TEST South of Midnight : Tisseuse de légendes
Il y a des titres qui marquent à la fois par leur esthétique et par les thèmes qu’ils développent. South of Midnight est ce type d’aventure, développant aussi bien une animation en stop motion rappelant les grands studios du milieu qu’une histoire se basant sur des légendes et une culture trop peu exploitées. Toutefois, est-ce suffisant pour en faire une petite pépite inattendue qui ravira les curieux et les curieuses ? Installez-vous confortablement, et préparez-vous à tisser le fil d’une incroyable aventure.
Test réalisé sur PC à l’aide d’une copie envoyée par l’éditeur.
Sur le fil
Présenté via une première bande-annonce musicale dans un style d’animation en stop-motion, South of Midnight aura marqué les esprits par son esthétique et l’histoire qu’il souhaitait développer. Un an après, Compulsion Games, à qui l’on doit les titres We Happy Few ou encore Contrast, sort enfin cet étrange tableau Southern Gothic. Pour celles et ceux ne connaissant pas ce genre, celui-ci se caractérise par des influences de la fiction gothique et par la culture sud-américaine. Avec des thèmes typiques des États du Sud comme les paysages de marécages, des bayous, des lieux reculés où vivent des personnages perturbés, voire excentriques, ou encore la magie, en particulier le vaudou. Sachant cela, South of Midnight ne pouvait que nous proposer une fascinante histoire s’inspirant d’œuvres tout aussi mystiques les unes que les autres. Mais, pour y arriver, il nous fallait un protagoniste aussi charismatique que touchant.

L’histoire nous conte les aventures d’Hazel, jeune Afro-Américaine du Sud des États-Unis vivant dans une petite ville du nom de Prospero et subissant de nombreux ouragans. Alors qu’une nouvelle tempête approche, que la mère d’Hazel tarde à rassembler les affaires de leur caravane pour se mettre à l’abri et qu’Hazel aide son voisinage, d’étranges évènements sous forme de fils lui apparaissent. Mais, avant de pouvoir les comprendre, sa caravane se fait emporter par les flots. Ni une ni deux, Hazel court à la poursuite de sa maison tout en enjambant nombre d’obstacles. Malheureusement, le courant est trop important et Hazel se retrouve seule. Cherchant de l’aide auprès de sa famille paternelle, elle découvre rapidement qu’elle est dotée du pouvoir magique d’un tisserand lui permettant de sauver sa mère. Armée de crochet pouvant nouer les fils de la destinée, mais aussi dénouer les esprits emplis de haine et de désespoir, Hazel se met en quête de retrouver sa mère tout en tentant de comprendre ses nouvelles capacités magiques.

Outre la trame principale pouvant être un peu simple, South of Midnight se devait de proposer une riche histoire pour tenter de correctement rendre hommage au folklore sud-américain. Compulsion Games offre ainsi une narration de très haute qualité, contant nombre de sous-thèmes forts comme l’esclavage dans les plantations ou alors la maltraitance envers des personnages ayant un handicap mental, tout en développant sa propre mythologie à l’aide de ses personnages. South of Midnight s’offre aussi le luxe de croiser les cultures en mettant en image des mythes comme celui du poisson-chat géant, tenu pour responsable de la survenue de séismes.
De plus, la plume sera portée par une musique faisant office de narrateur, le tout entrecoupé de petits passages animés permettant de passer d’un environnement à un autre. Ces passages, sous forme de livre de contes, seront très utiles pour resituer les événements, tout en nous donnant un petit aperçu de ce qui attend Hazel. Une liberté scénaristique forte et complexe justifiant le choix d’une aventure linéaire se basant sur trois boucles de gameplay, le tout accompagné d’une bande sonore aussi efficace que narrative.
Un destin lié
Axé sur le jeu de plateforme rappelant un titre comme Kena: Bridge of Spirits dans ses contrôles, South of Midnight propose ainsi une ligne droite ponctuée de zones semi-ouvertes correctement maîtrisées. Ne vous attendez donc pas à parcourir l’Amérique du Sud comme bon vous semble ; South of Midnight n’est pas un open world même s’il s’en donne parfois des airs. En témoignent nos quelques morts causées par des sauts dirigés vers des zones ne pouvant être atteintes. Toutefois, le level design du titre reste très bien construit. Alternant entre phases de couloir mettant en avant l’histoire d’Hazel, phases de combat en arène contre des Hanteurs et phases d’exploration dans de petites zones ouvertes à la recherche de souvenirs d’entités. South of Midnight offre ainsi une bonne boucle de gameplay arrivant toujours à se renouveler dans les 14 chapitres proposés.

D’un point de vue combat, Hazel développera plusieurs capacités au fil de son périple, offrant ainsi de nouvelles façons d’aborder les niveaux. Niveaux pouvant être rejoués à tout moment de l’aventure si, comme nous, vous êtes passé à côté des quelques bribes d’histoire de PNJ. Au nombre de quatre, en dehors des attaques au corps à corps du crochet, ces pouvoirs vous aideront aussi bien lors des phases d’exploration que lors des combats. Avec le pouvoir de pousser, attirer ou s’accrocher à des parois et avoir une possibilité de prendre possession d’une poupée, les pouvoirs restent très classiques mais fonctionnent manette en main.
Se déroulant exclusivement en arène, limitant les mouvements possibles d’Hazel, ceux-ci proposeront un bestiaire plutôt correct avec des entités rapides et lentes aux attaques uniques. Pour pimenter les affrontements, chaque arène disposera d’une seule source de vie qu’il faudra utiliser le moment venu. Autre alternative, celle de dénouer les entités à leur mort, mais qui vous exposera aux autres ennemis de la zone. Toutefois, ce dernier aurait mérité un meilleur équilibrage, tant les combats en mode histoire n’offrent aucun challenge. Nous vous conseillons alors de garder la difficulté par défaut ou alors d’utiliser le configurateur de difficulté personnalisé offert par le titre. Un ajout fort appréciable permettant de vivre exactement l’aventure que nous souhaitons jouer.

Ayant augmenté la difficulté, il sera impératif d’explorer les niveaux en quête d’amas de fils, faisant office de monnaie échangeable pour améliorer nos compétences. Chaque pouvoir aura ainsi la possibilité d’évoluer trois fois, là où les améliorations de crochet sont au nombre de neuf. À vous de bien fouiller les environs tout en ne dépensant pas trop vite vos points durement acquis. Outre l’exploration en quête d’amas de fils ou de bobines de vie, permettant d’augmenter votre barre de vie. Ce petit moment de recherche sera aussi l’occasion d’en apprendre plus sur l’histoire de la région, de découvrir de magnifiques paysages, le tout accompagné d’une bande originale de très grande qualité.
Un rythme en deux temps
Outre son histoire piochant dans un folklore peu représenté dans des productions vidéoludiques ou cinématographiques, le style visuel employé par Compulsion Games est tout aussi intéressant. Fier de sa technique en stop motion, dont l’intro est entièrement réalisée en véritable stop motion avec marionnette, le travail fourni par les animateurs est tout à fait remarquable. Ce style d’animation, déjà entrevu dans The Midnight Walk faisant la part belle à l’univers de Tim Burton, sera ici employé dans un style rappelant le studio Laika. Là où les sauts d’images du premier seront fortement visibles, voulus par l’esthétique, le second arrivera à les rendre plus fluides.
S’axant alors sur cette technique, l’animation et l’aspect saccadé manette en main seront très bien intégrés sans être perturbants. Mais si vous n’aimez pas ce choix de rendu, South of Midnight offre la possibilité de le désactiver lors des phases de gameplay, mais pas lors des cinématiques. Appuyant davantage ce rendu fait main, la plupart des personnages arborent une texture rappelant la Plastiline, sorte de pâte à modeler réutilisable utilisée pour créer des personnages en stop motion. Couplé à des décors de désolation à couper le souffle, et vous obtenez un titre richement coloré. Toutefois, certains environnements nous ont semblé un peu en retrait par rapport à d’autres.

Proposant de magnifiques décors avec une distance d’affichage plutôt correcte, l’optimisation de South of Midnight est plutôt bonne. Nous avons connu quelques bugs lors de certains sauts contre des parois ou encore une faible réponse avec notre manette, mais cela n’a aucunement entaché notre expérience de jeu. Prévoyez toutefois une bonne place sur votre disque dur ou votre SSD, dont nous vous conseillons de choisir plutôt qu’un HDD. Avec un poids initial de 61 Go sans éventuel patch, il reste dans les normes des jeux actuels proposant une durée de vie comprise entre 10 et 12 heures de jeu. Autre point à noter, la prise en charge du support des écrans ultrawide. Ces derniers le seront sans souci, même s’il nous semble que le titre réalise un recadrage plutôt qu’un réel agrandissement de la zone d’affichage.

Nous ayant marqué lors de sa première présentation, la bande-son de South of Midnight est d’une très belle justesse pour retranscrire ce style si particulier. Faisant la part belle aux genres country soul et même au blues. Les styles alternent entre passage acoustique suivant notre aventure et passage avec voix racontant l’histoire d’une entité. Pour peu que vous compreniez l’anglais, cette attention ajoutera une dimension assez particulière à vos explorations. Composée par Olivier Deriviere, compositeur français qui ne nous est pas totalement inconnu avec son travail sur des jeux comme A Plague Tale: Innocence ou encore Assassin’s Credd IV Black Flag. Olivier fait la part belle aux instruments et aux musiques qui nous transportent. South of Midnight ne serait donc rien sans sa musique, qui vous marquera au moins une fois lors de votre voyage.

Difficile alors de trouver de véritables défauts à South of Midnight. On pourrait, peut-être, regretter un manque d’originalité du côté de son gameplay, s’inspirant des meilleurs pour ses propres besoins. De ne pas réussir à véritablement se renouveler sur ce point à un certain moment. Nous pourrions aussi vous parler de ses quelques personnages secondaires, parfois un peu trop en retrait par rapport à Hazel. De ses combats parfois brouillons lorsque plusieurs ennemis vous acculent, le tout avec une caméra un peu aux fraises. Ou encore de sa VF, pas non plus mauvaise, mais manquante d’une certaine âme face à l’original.
Mais les quelques défauts cités ne nous ont pas extrêmement dérangés tant le voyage fut plaisant. Car South of Midnight ne doit pas être seulement pris comme un jeu vidéo comme les autres, mais comme un véritable petit film d’animation. Et sur ce point, nous ne pouvons que trop peu vous conseiller l’excellent documentaire sur la création de South of Midnight proposé sur la chaîne de Xbox. L’occasion de découvrir les différents artistes derrière le projet, mais aussi l’amour du studio pour cette petite pépite narrative.
Verdict
Véritable curiosité animée, South of Midnight est un titre à tester au moins une fois dans sa vie. Même s’il s’adresse avant tout aux amateurs de jeu de plateforme, des joueurs préférant une narration travaillée plutôt qu’un gameplay véritablement révolutionnaire ou encore au curieux d’une technique d’animation traditionnelle. South of Midnight marque aussi bien par la retranscription du folklore sud-américain que par sa bande originale d’une très grande qualité. On regrettera toutefois quelques raccourcis scénaristiques un peu faciles, des sauts parfois aléatoires lors de courses-poursuites ou encore des combats un peu confus dans des arènes parfois trop petites. Mais cela n’est rien tant la qualité globale de South of Midnight est de très bonne facture. Disponible sur Xbox Series X|S, PC et Day One pour les abonnés Xbox Game Pass, nous vous conseillons chaudement de vous plonger dans son histoire. Vous n’aurez comme seul regret de ne pas avoir voulu y jouer avant.

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