« Dans une société française en proie aux doute, les transformations de l’immigration nourrissent les instrumentalisations »

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Deux Américains tués par la police en deux semaines, à quelques rues de là où, sous Trump I, George Floyd, un Afro-Américain, avait trouvé la mort, étouffé par un bad cop : cela commence à faire beaucoup pour une seule ville, la très démocrate Minneapolis, dans le Minnesota (nord du pays). Cette fois-ci, les victimes sont blanches et le président, après avoir déclaré ouverte la chasse aux immigrants illégaux, tente d'apaiser la situation. Il a téléphoné au maire de la ville et au gouverneur de l'État – échanges qualifiés de "very good" sur son réseau Truth Social. Le président a aussi envoyé sur place son conseiller chargé de l'immigration, Tom Homan, un homme "sévère mais juste", dit-il, qui doit maintenant jouer les conciliateurs. Mettons...
Ce moment tragique masque une réalité plus ancienne. Depuis au moins deux décennies, les élus américains sont incapables de s'accorder sur une politique de l'immigration que tous les experts jugent pourtant hautement nécessaire. "George W. Bush et Barack Obama avaient tenté de faire voter des lois sans jamais parvenir à un accord bipartisan au Congrès ; Donald Trump I s'est contenté d'annoncer la construction d'un mur à la frontière du Mexique ; Joe Biden n'a même pas fait semblant de tenter quelque chose", regrette l'américaniste Françoise Coste. Certes, les Républicains, à commencer par le mouvement du Tea Party (sous Obama), sont les premiers responsables de ce blocage. Mais la gauche du Parti démocrate, en s'opposant à toute fermeté, a contribué à tuer les débats.
Un temps chargée du dossier, la vice-présidente Kamala Harris s'est désintéressée de la question, trop piégeuse politiquement. Résultat, entre 8 et 12 millions de personnes seraient entrées illégalement dans le pays depuis plus de quinze ans. "Puisque le Congrès ne parvient pas à légiférer sur le sujet, celui-ci est en train de se déporter dans la rue où les agents du Service d'immigration et de douanes (ICE), couverts par une impunité révoltante, ont carte blanche et la gâchette facile", analyse Françoise Coste.
Pour Donald Trump, c'est tout bénéfice. À ses adeptes, il donne l'illusion d'agir contre l'immigration tout en visant une ville démocrate dans un État dirigé par Tim Walz, le colistier de Kamala Harris. Ce faisant, il évite – hypocrisie ultime – de cibler les géants de l'agrobusiness, premiers employeurs de travailleurs clandestins du pays et dont les résultats économiques permettent de financer mouvement Maga... anti-immigration. Les démocrates, eux, n'ont toujours pas de réponse. En manifestant contre les excès de la police, ils continuent de donner l'impression de défendre le principe des frontières ouvertes. C'est le piège.

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Article original publié sur AlloCiné