande de la Cour suprême des États-Unis qui lui avait demandé de déterminer si les émissions de gaz à effet de serre des nouveaux véhicules « causent ou contribuent à la pollution de l’air dont on peut raisonnablement penser qu’elle met en danger la santé publique ou le bien-être, ou si la science est trop incertaine pour prendre une décision raisonnée ». C’est sur ce constat que Barack Obama et Joe Biden se sont appuyés pour imposer des limites d’émissions pour les voitures, mais aussi pour les centrales électriques.