Selon le cabinet d’études Apptopia, l’application de communication décentralisée Bitchat s’est hissé en tête des classements des boutiques d’applications Apple et Google en Ouganda après avoir enregistré plus de 28 000 téléchargements cette année, rapporte l’agence Reuters.
Ce 14 janvier, le classement Apptopia des app’ les plus téléchargées montrent que d’autres messageries Bluetooth, ainsi que Orbot (Tor pour Android), sont elles aussi plébiscitées en Ouganda.
Classements des app’ les plus téléchargées en Ouganda
L’Ouganda vient en effet de couper l’accès à Internet, à l’approche d’une élection controversée. Dans un message partagé sur X.com vu plus de 230 000 fois, Bobi Wine, une pop star ougandaise et principal candidat de l’opposition, a exhorté la population du pays à télécharger Bitchat.
Jack Dorsey, le fondateur de Twitter qui avait lancé Bitchat en juillet 2025, la présentait comme « Une application de messagerie sécurisée, décentralisée, en pair à pair, qui fonctionne sur les réseaux maillés Bluetooth. Pas besoin d’Internet, de serveurs ou de numéros de téléphone – juste une communication chiffrée ».
En partant du principe que chaque appareil connecté devient à son tour un relais et participe à étendre la couverture, Dorsey estimait envisageable d’atteindre une portée d’au moins 300 mètres.
En 2024, les organismes de surveillance des droits numériques Access Now et la coalition #KeepItOn ont recensé 296 blocages d’Internet dans 54 pays, relève Reuters. L’agence ne précise pas dans combien d’autres pays des applis telles que Bitchat seraient utilisées, mais souligne que le nombre de téléchargements aurait également plus que triplé en Iran, où l’accès à Internet a également été bloqué.
Les manifestants pro-démocratie à Hong Kong en 2020 s’étaient déjà, eux aussi, tournés vers des applications similaires telles que Bridgefy, qui avait également été téléchargée plus d’un million de fois en Birmanie en 2021 après la prise du pouvoir par l’armée, rappelle Reuters.
Le Cambodge a extradé en Chine un milliardaire accusé d’avoir supervisé des centres de travail forcé dédiés aux cyberarnaques à la romance et aux cryptoactifs de type « pig-butchering » (« arnaque à l’abattage du cochon » en français). En octobre dernier, les autorités états-uniennes et britanniques avaient déjà saisi ses propriétés en Grande-Bretagne (un immeuble de la City, un manoir et 17 appartements à Londres), ainsi que l’équivalent de 15 milliards de dollars en bitcoins.
Les autorités cambodgiennes ont annoncé mercredi soir l’arrestation et l’extradition vers la Chine de trois ressortissants d’origine chinoise, dont Chen Zhi, rapporte l’AFP. Fondateur et président du Prince Holding Group, un conglomérat international, il était accusé d’avoir orchestré « l’une des plus grandes opérations de fraude à l’investissement de l’histoire », d’après Joseph Nocella Jr., procureur fédéral du district de New York.
L’extradition a été confirmée par le ministère chinois de la Sécurité publique, qui a salué un « succès très important de la coopération Chine-Cambodge », et diffusé une vidéo du magnat menotté à sa descente d’avion. Il a aussi annoncé que des mandats d’arrêt contre le premier cercle de ses complices seraient bientôt émis.
Capture d’écran d’une vidéo de l’extradition en Chine de Chen Zhi
L’une des plus grandes organisations criminelles transnationales d’Asie
Le ministère états-unien de la Justice avait déjà annoncé, en octobre 2025, « la plus grande action en confiscation jamais engagée », correspondant à « 127 271 bitcoins » d’une valeur d’environ 15 milliards de dollars, ainsi qu’un immeuble de bureaux dans la City, un manoir et 17 appartements à Londres, comme nous l’avions relaté dans un précédent long format à son sujet.
Cette fortune aurait été accumulée via des extorsions menées sur des centaines de « victimes de traite d’êtres humains et d’esclavage moderne » détenues « contre leur gré », et pour certaines torturées, dans des complexes abritant de vastes dortoirs entourés de hauts murs et de barbelés, qualifiés de « camps de travaux forcés ».
Le Cambodge a aussi annoncé la liquidation de la banque Prince fondée par Chen Zhi, qui gérerait environ un milliard de dollars d’actifs, mais que les États-Unis accusent de servir de paravent à l’« une des plus grandes organisations criminelles transnationales d’Asie ».
L’un des plus généreux donateurs du Parti du peuple cambodgien
Né en Chine mais citoyen britannique, Chen Zhi avait obtenu la nationalité cambodgienne en 2014, et avait gravi les échelons jusqu’à devenir conseiller de l’ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen et de son fils et successeur au poste de Premier ministre Hun Manet. Il était aussi l’un des plus généreux donateurs du Parti du peuple cambodgien (PPC) au pouvoir, rapporte le Courrier International. Chen Zhi et de hauts responsables auraient ainsi usé de leur influence politique et corrompu des fonctionnaires dans plusieurs pays pour protéger leurs activités illégales, relève l’AFP.
Le portrait de Chen Zhi sur le site web du Prince Holding Group
Dans une longue enquête publiée en 2024, Radio Free Asia soulignait que « depuis sa création il y a huit ans, le groupe Prince s’est imposé comme l’une des marques les plus omniprésentes du Cambodge » et que « son nom est présent dans presque tous les secteurs du marché cambodgien : centres commerciaux, supermarchés, banques, casinos, appartements, cinémas, immeubles de bureaux, jets privés, bateaux de plaisance, production cinématographique, hôtels, sociétés de capital-risque, services de VTC, restaurants, etc. »
Signe de sa chute, sa nationalité cambodgienne lui avait été retirée en décembre dernier, suite à des pressions répétées des USA et de la Chine, qui voient d’un mauvais œil ces centres frauduleux, qui rapportent des dizaines de milliards de dollars par an au Cambodge, au Myanmar et au Laos, pays désignés par l’Institut américain pour la paix comme épicentres de la traite des êtres humains et du crime organisé, souligne The Diplomat.
Une « goutte d’eau » dans la lutte contre la cybercriminalité au Cambodge
Interrogé par l’AFP, Jacob Sims, expert en criminalité transnationale, ne voit cela dit dans cette arrestation et extradition qu’« une goutte d’eau » dans la lutte contre la cybercriminalité au Cambodge, « à moins que le même type de pressions » ne soit appliqué pour « d’autres barons de l’arnaque » et « les oligarques cambodgiens corrompus ».
En octobre dernier, Jacob Sims avait déjà qualifié Chen Zhi d’« acteur profondément ancré dans l’État cambodgien », précisant que « son influence s’étend à tous les niveaux du gouvernement, et le Prince Group est depuis longtemps l’un des principaux soutiens financiers du parti au pouvoir ».
Le phénomène des centres d’arnaque au Cambodge est tellement prégnant qu’ils ont même droit à un article dédié sur Wikipedia. Amnesty International en a identifié au moins 53, qui emploieraient entre 100 000 et 150 000 personnes, générant entre 12 et 19 milliards de dollars par an, soit plus de la moitié du PIB du pays d’après l’United States Institute of Peace.