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Groenland, immigration… Stephen Miller, l’homme qui murmure à l’oreille de Donald Trump

Il semble gagner en notoriété à mesure que les politiques trumpiennes gagnent en extrémisme. Stephen Miller s’est imposé ces derniers mois aux yeux de la presse américaine comme "l’un des hommes les plus influents de la Maison-Blanche", "le bureaucrate non élu le plus puissant des Etats-Unis" ou encore "l’architecte du plan du président pour remodeler l’Amérique". Fidèle de la première heure depuis le premier mandat de Donald Trump, il est devenu en janvier 2025 le chef adjoint du personnel pour la politique de l’administration Trump, et conseiller très spécial à la sécurité intérieure du président.

Orateur connu pour sa brutalité verbale et son ton criard, il émerge sur la scène médiatique comme l’idéologue en chef du trumpisme, jouant un rôle central dans la définition des priorités politiques du président. De l’obsession migratoire aux discours de reconquête géopolitique chers au président, jusqu’aux fantasmes d’expansion comme le Groenland, Spehen Miller façonne pour le président des Etats-Unis une rhétorique de confrontation permanente, centrée sur une vision ultra-nationaliste où l’Amérique est présentée comme un territoire assiégé. Contre qui se bat-il ? Contre "la culture communiste woke cancérigène qui détruisait notre pays, nous conduisant à croire que les hommes sont des femmes, que les femmes sont des hommes, que la discrimination raciale contre les Blancs est bonne, que le mérite est mauvais, et que la sûreté et la sécurité physique importent moins que les sentiments des idéologues libéraux", raillait-il en mai dernier.

Anti-migration obssessif

Selon Le Monde, Stephen Miller est le principal architecte de la ligne chaque jour un peu plus dure de l’exécutif américain sur l’immigration. Il décrit les migrants illégaux comme une menace criminelle, justifiant un recours massif aux mesures coercitives, y compris la mobilisation de l’armée dans des villes démocrates pour réprimer les manifestations contre les expulsion de masse qui s’intensifient au fil des mois. Il était aussi l’un des premiers à pousser l’idée de déclencher la loi d’exception, l’Alien Enemy Act de 1798, qui permet au président — en temps de guerre seulement — d’expulser sans formalités les participants à une invasion étrangère. Donald Trump l'a finalement invoquée pour expulser les membres d’un gang vénézuélien en mars dernier.

Sous sa direction, selon Reuters, l’administration Trump a doublé les arrestations liées à l’immigration, repoussé les limites légales des expulsions, interdit l’entrée aux voyageurs de 19 pays, tenté de restreindre le droit du sol et aidé les républicains à faire adopter un projet de dépenses allouant environ 170 milliards de dollars à la répression migratoire. A sa demande et dès les premiers mois du second mandat de Donald Trump, la police de l’immigration (ICE) avaient reçu l’ordre d’accélérer la traque aux immigrés sans papier en arrêtant au moins 3 000 clandestins par jour, contre 400 auparavant, selon le média américain Axios. Poussant les agents de l’ICE à intervenir dans davantage de communautés et d’entreprises. S’en est suivie depuis l’automne une multiplication des vidéos d’arrestations plus violentes les unes que les autres, parfois tournées en clip promotionnels par l’équipe de communication de l’administration Trump.

L’été dernier, le conseiller spécial a réagi aux affrontements et aux dégradations survenus à Los Angeles lors de manifestations liées à la politique anti-migrants, alors que la Garde nationale était déployée à Chicago, Portland et LA. Sur les réseaux sociaux, il avait alors présenté Los Angeles comme le théâtre d’une guerre civilisationnelle : "Nous reprendrons l’Amérique", a-t-il promis, se focalisant sur un drapeau mexicain brandi par un manifestant. "Regardez tous ces drapeaux étrangers. Los Angeles est un territoire occupé", ajoutait-il.

Les yeux fixés sur le Groenland et le Venezuela

Stephen Miller étend désormais son influence au-delà de l’immigration, vers la projection militaire et stratégique américaine à l’étranger. Selon le New York Times, il joue un rôle clé dans la stratégie de Donald Trump envers le Groenland et le Venezuela, en promouvant une approche agressive : "le monde est gouverné par la force et le pouvoir", déclarait-il il y a peu à CNN, présentant l’annexion potentielle du Groenland comme un moyen de protéger la sécurité nationale américaine. Sous ses conseils, juge le NYT, ce qui était "une plaisanterie du premier mandat est devenue une menace présidentielle du second mandat : attaquer et annexer le territoire danois du Groenland par la force si nécessaire".

Toujours sur CNN, il a réitéré l’intention de Donald Trump de contrôler le Venezuela et d’exploiter ses vastes réserves pétrolières après la capture de Nicolas Maduro et de son épouse par une opération militaire américaine. Selon le Financial Times, Stephen Miller supervise par ailleurs un vaste personnel et coordonne ces initiatives avec le Homeland Security Council, consolidant son rôle central dans la projection militaire et économique américaine.

Pour un renforcement du pouvoir exécutif

L’influence de Stephen Miller dépasse donc largement la seule question migratoire. Son dernier cheval de bataille n’est d’ailleurs pas le moins dangereux : le conseiller spécial défend ardemment le renforcement du pouvoir exécutif, où plutôt celui de Donald Trump. Selon Le Monde, il aurait ainsi participé en 2020 à la tentative de renversement du résultat électoral lors des élections qui avaient porté Joe Biden au pouvoir, en promouvant de fausses listes de grands électeurs.

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, il pousserait explicitement le président à en étendre "au maximum les limites", rapport le quotidien français, y compris face aux juges fédéraux. En plus de soutenir l’usage de décrets présidentiels massifs, la mobilisation de l’armée et le recours à l’Alien Enemy Act, Stephen Miller défend publiquement la possibilité de suspendre l’habeas corpus en cas d'"invasion". Suspendre ce principe fondamental permettrait d’expulser des personnes sans contrôle judiciaire immédiat, concentrant l’autorité politique entre les mains du président et portant un coup brutal à l’Etat de droit.

Celui qui semble bénéficier de la confiance totale du président dispose d’un personnel de plus de 40 personnes. Selon Le Monde, il est aussi devenu un intermédiaire obligatoire entre Donald Trump et les membres du parti républicain, dont il filtre les demandes. Un gardien de l'idéologie et de l'identité américaine selon Donald Trump, chargé de transformer les intuitions politiques du président en décisions exécutives concrètes.

© REUTERS

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Au Venezuela, après l’espoir, “la peur est revenue”

La capture de Nicolás Maduro n’aura pas provoqué l’effondrement du régime chaviste. Loin de là. Dans les rues du Venezuela, les milices armées et la police font régner la terreur, et la répression s’abat sur toute parole jugée hostile. Loin des espoirs d’une transition démocratique, le pays vit une période de grande incertitude et de frustration.

© photo Gaby Oraa/REUTERS

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États-Unis-Venezuela : 10 articles pour comprendre la crise

L’enlèvement et l’exfiltration du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États dans la nuit du 2 au 3 janvier à Caracas, est l’aboutissement de semaines de tensions entre les deux pays, qui ont été abondamment scrutées par la presse internationale. Voici une sélection d’articles traduits sur le sujet par “Courrier International”.

© PHOTO THE NEW YORK TIMES

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Adina Revol : "Derrière le Venezuela et son pétrole, c'est la Chine que Trump cherche à affaiblir"

Cinq jours après l’intervention des Etats-Unis au Venezuela, Donald Trump vient de préciser ses plans concernant l’or noir du pays. Le président américain a annoncé hier soir avoir obtenu "entre 30 et 50 millions de barils de haute qualité de pétrole sous sanction" de la part des "autorités intérimaires" du Venezuela. Un pétrole "remis" par Caracas qui pourrait être vendu aux prix du marché, ce qui représente un pactole de 2,5 milliards de dollars aux cours actuels. Reste à savoir à qui les Etats-Unis le destinent, alors que jusqu’à présent la Chine achetait 80 % de la production vénézuélienne ?

"Derrière cette intervention, Donald Trump cherche d’abord à fragiliser la Chine", avertit Adina Revol, enseignante à Science Po et auteur de Rompre avec la Russie, le Réveil énergétique européen aux éditions Odile Jacob (2024).

L'Express : Le marché pétrolier a finalement peu réagi à l’intervention américaine au Venezuela et au départ du président Maduro. Comment expliquez-vous cette relative stabilité ?

Adina Revol : Ce n’est pas très étonnant car ce qui compte à court terme sur le marché pétrolier, ce sont les flux physiques. Or, nous sommes dans une situation où l’offre au niveau mondial est abondante. Tous les analystes anticipent par ailleurs un surplus et un accroissement des stocks. Cette situation permet donc de mieux résister aux chocs géopolitiques.

En outre, même si les réserves de pétrole vénézuéliennes sont gigantesques, l’état des infrastructures du pays, après des années de sous-investissement et de sanctions économiques, fait qu’il faudra attendre longtemps pour que les capacités d’extraction retrouvent les niveaux d’il y a vingt-cinq ans. Tout cela explique la relative stabilité des cours depuis le coup de force de Trump.

La mainmise américaine sur les réserves pétrolières vénézuéliennes bouleverse-t-elle la géopolitique mondiale de l’énergie ?

En fait, je dirais même qu’elle renverse totalement la géopolitique du monde. Cette intervention - concomitante avec la révolution larvée en Iran que soutiennent les Etats-Unis - fait suite aux sanctions américaines contre les géants énergétiques russes Lukoil et Rosneft. Tout cela n’a qu’un seul but : casser l’axe qui relie le Venezuela, l’Iran, la Russie et la Chine. Avec un seul et même objectif à la fin, la fragilisation de l’empire du Milieu dont la puissance économique obsède le président américain.

On l’oublie souvent, mais le talon d’Achille de la Chine, et la principale vulnérabilité de son modèle, c’est sa dépendance énergétique. Pékin est le premier importateur mondial de pétrole. Le pays achète à l’étranger 70 % de ses besoins pétroliers. Or, 80 % de la production vénézuélienne était exportée à très bas coût en Chine. Potentiellement, l’intervention américaine et la redirection de la production du pays vers les Etats-Unis impactent la sécurité énergétique de la Chine à court terme. Même si Pékin a les moyens de s’approvisionner ailleurs, elle le fera à un prix supérieur.

C’est là que s’ajoutent les sanctions américaines contre Lukoil et Rosneft, qui rendent les approvisionnements chinois en pétrole russe plus risqués puisque la Chine s’exposerait à son tour à des sanctions. Le géant asiatique sort clairement affaibli de la séquence récente car il est mis face à ses fragilités internes.

La Russie est donc elle aussi touchée par le coup de force de Trump ?

Certes, Donald Trump admire Vladimir Poutine, mais il est en concurrence énergétique avec le maître du Kremlin. Et les sanctions sur les deux compagnies pétrolières russes ont clairement pour objectif de réduire les revenus de la flotte fantôme et donc le financement de la guerre en Ukraine. Finalement, Trump apparaît comme le maître du jeu énergétique mondial. La guerre géoéconomique entre la Chine et les Etats-Unis se tisse de plus en plus autour de l’énergie.

La Chine a-t-elle les moyens de répondre à Trump ?

Oui, et de façon presque symétrique. Trump est le champion de la géopolitique liée à l’énergie fossile. Aujourd’hui, les États-Unis sont les premiers producteurs mondiaux de pétrole et de gaz. A l’inverse, la Chine, aujourd’hui, détient le quasi-monopole du raffinage des matières premières critiques, une technologie essentielle pour la transition énergétique. Et Pékin en use. Avec les mêmes instruments d’extraterritorialité et de chantage que les États-Unis, à l’image des restrictions d’exportation de terres rares.

A court terme, Donald Trump cherche à utiliser tous les leviers à sa disposition, et ils sont nombreux, pour affaiblir la Chine et potentiellement dissuader Xi Jinping d’envahir Taïwan. Si on regarde les choses froidement, l’approvisionnement énergétique est essentiel quand un pays souhaite se lancer dans une opération militaire. C’est d’ailleurs pour cela que les Ukrainiens bombardent les raffineries en Russie.

Avec ce cadre d’analyse, comment expliquez-vous la réponse assez mesurée de l’Europe à l’exfiltration de Maduro ?

Là encore, je pense que la géopolitique de l’énergie joue un rôle. L’Europe, aujourd’hui, ne peut pas se passer du gaz américain. C’est l’une des clés de lecture de la réaction européenne.

© REUTERS

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Au Japon, le crime organisé recrute en ligne avec les "yami baito"

Nouvelle facette de la criminalité, les "yami baito" sont de plus en plus répandus au Japon. Ces "jobs de l'ombre" qui attirent les jeunes se retrouvent sur internet sous la forme d'annonces. À la clé : la promesse d'un emploi facile et extrêmement bien rémunéré. Mais derrière ces offres se cachent des tâches illégales – escroqueries, cambriolages, arnaques téléphoniques – commanditées par des organisations criminelles et dont les personnes âgées sont les principales victimes.

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LEGO apporte la révolution dans les chambres d’enfants

Une révolution gronde chez LEGO : le LEGO Smart Play a été présenté au CES. Avec la Smart Brick présentée, les modèles construits réagissent directement aux actions de jeu grâce à des capteurs et des sons, et sans écran. Dès mars 2026, la galaxie de "Star Wars" prendra ainsi vie.

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Cisjordanie occupée : l'ONU dénonce "l'apartheid" exercé par Israël contre les Palestiniens

Dans un communiqué accompagnant un rapport publié mercredi, le Haut-Commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU affirme que la "discrimination systématique" à l'égard des Palestiniens dans l'ensemble des territoires palestiniens occupés, notamment en Cisjordanie occupée, s'est "radicalement aggravée" ces dernières années, s'apparentant à une forme de "d'apartheid".

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Quand l’éditorial du “Washington Post” justifie le coup de force de Trump au Venezuela

La capture de Nicolás Maduro dévoile les “fictions” du droit international, assure le comité éditorial du prestigieux quotidien, qui avait déjà salué “une grande victoire pour les intérêts des États-Unis”. Les pages Opinions du titre ont connu un net virage à droite, imposé par son propriétaire, Jeff Bezos, depuis le retour au pouvoir de Trump.

© PHOTO JOSE ABREU/AFP

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