Jensen Huang ne croit pas au scénario d’une IA balayant les éditeurs de logiciels établis. Interrogé par CNBC à la suite de résultats trimestriels largement au‑dessus des attentes, le CEO de Nvidia estime que « le marché se trompe » : les assistants IA n’évincent pas les outils existants, ils les exploitent, et vont surtout doper l’efficacité des équipes qui les intègrent.
Huang cite des acteurs comme ServiceNow, SAP, mais aussi Cadence et Synopsys : les mieux placés, selon lui, pour injecter des modèles et des agents ajustés à leurs workflows. « Tous ces outils existent pour une raison précise. Les assistants IA pourront les utiliser à notre place, exécuter des tâches, et nous restituer les résultats dans un format exploitable », résume‑t‑il. L’idée, contre‑intuitive à première vue, consiste à faire de l’IA un opérateur logiciel plutôt qu’un substitut des plateformes.
Des chiffres qui calment les doutes sur le cycle d’investissement
Le message accompagne des comptes stratosphériques. Pour le quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2025, Nvidia affiche 68,13 milliards de dollars de revenus, en hausse de 73 % sur un an, au‑delà du consensus fixé à 66,21 milliards. Le guidage pour le premier trimestre de l’exercice 2026 grimpe à 78 milliards de dollars, avec une marge d’incertitude de ±2 %, quand les analystes tablaient sur 72,6 milliards.
Cette trajectoire répond frontalement aux inquiétudes sur un essoufflement de la dépense IA. Les hyperscalers maintiennent, voire accélèrent, les capex liés aux infrastructures, malgré un bruit de fond persistant autour d’une bulle. Les données publiées valident pour l’instant un cycle d’équipement robuste, porté par des déploiements à grande échelle et des charges de travail en production.
De la puce au logiciel, une chaîne de valeur cohérente
Huang martèle que la vague IA ne siphonnera pas le logiciel, elle l’étendra. Les assistants, intégrés aux écosystèmes des éditeurs, agiront comme des couches d’automatisation intelligentes s’appuyant sur les outils métiers existants plutôt que de les remplacer. Pour Nvidia, c’est un continuum stratégique : accélérateurs, interconnexions, frameworks et modèles destinés à servir des applications concrètes, du design électronique à l’ITSM.
Si ce scénario se confirme, le rapport de force ne se déplace pas vers des plateformes génériques de type chatbot, mais bénéficie d’abord aux éditeurs capables d’orchestrer des agents spécialisés, de sécuriser les données et d’outiller la gouvernance. L’implication est claire pour le marché: la valeur se capture dans l’intégration fine entre infrastructure accélérée et logiciels verticaux, avec un avantage significatif pour les acteurs disposant déjà d’un ancrage profond chez les grands comptes.
Source : ITHome