↩ Accueil

Vue lecture

☕️ Algorithme de la CAF : des organisations européennes rejoignent la Quadrature du Net

Dix nouvelles organisations se joignent à la requête déjà déposée devant le Conseil d’État pour contester l’usage que fait la Caisse nationale des affaires familiales (CNAF) et les CAF affiliées d’un algorithme de détection des paiements indus pour lutter contre de potentielles fraudes. 
Parmi elles, plusieurs acteurs européens de défense des droits humains ou des droits numériques.

En octobre 2024, emmenées par l’association de défense des droits numériques la Quadrature du Net, 15 associations, dont Changer de Cap, le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou encore le Syndicat des avocats de France, déposaient un recours sur le sujet devant le Conseil d’État.

Auprès de Next, la responsable numérique de Changer de Cap expliquait : « On attend l’interdiction de l’algorithme de la CAF, et par jurisprudence, l’interdiction des algorithmes similaires utilisés par France Travail, par l’assurance maladie, par l’assurance vieillesse, etc. ». Juriste auprès de la Quadrature, Bastien Le Querrec expliquait par ailleurs que le groupe d’associations demandait au Conseil d’État de se prononcer sur la légalité de l’outil au regard du Règlement général sur la protection des données (RGPD), ou de demander l’avis de la Cour européenne de justice (CJUE).

Le 15 janvier, la CNAF publiait une notice relative à son nouveau modèle de datamining, nommé DMDE 2026. Elle y signalait notamment que l’algorithme critiqué par les associations était un outil « de contrôle », autrement dit, « un appui, pas une « décision automatique » ».

algorithmes de la CAF

« Dans un contexte de forte attente de la société en matière de transparence sur ce sujet, cette refonte est la première mise en œuvre complète d’une démarche éthique dès la conception sur un algorithme de la Cnaf », indiquait l’entité.

De fait, elle a partagé le code de l’outil, une démarche dont la Quadrature du Net « salue la transparence » dans un communiqué, avant de souligner que « la transparence seule ne suffit pas ».

Ce 20 janvier, le groupe initial de 15 associations françaises est rejoint par dix nouvelles organisations non gouvernementales. Parmi elles : plusieurs syndicats français (Confédération Générale du Travail, Union Syndicale Solidaires, Fédération Syndicale Unitaire Travail Emploi Insertion Organismes Sociaux), le mouvement des mères isolées, Féministes contre le cyberharcèlement, ou encore l’association Data for Good, qui cherche à « mettre la technologie au service de l’intérêt général ». 
Le groupe est aussi rejoint par des acteurs européens : l’ONG allemande Algorithm Watch, la polonaise Panoptykon Foundation, European Digital Rights (EDRi) et European Newtork Against Racism.

Pour la Quadrature, la diversité des acteurs désormais mobilisés dans le recours déposé devant le Conseil d’État est un argument en faveur du renvoi de l’affaire « devant la Cour de justice de l’Union européenne ». Une telle logique permettrait à la décision finalement prise d’être « applicable à l’ensemble de l’Europe ».

  •  

☕️ Yann LeCun veut tracer une autre voie pour l’intelligence artificielle

À 65 ans, Yann LeCun lance AMI Labs, pour Advanced Machine Intelligence. La start-up, installée à Paris, s’est lancée en décembre avec l’ex-directeur de Meta France Laurent Solly et le fondateur de la start-up de santé Nabla, Alexandre Lebrun.

D’après Bloomberg, la société a sécurisé le soutien du fonds américain de capital-risque Cathay Innovation et est en discussion avec Greycroft et le fonds britannique Hiro Capital, au conseil d’administration duquel siège Yann LeCun.

L’entreprise devrait clore un premier tour de financement de 350 millions d’euros, mais cherche à en obtenir 150 millions de plus, d’après une présentation de décembre. L’allemand HV Capital et les Français Bpifrance et Daphni pourraient aussi participer à la mise initiale.

Après une première vie de chercheur, qui lui a permis d’obtenir en 2018 le prix Turing, aux côtés de Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton, puis une deuxième en recherche fondamentale en intelligence artificielle chez Meta, le nouvel entrepreneur explique au Monde avoir quitté la société de Mark Zuckerberg sur fond de désaccords stratégiques.

Et de regretter le « comportement grégaire » des sociétés spécialisées dans l’IA, qui les pousse à « toutes travailler sur la même chose parce qu’elles ne peuvent pas se permettre d’être en retard ». Avec AMI, lui veut creuser le sillon des « IA qui comprennent le monde réel, le monde physique », pour des applications dans les domaines de l’aviation ou de la robotique. 
Pour l’ingénieur, quand bien même les grands modèles de langage ont donné des résultats « utiles », ils n’en relèvent pas moins d’une forme d’« intelligence étroite » et ne permettront pas d’atteindre une forme d’intelligence générale.

Pour qu’une machine permette réellement de raisonner ou de planifier des décisions, estime-t-il, il lui faut accéder à un « modèle du monde », une représentation abstraite de son environnement qui lui permette de le comprendre. À l’inverse de la lecture d’image pixel par pixel présente dans les modèles génératifs, il s’agirait d’ignorer les détails pour envisager de grands concepts ou des objets dans leur totalité.

Dans un contexte géopolitique tendu, Yann LeCun critique par ailleurs la « dérive autoritaire » du président des États-Unis Donald Trump et ses soutiens dans l’industrie technologique comme Elon Musk – tout en déclarant, au sujet du ralliement de Meta à Trump, que les « grands capitaines d’industrie de la technologie n’ont pas le choix. Ils savent très bien que Trump peut tuer leur boîte par harcèlement réglementaire ».

Ce promoteur historique de l’ouverture des recherches de Meta en IA argumente encore pour une « diversité » dans le domaine, notamment permise par des logiques open source.

« Le citoyen doit avoir accès à une grande diversité d’IA, comme pour les organes de presse », insiste-t-il, alertant contre les risques de voir la population reposer sur les outils d’une poignée de plateformes, essentiellement construites aux États-Unis ou en Chine.

  •  

Meta licencie 1 500 personnes de son Reality Labs et se détourne toujours plus du métavers

Le métavers dans le métavers
Meta licencie 1 500 personnes de son Reality Labs et se détourne toujours plus du métavers

Cinq ans à peine après que le groupe Facebook s’est renommé Meta, l’entreprise licencie 10 % des effectifs de son Reality Labs dans le cadre d’une réorientation vers l’intelligence artificielle et les équipements mobiles.

Et Facebook Inc. devint Meta. En 2021, alors que la pandémie de Covid-19 sévit encore sur la planète et que sa société fait face aux révélations de son ex-employée Frances Haugen, Mark Zuckerberg officialise le nouvel axe stratégique de son entreprise : investir à fond dans le développement du métavers.

Moins d’une demi-décennie plus tard, l’entreprise licencie 1 500 employés de son département Reality Labs, spécialisé dans les produits de réalité virtuelle (VR). Si un tel plan de licenciement ne représente que 10 % des effectifs de Reality Labs, un porte-parole de Meta acte auprès de Bloomberg la réorientation stratégique de l’entreprise vers l’intelligence artificielle et les produits mobiles, à commencer par l’informatique vestimentaire (wearable tech), dont l’un des produits phares sont les lunettes connectées produites avec Ray-Ban.

Plus de 60 milliards d’euros de perte

Initialement, Reality Labs a été construit autour des équipes d’Oculus VR, que Facebook avait racheté en 2014. Mais le succès relatif de ses casques virtuels et surtout l’échec du métavers n’ont jamais permis à l’entreprise de rentrer dans ses frais.

De sa création fin 2020 à la fin de l’année 2024, Reality Labs avait ainsi perdu de l’ordre de 50 milliards de dollars, faute de dégager un chiffre d’affaires notable. Ce montant a depuis augmenté de 10 milliards de dollars par an en moyenne pour atteindre les 70 milliards de dollars (60,2 milliards d’euros) de perte en ce début 2026.

Horizon Workrooms et trois studios fermés

Parmi les entités directement touchées par les licenciements, la plateforme Horizon Workrooms, qui proposait des espaces de travail dans le métavers, sera fermée à partir du 16 février, indique l’entreprise. Cette dernière cessera par ailleurs de proposer ses casques Meta Quest et les logiciels et applications business affiliés – c’est-à-dire de proposer des produits et des services à destination du monde professionnel dans ce domaine.

Trois studios de jeux en VR sont par ailleurs fermés : Armature (qui a adapté Resident Evil 4 en VR), Sanzaru et Twisted Pixel. Horizon Worlds, la plateforme de jeux en VR de Meta, reste ouverte, mais les effectifs qui l’animent sont limités (le groupe maintient cinq autres studios de création de contenu ou de jeux vidéo). Meta prévoit de continuer de travailler sur les questions de VR, mais en reportant son attention sur les smartphones plutôt que sur les casques immersifs — qu’elle ne prévoit pas pour autant d’abandonner.

Fin 2025, l’entreprise annonçait déjà faire évoluer ses investissements du métavers vers les lunettes dopées à l’IA. Dans le cadre de cette réorientation, Meta et EssilorLuxottica SA sont en discussion pour doubler leurs capacités de production de lunettes « intelligentes ». Le partenariat entre ces deux sociétés a permis à Meta de développer ses activités avec des marques de lunettes comme Ray-Ban ou Oakley.

Quand bien même l’essentiel des prises de parole de Mark Zuckerberg a tourné autour du développement de l’IA en 2025, relève le Wall Street Journal, il lui est arrivé d’affirmer que le métavers pouvait toujours fonctionner. Il y a un an, il annonçait par exemple à ses investisseurs que l’année écoulée constituerait un « pivot » pour le domaine.

  •  
❌