Électricité : « oubliez les datacenters, la climatisation est la véritable bête noire »
L’éléphant dans la pièce

Il n’y a pas que les datacenters qui façonnent le monde à cause de leur consommation électrique. La climatisation aussi est fortement consommatrice d’électricité… et cela ne va pas aller en s’arrangeant.
L’arrivée de l’IA générative a bousculé le numérique et soulève de nombreuses questions (droit d’auteur, éthique, biais, hallucinations…). Se pose aussi la question de l’empreinte écologique de datacenter toujours plus gros, partout dans le monde, avec des GPU toujours plus puissants.
La douce/triste « folie » de l’IA générative
Le tout avec une consommation électrique toujours plus importante, sur des zones bien précises. L’augmentation de la densité électrique par baie et l’expansion des datacenters posent d’ailleurs des contraintes sur le choix de l’emplacement physique alloué à ces derniers.
Avec les images et les vidéos de l’IA générative, on passe encore dans une autre dimension. Les chiffres de l’utilisation des IA peuvent donner le tournis, preuve en est encore récemment avec un tweet de Brad Lightcap (COO d’OpenAI) : « Première semaine de folie pour les images dans ChatGPT : plus de 130 millions d’utilisateurs ont généré plus de 700 millions (!) d’images ». Il se garde d’ailleurs bien de détailler l’empreinte environnementale d’une telle utilisation.
Bientôt 1 000 TWh pour les datacenters ?
Dans un rapport publié fin 2024, l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA, sous l’égide de l’ONU) expliquait que « les datacenters avaient consommé environ 460 TWh d’électricité en 2022. Cette consommation pourrait s’élever à plus de 1 000 TWh d’ici 2026, soit plus d’un tiers de l’électricité produite par les centrales nucléaires du monde entier l’année dernière, et à peu près l’équivalent de la consommation d’électricité du Japon ». À titre de comparaison, en 2023, la consommation d’électricité en France était de 445,4 TWh.
L’Agence donne quelques chiffres d’anticipation. En Chine, la demande devrait doubler pour atteindre 400 TWh en 2030. En Irlande, la consommation des datacenters (5,3 TWh) représentait 17 % du total du pays et devrait atteindre 32 % d’ici fin 2026. Elle ajoute au passage que la consommation cumulée d’Amazon, Microsoft, Google et Meta « a plus que doublé entre 2017 et 2021 pour s’établir à environ 72 térawattheures (TWh) ».
Par exemple, pour Meta, la consommation des datacenters était de 14,975 TWh en 2023, contre 6,966 TWh en 2020. Elle a donc quasiment doublé en trois ans.

« On devrait parler davantage de climatisation »…
Dans un article publié sur MIT Review, Casey Crownhart (journaliste spécialisée sur le climat et l’énergie) explique que l’on « devrait parler davantage de climatisation ». Elle met cette problématique (bien moins médiatisée) en balance avec la consommation des datacenters largement plus présente dans les débats. Avec ce sous-titre volontairement provocateur : « oubliez les datacenters, la climatisation est la véritable bête noire »
Elle commence par rappeler le cercle vicieux de la climatisation et du réchauffement climatique : « À mesure que les températures augmentent, le besoin en refroidissement augmente. De plus en plus de centrales électriques à combustibles fossiles sont alors mises en service pour répondre à cette demande, augmentant ainsi la température de la planète ».
…qui représente 2 000 TWh, et plus 5 000 TWh en 2050 ?
Selon une étude publiée mi-2024 par l’organisation à but non lucratif Our World in Data (qui travaille en partenariat avec l’université d’Oxford), sur l’année 2022 « la climatisation représentait 7 % de l’électricité mondiale et 3 % des émissions de carbone ». Sur la base d’une consommation mondiale de 29 000 TWh en 2022, la climatisation représenterait un peu plus de 2 000 TWh. À mettre en face des 460 TWh des datacenters.
Selon une projection de l’Agence internationale de l’énergie (IEA, une organisation internationale fondée à l’OCDE), le nombre de climatiseurs devrait fortement augmenter dans les années à venir. De 2 milliards d’unités à la fin des années 2010, elle prévoit près de 3 milliards en 2030 et plus de 5 milliards en 2050. À ce moment-là, la consommation électrique pourrait grimper entre 3 500 et 5 000 TWh.

La Chine dope la croissance, l’Europe n’est pas en reste
Comme le rappelle Le Monde, les évolutions sont variables selon les continents : « Le nombre de ménages africains équipés en climatisation n’a enregistré qu’une très faible hausse au cours des vingt dernières années, passant de 4 % à 6 % aujourd’hui. Dopée par la Chine, l’Asie a en revanche vu son taux d’équipement exploser de 19 % à 47 % sur la même période ». En Europe, la proportion de ménages équipés d’une climatisation pourrait doubler et atteindre 40 % (55 % en France) d’ici 2050.
Les climatiseurs, contrairement aux datacenters, ont tendance à s’allumer à peu près en même temps dans une zone. « Dans certaines régions des États-Unis, par exemple, les climatiseurs peuvent représenter plus de 70 % de la demande d’énergie résidentielle aux moments où le réseau est le plus sollicité », affirme Casey Crownhart. Les climatiseurs sont répartis un peu partout alors que les datacenters concentrent la consommation en certains points précis (nécessitant des lignes dédiées). Signalons aussi que certains datacenters ont recours à la climatisation.
Notre consœur termine quand même par une bonne nouvelle : « nous assistons à des innovations dans la technologie de refroidissement ». Elle explique que certains proposent par exemple un stockage de l’énergie pour se recharger lorsque l’énergie est disponible à bas coût, et de nouvelles technologies de refroidissement. Cela ne suffira certainement pas à combler la hausse prévue de la consommation de la climatisation.