« Complotisme à la limite du tolérable »
Objet d’une enquête du média suisse Republik, Palantir attaque ce site en justice pour obtenir un droit de réponse.
Alors que la DGSI renouvelait encore, en fin d’année dernière, son contrat avec Palantir, l’entreprise fondée par Peter Thiel était l’objet d’une enquête du magazine suisse Republik et du collectif d’investigation WAV. L’entreprise attaque maintenant nos confrères suisses, réclamant un droit de réponse, explique Republik. La cour du canton de Zurich a confirmé avoir reçu une demande de droit de réponse à ce sujet auprès de nos confrères de Heise.
L’entreprise a des bureaux dans le pays, à Zurich, qu’elle utilise notamment pour ses relations commerciales, comme l’explique le média Swiss Info. Republik et WAV ont donc enquêté sur d’éventuels liens entre les autorités suisses et Palantir, notamment en déposant 59 demandes d’accès à des documents des autorités fédérales suisses.
Un rapport qui s’inquiétait du potentiel transfert de données au gouvernement américain
Et ils ont découvert que, malgré 7 ans passés à essayer de convaincre les autorités suisses, Palantir n’y était pas arrivé (9 refus immédiats et un refus après évaluation par Armasuisse, l’Office fédéral de l’armement). Cette enquête révélait aussi un rapport interne à l’armée suisse de 2024 [PDF] qui fermait de nouveau la porte à Palantir.
La qualité des produits de l’entreprise n’était pas en jeu, comme le relevait le Temps qui a relayé l’enquête, puisque le rapport qualifiait ses performances d’« impressionnantes ». Mais le risque de transfert de données au gouvernement américain était trop élevé, selon les auteurs du rapport qui soulignaient aussi les potentielles conséquences négatives dues à la réputation de l’entreprise.
Republik explique dans son article de lundi que l’entreprise lui a adressé des demandes de rectification entre Noël et le Nouvel An, mais le média suisse les « a jugées infondées » et n’y « a donc pas pu donner suite ». Le média explique, pour son enquête, s’être basé sur l’analyse des documents mais aussi avoir discuté avec différentes sources et des cadres de Palantir au siège de Zurich (dont les citations ont été relues et approuvées).
Sur LinkedIn, la journaliste Marguerite Meyer, coautrice de l’enquête, explique que son équipe a rejeté la demande de modifications de Palantir « sur la base d’un travail minutieux ». « Cette demande a été suivie d’une deuxième demande, que nous avons également rejetée », ajoute-t-elle.
Un droit de réponse pour donner une version des faits
De son côté, Palantir a pu librement critiquer l’enquête. Dès le 12 décembre, le responsable « Confidentialité et libertés civiles » de Palantir, Courtney Bowman, affirmait sur LinkedIn que les articles de Republik étaient « empreints de distorsion, d’insinuations et de complotisme à la limite du tolérable » sans pour autant étayer ses accusations. Concernant le rapport de l’état-major suisse, il affirme qu’il « soulève des questions légitimes, mais malheureusement, ses auteurs semblent s’appuyer exclusivement sur un ensemble limité de sources issues de moteurs de recherche ».
« Palantir respecte pleinement la liberté de la presse et le rôle essentiel des médias indépendants dans le débat public », affirme de son côté l’entreprise à Heise. Le droit de réponse est un « instrument de correction destiné à fournir au public des informations équilibrées », selon elle.
En Suisse, « le droit de réponse ne porte pas sur la véracité ou la fausseté d’une information », explique le corédacteur en chef de Republik, Daniel Binswanger, à Heise. « Il s’agit de savoir si une autre version des faits pourrait également être possible ».
Selon Republik, le jugement du tribunal de commerce de Zurich doit être rendu dans quelques semaines.